Baptême du Seigneur TO A

  • Commentaires de la publication :0 commentaire

Is 42, 1-4.6-7 ; Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Homélie du 11 janvier 2026,
par Père Ferdinand SEBRE

Nous célébrons aujourd’hui la fête du baptême de notre Seigneur Jésus-Christ. Le pape François nous invite justement à nous souvenir et surtout à marquer nos dates d’anniversaire de baptême. Alors ce matin, quels sont ceux qui se souviennent de leur date de baptême ?

En célébrant le baptême de notre Seigneur Jésus-Christ et dans l’évangile que nous avons entendu, une question me monte dans le cœur et dans l’esprit. Pourquoi Jésus se fait-il baptiser ? Jean Baptiste disait lui-même que lui, il baptise d’eau, mais quelqu’un d’autre viendra.

Lui, il baptisera d’eau et d’Esprit-Saint. Pourquoi Jésus se fait-il donc baptiser ? Jean Baptiste baptisait ceux qui voulaient se convertir. Son baptême était donc un baptême de conversion.

Si son baptême était un baptême de conversion, Jésus avait-il besoin de ce baptême ? Pourquoi se met-il dans le rang des pécheurs pour recevoir ce baptême ? Frères et sœurs bien-aimés, ce matin, je voudrais vous proposer deux éléments de réponse. Le premier élément de réponse, c’est que vous et moi, dès l’origine, nous sommes marqués. Nous sommes marqués par le péché, ce péché qui fait que nous avons du mal à pleinement accomplir la volonté de Dieu.

Ce péché qui fait que nous avons quitté l’intimité de Dieu, ce péché qui met désormais une distance entre Dieu et nous. Vous vous souvenez, dans le livre de la Genèse, il est écrit que l’homme vivait avec Dieu. Cet homme qui vivait avec Dieu, vivait dans cette pleine intimité avec Dieu.

Mais dès qu’il y a eu le péché, ils ont été chassés du jardin d’Éden. Il y a donc eu une distance entre Dieu et nous. Cette distance entre Dieu et nous, qui nous a fait quitter l’intimité de Dieu, demande à être enlevé pour que nous puissions retrouver notre intimité avec lui.

Oui, Jésus n’a pas besoin d’être baptisé, et pourtant, il se met dans le rang des pécheurs pour recevoir lui aussi le baptême. Il se met dans le rang des pécheurs comme pour ordonner l’homme à une réalité nouvelle. Nous avons quitté l’intimité de Dieu parce que l’homme a voulu être autonome.

Par autonomie, nous entendons bien auto-nomos, nous nous donnons nous-mêmes nos propres lois auxquelles nous obéissons, qui ne sont pas forcément la loi de Dieu. Et cela nous écarte de plus en plus de lui. Jésus, en se faisant baptiser, en se mettant dans le rang des pécheurs, accomplit pleinement le mystère de l’incarnation.

Il assume tout en l’homme, même jusqu’au péché. C’est pourquoi le prophète Isaïe dira que sur le bois de la croix, il s’est fait pécher. Il n’a pas commis de péché, mais il s’est fait « péché » dans la mesure où il a pris tout le poids de notre péché afin de pouvoir nous libérer de ce péché-là.

Jésus se fait donc baptiser pour récapituler en tout homme tout ce qui nous a éloigné de Dieu. En lui désormais, l’humanité est réconciliée avec Dieu, l’homme retrouve son intimité avec Dieu.

Regardons le thème du baptême. Étymologiquement, être baptisé, c’est être plongé. On est plongé dans la mort et dans la résurrection du Christ. Regardons de plus près cette réalité du baptême.

Dans la symbolique biblique, l’eau est symbole de vie, mais elle est aussi symbole de la mort. Vous vous souvenez, pour ceux qui aiment bien lire les écritures, que dans l’Ancien Testament, le peuple d’Israël devait traverser la mer de Jong, parce que Dieu avait ouvert un chemin. Et quand le peuple d’Israël a pu traverser, derrière eux, il y avait les Égyptiens qui venaient.

Et quand ils sont arrivés, ils ont été engloutis par l’eau. L’eau, symbole de la mort. Jésus y descend.

Il descend comme pour faire mourir en nous tout ce qui n’est pas ajusté à Dieu. Et dans le texte, un détail qui est important, il est écrit que les cieux se sont ouverts. En hébreu, justement, les cieux, ce sont les eaux d’en haut.

Si Jésus descend donc dans les eaux du bas, il ouvre les cieux, il ouvre les eaux d’en haut pour nous faire monter. Jésus, en se faisant baptiser, prend pleinement notre humanité et l’introduit dans la sphère de Dieu. C’est pourquoi le baptême n’est pas pour nous quelque chose de traditionnel.

Ce n’est pas juste un rite que nous accomplissons, c’est la chose la plus extraordinaire, la chose la plus belle et la plus merveilleuse qui nous soit arrivée. Et c’est dommage qu’il arrive que des chrétiens qui ont été baptisés demandent à se débaptiser.

C’est-à-dire la chose la plus extraordinaire qui leur soit arrivée, ils renoncent à cela. Être fils du président de la République confère un certain honneur, mais cela n’est rien face au fait que par le baptême nous devenons fils et filles de Dieu. Il n’y a pas de titre, il n’y a pas de réalité qui soit plus grande que ça.

Nous sommes fils et filles de Dieu, nous sommes frères et sœurs bien-aimés par le baptême enfants de Dieu. On racontait l’histoire d’une princesse de France qui était orgueilleuse et qui disait à sa servante à qui elle avait demandé de faire quelque chose et qui mettait du temps à le faire, elle lui dit je suis la fille de ton roi. Et la jeune fille qui elle était chrétienne dit et moi je suis la fille de ton Dieu.

Puissions-nous aussi reconnaître que nous sommes fils et filles de Dieu et qu’à ce titre nous sommes au-dessus des filles de roi et des fils de roi ?

La deuxième raison pour laquelle Jésus se fait baptiser.

Jésus est plongé dans cette eau du baptême et ouvre les écluses des cieux.

Désormais nous pouvons participer à cette réalité-là.

Sur lui descend aussi l’Esprit Saint. Par le baptême nous sommes pleinement incorporés au Christ qui est le corps justement de notre église.

L’église est représentée par le corps du Christ. L’Esprit Saint qui descend, Jésus en fait nous fait tous entrer pleinement dans cette circularité d’amour entre le Père et lui. En fait Jésus en se faisant baptiser nous introduit au cœur même de la Trinité.

Dans notre église quand on est baptisé, on est baptisé au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, nous sommes pleinement plongés au cœur de la Trinité. Oui Jésus se fait baptiser pour faire entrer notre humanité pleinement dans cette réalité et même dans l’aspect de la Trinité. En célébrant le baptême de notre Seigneur aujourd’hui, faisons mémoire de nous-mêmes notre propre baptême.

Saint-Pierre disait être baptisé ce n’est pas être lavé des souillures extérieures, c’est s’engager envers Dieu avec une conscience droite. Alors oui, Matthieu nous dira, je vais terminer avec cela, allez de toutes les nations, faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Il ne dit pas allez baptiser, il dit faites des disciples.

Donc aujourd’hui que l’Esprit de Dieu nous soit donné, que nous ne soyons pas que des baptisés mais que nous soyons des baptisés qui devenons disciples. Que cette Eucharistie fasse de nous des hommes et des femmes qui puissent vivre de cette merveilleuse grâce qui est le baptême aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles.

Amen.