Ez 37, 12-14 ; Ps 129 (130), 1-2, 3-4, 5-6ab, 7bc-8 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45
Homélie du 22 mars 2026
Par le Père Ferdinand SEBRE
Je voudrais, frères et sœurs, commencer notre méditation de ce jour par la première lecture que nous avons entendue, qui, pour moi, reste une belle introduction aux différentes lectures de ce jour.
Dans la première lecture, nous nous trouvons donc au VIe siècle avant notre ère. Le peuple de Dieu est à Babylone, où ce peuple, en fait, est en esclavage.
Ce peuple qui a été déporté a perdu toute espérance. Pour ce peuple, il est un peuple mort. D’où cette expression que nous avons entendue « Je vous tirerai de vos tombeaux et je vous ferai revenir à la vie ». Le peuple, pour lui, le fait qu’il soit déporté, il est un peuple qui est mort. C’est un peuple qui n’existe plus.
Les lectures que nous écoutons donc aujourd’hui nous mettent face à une réalité. La réalité que nous redoutons tous, qui est la réalité de la mort. Mais en même temps, ces lectures aussi nous mettent face à une aspiration profonde qui habite le cœur de tout homme.
Cette aspiration profonde, c’est bel et bien la vie. Il est donc question de mort et de vie.
Alors, si cette première lecture nous introduit et pose le cadre des lectures de ce jour, je nous invite à beaucoup plus regarder l’évangile qui nous est proposé aujourd’hui.
Oh, je sais que certains s’attendent à ce que je dise aujourd’hui. Nous allons entendre l’homélie en trois parties. Mais non, c’est raté pour aujourd’hui !
Nous allons écouter donc l’homélie en quatre parties aujourd’hui.
« Et jésus pleura »
La première partie de cette homélie, ce sera plutôt une phrase que nous trouvons dans l’évangile qui peut paraître quelque peu bizarre. C’est ce que saint Jean nous dit « et Jésus pleura ».
Frères et sœurs bien-aimés, c’est rare de voir dans l’évangile que Jésus pleure. Et là, c’est écrit explicitement « et Jésus pleura ».
Regardons de plus près pourquoi Jésus pleure.
La première chose, c’est que Jésus vient de dire que Lazare est mort, mais qu’il va le réveiller. Donc, il est certain que Lazare va revenir à la vie.
Pourquoi pleure-t-il donc ? Puisqu’il sait qu’il va le réveiller, Jésus serait-il en train de faire une mise en scène ?
Non. Jésus pleure pour signifier plusieurs choses.
La première chose, Jésus en pleurant, dit à notre humanité qu’il s’associe par compassion à tout ce qui touche au cœur de l’homme. Quand nous pleurons, Dieu pleure avec nous. Et les situations de nos vies qui nous font perdre cœur, Dieu est avec nous dans toutes ces réalités. Dieu, encore aujourd’hui, pleure sur les différentes guerres. Dieu, encore aujourd’hui, pleure sur toutes les situations qui minent notre société. Dieu est en pleurs parce que le cœur de l’homme est en pleurs. Non, Dieu est solidaire de toutes les souffrances de l’homme.
Oui, alors, Jésus pleure. Il pleure avec nous. Il pleure pour nous.
Oui, Jésus pleure, disant ainsi, toute sa compassion.
Mais entendons-nous bien, la compassion ce n’est pas seulement le fait que Jésus se rapproche de la misère ou de la souffrance. Il va plus loin. Jésus va jusqu’à prendre sur lui toutes nos souffrances. Il va prendre sur lui toutes nos misères afin de nous apporter le salut.
Premier élément, Dieu pleure.
« Seigneur si tu avais été là »
Le deuxième élément, c’est cette phrase de Marthe « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort ». Ou même, cette autre phrase « il sent déjà ». C’est l’expression du fait que Dieu agit, mais souvent en retard, ou il n’agit même pas. Seigneur, si tu avais été là !
Cela peut nous faire penser au fait que si Jésus avait été là, Lazare ne serait pas mort. Et cela est écrit explicitement dans le texte.
Mais entendons aussi dans cette expression, si tu avais été là, c’est-à-dire, que si toi, Jésus, tu étais là, mon frère n’allait pas connaître la mort. Donc en fait, tu es venu en retard et que maintenant, c’est trop tard.
Peut-être que nous aussi, comme Marthe, nous disons, si tu avais été là, telle chose ne serait pas arrivée à ma vie. Seigneur, si tu avais été là, telle situation n’aurait pas perduré dans ma vie.
Et, cette autre expression, « il sent déjà ». Il sent déjà. C’est aussi tous les lieux de nos vies que nous avons du mal, en fait, à présenter au Seigneur.
C’est peut-être une blessure non pardonnée. C’est peut-être une relation brisée. C’est peut-être une situation de péché qui est devenue pour nous une habitude dont on n’est pas fier. C’est aussi une fatigue spirituelle. C’est peut-être un découragement qui dure.
Et nous disons, quelquefois aussi dans notre vie, il est tard. Il est même trop tard. Si tu avais été là, peut-être que les choses ne seraient pas ainsi.
Et pourtant, Dieu n’est jamais en retard pour accomplir sa promesse.
Dieu est toujours avec nous et Dieu nous accompagne. Dieu nous rejoint.
« Lazare vient dehors »
J’arrive donc à mon troisième point.
Le troisième point, c’est cette parole. Dieu, avant de ressusciter Lazare, va dire une parole. Il dit à Lazare « Viens dehors ».
Viens dehors. Cette parole, en fait, dit que la résurrection ne vient que parce qu’il y a eu d’abord une parole qui a été prononcée.
Cela nous permet de retrouver le livre de la Genèse. Genèse, le chapitre 1, Dieu fait toutes choses par la parole « Que la lumière soit et la lumière fut ». Donc, la parole, elle est créatrice.
La parole, elle donne vie. Alors quand Jésus dit à Lazare « Viens dehors », c’est une parole qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas. Cette parole va tirer Lazare de son tombeau et va faire de lui désormais un vivant.
Jésus, donc, par sa parole, rejoint. Il rejoint nos peurs, nos paralysies, nos tiédeurs. Il rejoint aussi nos jugements. Il rejoint nos tristesses. Il rejoint notre péché.
La parole de Dieu est une parole qui rejoint l’homme d’aujourd’hui dans quelque situation qu’il se trouve.
Et cette parole, elle s’adresse à ce qui en nous n’a plus de force. Cette parole, elle s’adresse à tout ce qui en nous a besoin d’être ordonné et d’être tiré d’une sorte de léthargie ou même de mort.
La parole de Dieu nous tire de nos morts pour que nous puissions entrer dans la vie.
Vous êtes toujours avec moi ?
Quatrième et dernier point, « Déliez-le et laissez-le aller ! ».
Frères et sœurs, nous voyons qu’au tombeau, il y a une pierre. Et la première chose que Dieu dit, Jésus dit « Enlevez la pierre ! ».
On enlève la pierre et Jésus parle au mort. Le mort sort du tombeau et il dit « déliez-le ».
Pour vivre, nous avons besoin d’une communauté.
Nous avons besoin de nos frères et de nos sœurs. Nous avons besoin d’une église qui nous accompagne. Nous avons besoin en fait d’un être qui aide et enlève nos bandelettes.
Nous avons besoin les uns des autres. Car le mort ne pouvait pas lui-même s’enlever les bandelettes. Il a fallu d’autres personnes pour l’enlever.
Pour nous donc, vivre la résurrection, c’est être les uns pour les autres, la main de Dieu qui délie, la main de Dieu qui libère.
De cette lecture que nous avons entendue aujourd’hui, que pouvons-nous retenir ?
Nous retenons, frères et sœurs bien-aimés, que Dieu n’est jamais en retard pour accomplir sa promesse, que là où le cœur de l’homme pense que tout est fini, que plus rien ne peut venir à l’existence, entendons cette parole de l’Ancien Testament qui dit que les larmes de la veuve coulent sur les joues de Dieu.
Donc, notre vie dit quelque chose de ce que Dieu est.
Dieu est celui qui est toujours présent dans notre vie, quel que soit ce par quoi nous passons. Alors oui, Lazare qui ressuscite, c’est l’expression de chacun de nous qui est appelé à revivre.
Et mes amis qui sont en cheminement vers le baptême, mais cette réalité dit que nous aussi nous sommes appelés à entrer dans cette résurrection, à cheminer vers cette résurrection, parce que la parole de Dieu nous dit à tous et à chacun, viens dehors !
Osons, frères et sœurs, nous aussi, sortir de nos lieux d’emprisonnement et osons dire comme Marthe, oui, je crois, tu es le Fils de Dieu, celui qui est venu pour sauver le monde aujourd’hui, demain et pour les siècles et siècles.
Amen.