Reste avec nous : 3e Dimanche de Pâques

  • Commentaires de la publication :0 commentaire

Ac 2, 14.22b-33 ; Ps 15(16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11 ; 1P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35 ;
Homélie du Dimanche 19 avril 2026
Par l’Abbé Ferdinand SEBRE

Le Christ est ressuscité et depuis cette résurrection, il se manifeste à plusieurs de ses disciples. Aujourd’hui, nous écoutons le récit des disciples d’Emmaüs. Les thèmes de ce jour et particulièrement l’évangile nous interpellent quant à notre rapport avec le ressuscité.

Pour ce faire, laissons-nous interpeller par le pape François dans Evangelii Gaudium quand il dit  “ J’invite chaque chrétien, à quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus ou au moins à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse ». Il n’y a pas de motifs pour lesquels quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui parce que personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur.” Le ressuscité que nous rencontrons nous apporte la joie, la joie de savoir qu’il n’est pas le Dieu des morts mais qu’il est le Dieu des vivants et communs.

Voilà que deux disciples se mettent en route et je voudrais déjà que nous puissions regarder ensemble leur attitude.

Ils rentrent à Emmaüs parce qu’ils sont découragés. L’un d’eux dira « Et nous qui espérions que c’est lui qui délivrerait Israël, ils ont mis en lui leur espérance et voilà qu’il a été tué, il est mort ». En fait, ils sont perdus parce qu’ils n’ont plus d’espérance. Ces disciples rentrent à Emmaüs, ce sont donc des gens qui sont complètement perdus et pour reprendre une expression bien d’ici, ils avaient le moral dans les chaussettes.

Ce sont donc ces personnes-là qui rentrent à Emmaüs et chemin faisant, le Seigneur les rejoint. À ce niveau, regardons la posture de notre Seigneur. Quand il les rejoint, il ne les rejoint pas de façon extraordinaire, éclatante et brillante, il les rejoint dans leur quotidien.

Et nous voyons véritablement que notre Dieu, c’est celui qui nous accompagne dans la réalité qui est la nôtre. Dieu n’est pas absent de nos réalités, quelles qu’elles soient, mais il accompagne chaque réalité, il nous accompagne, il marche avec lui. Et faisant chemin donc avec eux, il leur demande de quoi est-ce qu’ils discutent en chemin.

Et tout étonné, ils lui feront comprendre qu’il est bien le seul à ignorer les événements de ces jours-ci. Frères et sœurs bien-aimés, de ce premier point, retenons que notre Dieu rejoint toutes les préoccupations de notre Église et de notre communauté paroissiale. Ce matin, nous étions à l’Assemblée paroissiale et au cœur de cette Assemblée paroissiale, mais Dieu nous a rejoint, il continue de marcher avec nous, il n’est pas absent de notre rencontre.

Alors, oui, frères et sœurs bien-aimés, retenons d’abord cela, Dieu n’est jamais absent de nos vies, n’est jamais absent de nos situations, n’est jamais absent des difficultés dans lesquelles l’on peut se trouver. Le deuxième point dans cet évangile, c’est une situation qui est récurrente dans la manifestation du ressuscité. Vous voyez, quand Jésus est ressuscité, il s’est manifesté à Marie-Madeleine, aux autres disciples, mais ils ont tous du mal à le reconnaître.

Et là, on se rend bien compte que Cléophas a du mal à reconnaître Jésus, et pourtant, il était disciple, il a marché avec lui, mais comment se fait-il qu’il ne le reconnaisse pas ? Le pape Grégoire le Grand dit ceci, qu’ils ont du mal à le reconnaître parce qu’ils ont fait une projection de ce Dieu qui est à l’intérieur d’eux. Autrement dit, en fait, on ne prend pas souvent le temps de connaître celui qui est en face de soi, mais on se fait une idée, et à partir de cette idée, on se dit qu’on la connaît. Alors, le Seigneur, pour se révéler à eux, pour se faire connaître à eux, va commencer par leur ouvrir justement les Écritures, et c’est pourquoi au cœur de nos Eucharisties, la parole de Dieu est importante, car elle nous fait sortir de nos enfermements pour nous ouvrir d’autres horizons qui nous permettront de pouvoir reconnaître qui est réellement Jésus.

Oui, ils connaissaient Jésus pour être celui qui accomplit des signes et des prodiges, ils connaissent Jésus pour être celui qui fait des actions éclatantes, mais tout cela n’est rien devant la réalité de l’identité de ce Dieu qui fait chemin avec eux. Celui qui fait chemin avec eux, il est Dieu. Il est Dieu, et parce qu’il est Dieu, il accomplit toutes ces réalités-là.

Il marche avec eux, et quand ils arrivent près d’Emmaüs, Jésus fait semblant d’aller plus loin, et il s’efforce de le retenir, reste avec nous, et Jésus accepte de rester avec eux. À table, Jésus va rompre le pain, et en ce moment, ils vont le reconnaître. La parole de Dieu ouvre le cœur de l’homme à cette rencontre avec Dieu, et on le reconnaît à la faction du pain, car la faction du pain, c’est le nom qu’on donne aussi à l’Eucharistie.

C’est pourquoi pour nous, chrétiens catholiques, la messe, c’est deux tables ; la table de la parole et la table eucharistique. La table de la parole nous prépare à la rencontre, et la table eucharistique nous fait reconnaître qui est réellement ce Dieu, auquel finalement, lorsque nous venons communier, nous disons Amen, c’est-à-dire que nous reconnaissons qu’en ce bout de pain est présent le roi de gloire, est présent le ressuscité. C’est pourquoi nous disons Amen, pour dire que nous adhérons et nous reconnaissons.

Oui, la faction du pain est pour nous le lieu de la reconnaissance de ce Dieu qui marche avec nous et qui se fait reconnaître. La troisième chose sur laquelle je voudrais attirer notre attention, c’est l’attitude des disciples une fois que Jésus s’est fait reconnaître. Eux qui étaient découragés, qui disaient reste avec nous parce que le jour baisse.

Ces mêmes disciples, alors que le jour baisse, se lèvent et retournent à Jérusalem. Et pourquoi ? Parce que quand on a rencontré le Seigneur, on ne peut pas rester dans la tristesse, on ne peut pas rester dans la désespérance. La rencontre avec le Seigneur nous met toujours en mouvement et nous envoie en mission.

Et dans cette mission, ils vont retrouver la communauté, frères et sœurs bien-aimés. Notre relation à Dieu peut être une relation personnelle, mais elle est aussi une relation communautaire. La rencontre avec Dieu s’authentifie pleinement dans la rencontre communautaire.

Eux qui ont expérimenté ce Jésus retournent à Jérusalem où ils rencontrent toute la communauté pour s’entendre dire que le Seigneur est réellement ressuscité. Il est apparu à Simon-Pierre. La communauté est importante.

Elle nous permet de discerner et d’avancer ensemble et c’est ce que la paroisse est en train de vivre ces temps-ci. La dernière chose sur laquelle je voudrais insister et terminer, c’est que ce Jésus est présent. Mais je voudrais ce matin que nous puissions entendre la présence de Jésus, non pas juste comme on a l’habitude de dire aujourd’hui depuis la période Covid, une présence réelle, mais il nous faut entendre aussi cette présence-là comme un présent.

C’est-à-dire comme un cadeau que Dieu nous fait. Dieu nous fait le cadeau de sa proximité, le cadeau de sa présence. Et nous, sommes-nous présents les uns aux autres ? Sommes-nous de véritables cadeaux les uns pour les autres ? Il y a eu un jour une évangélisation qui a été faite.

C’est le père Daniel-Ange qui raconte cette histoire. Et puis il y a eu un appel aux dons. Les uns, les autres ont manifesté leur générosité.

Le soir, ils ont commencé à dépouiller les dons qui ont été faits. Et là, en mettant la main, ils trouvent un journal, un vieux papier, crasseux et autres, ils le prennent.

Et quand ils ouvrent ce papier journal, ils trouvent un lingot d’or. Alors, il dit ceci, que bien souvent, nos frères, nos sœurs, les personnes qui sont autour de nous sont de véritables cadeaux. Mais peut-être que ce sont des cadeaux qui sont mal emballés.

Et l’emballage fait que finalement, on a du mal à apprécier le don merveilleux que la personne est. Prions donc en cette Eucharistie que Dieu nous donne son regard qui va au-delà de l’emballage pour que nous puissions voir en chaque frère, en chaque sœur, un véritable cadeau de Dieu aujourd’hui, demain et pour les siècles et siècles. Amen.