« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » : 2e Dim Pâques A – Divine Miséricorde

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Ac 2, 42-47 ; Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31 
Homélie du dimanche 12 Avril 2026
Par Père Ferdinand SEBRE

L’Église, en ce deuxième dimanche de Pâques, nous invite à célébrer la Miséricorde divine.

Alors, bonne fête de la Miséricorde divine à tous et à chacun !

Ce matin, ce que je vous propose, c’est de partir de la Miséricorde divine et de voir comment cette Miséricorde divine se déploie dans les textes, en particulier dans l’Évangile que nous est proposé aujourd’hui.

Alors, commençons avec la Miséricorde divine.

Qu’est-ce que la Miséricorde divine ?

Pour faire simple, le thème « misericordia » vient donc de deux mots : « misère » et « le cœur ».

On dira plus simplement que la Miséricorde divine, c’est le cœur de Dieu qui se laisse toucher et qui se rapproche de la misère de tout homme. Nous comprenons donc que célébrer la Miséricorde de Dieu, c’est donc célébrer le cœur de Dieu qui bat au rythme de la misère humaine et le cœur de Dieu qui vient au secours de la misère humaine.

Non, Dieu n’est pas ce Dieu lointain qui regarde la misère de l’homme et qui s’apitoie dessus. Non, notre Dieu est un Dieu qui vient jusqu’à nous pour nous sortir des situations dans lesquelles nous sommes.

Célébrer donc la Miséricorde de Dieu, c’est célébrer sa proximité, c’est célébrer le fait que Dieu prend soin de nous, il se soucie de nous.

Un autre terme pour parler de la Miséricorde de Dieu va plutôt désigner les entrailles d’une femme. Dans la Miséricorde, c’est comme si Dieu nous enfantait à une nouvelle vie. Dieu nous donne un avenir nouveau par sa Miséricorde.

Comment donc cette réalité de la Miséricorde se déploie-t-elle dans l’Évangile que nous avons écouté ?

J’ai pointé pour nous ce matin trois expressions ou trois versets.

Le premier, c’est que les disciples avaient verrouillé les portes et Jésus était là.

Dans ce texte, où Saint Jean revient, les portes étaient verrouillées et Jésus était là. Ils avaient verrouillé les portes parce qu’ils avaient peur, peur parce que le maître a été tué, peur des juifs et pourtant, dans leur peur, dans leur enfermement, Jésus est là.

Ce premier verset nous rejoint nous aussi : toutes les fois que nous nous enfermons dans des situations qui nous sont difficiles, là où nous n’entrevoyons pas une issue heureuse pour nous, Dieu n’est pas absent des situations les plus compliquées de notre vie. Les portes étaient verrouillées et Jésus était là. Jésus est là dans toutes les situations de notre vie.

Notre Dieu n’est pas le grand absent de notre temps, n’est pas le grand absent de notre situation. Dieu est réellement présent, quel que soit ce par quoi nous passons, même si nos portes sont verrouillées, même si notre cœur est fermé, la miséricorde de Dieu transcende, dépasse, outrepasse toutes les fermetures humaines pour crier l’amour indéfectible de Dieu à l’homme et à tout homme.

Le deuxième mot, ou le verset que je voudrais relever ici, c’est que Jésus dit par trois fois :

« La paix soit avec vous ! »

Arrêtons-nous un peu sur ce thème de paix. La paix soit avec vous !

Jésus n’est pas en train de leur souhaiter de ne plus faire la guerre. La paix ici va bien au-dessus de la guerre, que faut-il entendre par le thème de paix ?

La paix, le Shalom, ou pour employer une expression de nos frères musulmans, ils vont plutôt parler de Salam Aleykoum, la paix soit avec toi. Cette paix n’est pas l’absence de la guerre, mais cette paix, on la traduirait plutôt par ce souhait de Dieu que nous soyons entiers, que rien ne manque à notre vie, que nous soyons dans la plénitude. En fait, la paix, c’est aussi le synonyme du bonheur.

Donc quand il dit la paix soit avec vous, il est en train de dire que rien ne manque à votre vie, que vous soyez entiers, que vous soyez pleins, que vous puissiez connaître la plénitude.

Le Christ ressuscité, donc, souhaite à chacun de nous ce matin que rien ne manque à notre vie, que nous soyons des hommes et des femmes pleins, nous soyons des hommes et des femmes heureux parce que lui Jésus a vaincu la mort et il en est sorti victorieux. Voilà l’objet de notre paix.

Alors il dit la paix soit avec vous !

Mais entendons-nous frères et sœurs, pourquoi les disciples sont-ils troublés ? Je ne sais pas, mes frères et mes sœurs, je veux nous inviter à aller un peu plus loin.

Imaginez-vous un seul instant que vous ayez un ami, un ami et que par le fait d’un hasard, vous ayez trahi cet ami-là et que cet ami, on dit qu’il est mort.

Et quelque temps, on retrouve cet ami, il n’est pas mort, il est vivant. Quand vous le croisez sur votre chemin, mes frères, on n’est pas fiers de rencontrer ce dernier-là. On a peur, on craint.

Qu’est-ce qu’il dira ? Quel reproche va-t-il nous faire ? Nous comprenons donc l’état d’esprit dans lequel se trouvait les disciples, eux qui, le jeudi soir, quand le maître a été arrêté, ont fui.

Certes, il est mort, mais il est revenu et il se trouve là devant eux. Oui, ils ne sont pas fiers.

Oui, ils ont peur. Ils ont peur des juifs, mais ils ont aussi peur de ce que Jésus leur dira. Va-t-il leur faire des reproches ? Et vous remarquerez que Jésus ne fait aucun reproche.

Il dit la paix soit avec vous ! Que rien ne vous manque. Même si vous n’avez pas été ajustés à la volonté du Père, soyez en paix ! Je ne vous en veux pas.

Oui, mes frères et mes sœurs, même si nos vies ne sont pas ajustées à Dieu, si nous avons emprunté des chemins qui ne sont pas des chemins de Dieu, le Seigneur nous dit ce matin, la paix soit avec vous ! Et cela, c’est aussi la miséricorde de Dieu.

Le troisième élément que je relève pour nous dans ce texte, après la paix, c’est ce verset :

« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ».

Frères et sœurs, en lisant ce verset ce matin, j’ai été profondément dépassé par la miséricorde de Dieu. Entendons-nous bien, mes frères et mes sœurs, quand quelqu’un vous a trahi, à cette personne-là, on ne confie pas des choses importantes. Enfin, je ne sais pas pour vous, mais si tu m’as trahi, je peux te pardonner, mais je ne vais pas te confier des choses les plus importantes de ma vie.

Et qu’est-ce que Jésus fait ? Il dit comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Alors il souffle sur eux son esprit. Quelle miséricorde et quelle confiance ! Frères et sœurs, Dieu nous fait confiance au-delà de nos limites, au-delà de tout ce que nous sommes.

Imaginez-vous un instant, surtout à l’ère actuelle, où il y a beaucoup de coachs, des hommes et des femmes qui nous aident. Si Jésus demandait aux hommes et aux femmes de notre temps, voilà le projet que j’ai. Je voudrais en fait évangéliser le monde entier, dire l’amour de Dieu, et je veux constituer une équipe.

Aidez-moi, vous en tant que coach, à trouver les bonnes personnes pour cette œuvre-là. Oh, je suis sûr que nos coachs répondraient à Jésus. Et là, je vais maintenant faire la lettre :

Cher Monsieur Jésus, pour votre projet concernant l’évangélisation du monde entier, vous vous êtes entouré d’hommes qui, en notre sens, en notre analyse, ne sont pas des hommes capables. Nous relevons dans votre équipe une personne comme Thomas, mais Thomas est quelqu’un à qui on ne peut pas se fier. Il ne croit qu’à ce qu’il voit. Ce Thomas, non, il ne peut pas faire partie de cette équipe. C’est d’ailleurs quelqu’un qui se laisse emporter par sa colère, puisque devant les samaritains, il a dit, veux-tu qu’on fasse descendre le feu du ciel pour les consumer ? Non, une telle personne dans votre équipe ne peut pas vous aider à atteindre vos objectifs. Il faut plutôt l’écarter. Les coachs auraient dit certainement celui qui s’appelle Pierre, déjà, comme son nom l’indique roseau, il est inconstant, il n’est pas fiable pour un groupe. Celui-là, il faut vraiment l’écarter du groupe.

Cependant, dans le groupe des douze, il y en a un. Ce dernier, il est futé comme tout. C’est bel et bien Judas Iscariote. Il a le sens des affaires. Celui-là, confiez-lui votre projet et vous verrez qu’il mènera à bien ce projet-là, parce qu’il a réellement le sens des affaires.

Les hommes d’aujourd’hui donneraient ce conseil là à Jésus.

Mais lui, Jésus, ne regarde pas d’abord à cela. Il s’entoure d’hommes et de femmes qui ont des vies quelque peu décousues ou des bras cassés, des vies cassées. Voilà ce que Dieu choisit. C’est qu’il y a de faibles et de pauvres, voilà ce que Dieu choisit pour constituer son équipe de ttravail. La miséricorde de Dieu ne compte pas d’abord sur nos capacités, mais regarde à ce que Dieu est capable de faire en chacun de nous.

Oui, la miséricorde de Dieu, c’est donc l’amour de Dieu qui nous rend capable d’être témoins de son amour aujourd’hui, demain.

Alors demandons au Seigneur en cette Eucharistie que nous soyons envahis par cette miséricorde afin d’être des témoins crédibles aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles. Amen.