Is 60, 1-6 ; Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
Homélie du dimanche 4 janvier 2026
Par Mgr Loïc Lagadec
Elle est venue ta lumière, dit le prophète Isaïe au peuple. Elle est là !
Quand Isaïe a dit ça au peuple, c’était une prophétie. Une prophétie pour le peuple et pour toutes les nations. Ça les a mis en joie !
Ça les a mis en joie au moment d’entendre le prophète Isaïe annoncer ça, elle est venue ta lumière, le jour J, ça a mis en joie quand elle est venue à la crèche, les mages et les bergers et puis après tous ceux qui ont rencontré Jésus ont été en joie et nous aussi ça nous met en joie d’entendre que c’est vrai qu’elle est venue cette lumière. Mais dans le texte d’Isaïe vous avez entendu, c’est à la fois du futur et du présent et du passé. Donc nous en 2026, bonne année d’ailleurs, en 2026 c’est du présent, c’est du passé, c’est de l’avenir qu’elle est venue cette lumière.
Il y a un gros risque à fêter l’épiphanie comme quelque chose du passé et à ne pas entendre qu’Isaïe nous dit ta lumière, c’est ta lumière. Ce n’est pas une lumière du passé, elle est toujours ta lumière.
Alors il faut entendre, réentendre la question posée par les mages à Hérode :
Où est le roi des juifs ?
C’est vrai ça, frères et sœurs, nous avons à rechercher cette lumière, nous avons entendu qu’elle est déjà venue et qu’elle est notre lumière et nous avons à nous mettre en route. Vous avez entendu, et chez Isaïe et dans l’évangile, cette lumière attire les nations. Chez les juifs, il y avait déjà des sympathisants non juifs qui aimaient le dieu d’Israël.
Ça les intéressait ce dieu unique, mystérieux, invisible. Ça les intéressait, il venait de loin. Les mages font partie de ces gens-là.
On les appelait les gentils et au temple de Jérusalem, il y avait le Saint des Saints où il y avait la table de la loi où ne rentraient que les prêtres, il y avait la cour où on faisait les prières pour les juifs et il y avait une cour dans le temple de Jérusalem pour les non-juifs. On appelait ça le parvis des gentils. Ça veut dire que déjà dans le temps d’Israël, la bonne nouvelle, la Torah, la parole de Dieu, la promesse, l’alliance étaient tout particulièrement pour le peuple juif mais aussi pour les autres nations.
Et dans la nouvelle alliance à la crèche, cette promesse pour les nations, c’est-à-dire pour les non-juifs, est renouvelée structurellement à la crèche. Il y a quelques juifs et des étrangers, des non-juifs. Ils viennent d’autres nations.
C’est structurel. C’est structurel du début à la crèche et à la fin, à la Pentecôte, quand ils annoncent la bonne nouvelle, les apôtres, ils parlent dans toutes les langues et ils sont compris par des gens qui sont en pèlerinage et justement qui viennent de partout, qui ne parlent pas l’hébreu ou l’araméen et ils les entendent dans leur propre langue. Au début et à la fin de l’évangile, c’est fait pour les juifs, c’est fait pour toutes les nations.
Et ça continue encore aujourd’hui frères et sœurs. L’évangile est pour toutes les nations, pour tous les pays du monde, pour toutes les cultures. Et c’est vrai aussi en 2026, l’évangile intéresse ceux qui sont déjà chrétiens parfois, ça continue d’intéresser.
Et ça continue d’intéresser des non-chrétiens qui veulent devenir chrétiens. Et c’est structurel. De l’ancienne alliance, de la nouvelle alliance, à la crèche, à la Pentecôte et aujourd’hui à l’épiphanie, c’est toujours vrai.
Où est le roi des juifs que nous puissions adorer ? Mes frères et sœurs, attention ! Ne croyons pas que cette question est pour les autres. Il y a un vrai risque à penser que l’épiphanie c’est pour les autres.
Les autres des autres cultures, les autres qui ne sont pas encore catholiques, qui ne sont pas comme nous. Attention. La vigilance, frères et sœurs, c’est de veiller que nous sommes déjà en train d’aller à la crèche.
Parce qu’il y a un risque spirituel à croire qu’il n’y a pas besoin d’y aller parce qu’on sait déjà. On peut savoir que la lumière s’est levée, on peut savoir que l’étoile indique où est né le Messie, le fils de Dieu, mais se contenter de l’information. Je suis au courant, il est né à Bethléem, il vit à Nazareth, il meurt à Jérusalem, voilà, je reste dans mon canapé.
C’est très dangereux spirituellement de faire dans sa tête le chemin de ne pas bouger. Alors que l’enjeu est de faire comme les mages, de faire le chemin, d’y aller, de suivre la lumière. L’enjeu c’est que, frères et sœurs, nos vies quotidiennes, nos chemins de vie, soient vraiment guidés par cette lumière.
Sinon ça ne sert à rien parce que ça ne change rien. Il faut aller jusqu’à la crèche pour se rendre compte qu’on avait raison de faire confiance à la lumière puisqu’elle nous a guidés vers la source de la vie. On avait raison de faire confiance à la lumière de Dieu, on avait raison de faire confiance à ce que la foi, croire sans voir, est guidée par des petites lumières, pas souvent des grandes, des petites lumières qui guident notre foi.
Et de temps en temps nous sentons que nous avons raison. Parce que nous allons à la crèche, parce que notre chemin est plus beau si nous bougeons que si nous ne bougeons pas. Parce que nous avons la joie de rencontrer Dieu lui-même, dans la prière, en lisant la Bible, en allant à la crèche, en vivant l’Eucharistie avec les autres frères et sœurs de la communauté.
Parce que comme ça on peut aussi, nous, faire comme les mages et offrir des cadeaux à Dieu.
Sinon nous aurons gardé le meilleur de nous-mêmes pour nous, sans partager, ni à Dieu, ni comme les rois mages à la crèche, à la famille de Dieu. Alors pour conclure frères et sœurs, je vous invite à réfléchir :
Avez-vous envie de suivre la lumière ? Que décidez-vous pour la suivre, un peu, aujourd’hui ? Pas de votre canapé, mais en bougeant, comme quand vous êtes venus à cette Eucharistie, et dans votre vie, dans votre existence.
Et puis, deuxième question, qu’avez-vous à offrir à Dieu ? C’est beau d’offrir. On s’est offert des cadeaux à Noël la semaine dernière, entre nous.
C’était l’anniversaire de Jésus, normalement ça aurait été pour lui les cadeaux. Mais la semaine dernière c’est nous qui les avons eus. Cette semaine, rattrapage de Noël, offrons à Dieu nos cadeaux et à la famille de Dieu.
Ils offrent trois cadeaux, symboliques les rois mages. L’or, pour dire la royauté de Jésus, c’est le fils de Dieu. L’encens, c’est le signe de la prière, le signe qu’il est Dieu. Et la myrrhe, c’est le signe de l’embaumement, c’est un produit qu’on met sur les corps des morts qui reposent tranquillement dans la mort. Et ça c’est un signe prophétique de la mort puis de la résurrection de Jésus à la crèche.
Alors, vous n’avez pas amené d’or aujourd’hui, dans la quête un peu tout à l’heure, il y a un peu d’encens, beaucoup…, on n’a pas emmené de myrrhe parce qu’on ne va pas embaumer, mais on va fêter la résurrection, la mort et la résurrection de Jésus en célébrant l’Eucharistie.
Ça c’est ce qu’on va faire ensemble. C’est l’or, l’encens et la myrrhe d’aujourd’hui. Mais dans vos vies, frères et sœurs, dans la suite de votre chemin, qu’est-ce que vous allez offrir à Dieu qui serve sa divinité ? Comment vous allez prier ? En ayant conscience que Dieu est Dieu.
C’est à vous d’inventer, soyons créatifs. L’or, ça peut être de l’argent qu’on offre à la communauté, mais ça peut être le meilleur de soi qu’on donne à Dieu dans la prière, en donnant du temps pour prier, de plein de manières, en transformant sa vie, en vivant par amour pour les autres. Il y a plein de choses à faire pour rendre gloire à Dieu parce qu’il est Dieu.
Qu’est-ce qui sert la royauté de Dieu dans ma vie ? On pourrait un peu prendre au pied de la lettre le mot royauté. Qu’il soit mon chef, que Dieu soit mon chef. On n’aime pas avoir des chefs. Je le sais, je suis chef. On n’aime pas avoir des chefs, mais est-ce que c’est pas bon que Dieu soit en fait notre chef ? Parce qu’il est Dieu, parce qu’il sait ce qui est bon, parce qu’il nous guide, parce qu’il sent ce qui sera bon et qui fera donner dans nos vies le meilleur de nous-mêmes. Alors écoutons et obéissons à Dieu. C’est dur, mais c’est bon.
Et puis, troisième offrande à Dieu, qu’est-ce qui sert à sa mort et à sa résurrection ? Qu’est-ce qui célèbre dans ma vie sa mort et sa résurrection ? Ma présence à l’Eucharistie célèbre sa mort et sa résurrection. Je peux témoigner à d’autres de la beauté de Dieu dans sa mort et sa résurrection, et être un témoin.
Et ça sert, ça sert la gloire de sa résurrection autour de moi, dans le monde.
À vous, frères et sœurs, dans la prière en silence maintenant, et puis dans les heures de ce jour, on a toute la semaine, à vous de réfléchir à la lumière qui est venue, qu’est-ce que vous en faites ? Comment cette lumière vous guide et vous met en route ? Où est-il, le Fils de Dieu que nous rencontrons, et qu’avons-nous comme cadeau de vie, de foi, d’amour, d’espérance, à offrir à Dieu ?
Belle fête, frères et sœurs.
Joyeux Noël, et que tout 2026 puisse vous permettre de construire des réponses.
Amen.