‘Un enfant nous est né, un fils nous a été donné’ : Nuit de Noël A

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 2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16 ;  Ps88 (89), 2-3, 4-5, 27.29 ;  Lc 1, 67-79
Homélie du 24 décembre 2025
Par Père Ferdinand SEBRE

En cette nuit très Sainte, la liturgie nous invite à nous arrêter sur les textes qui nous sont proposés aujourd’hui. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière sur les habitants du pays de l’ombre de la mort, une lumière a resplendi.

Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné. En cette nuit très Sainte, en cette nuit très douce, s’accomplit la parole du prophète Isaïe. L’évangile selon Saint-Luc lui fait écho.

Un ange annonce l’événement qui a bouleversé l’histoire de notre humanité : « Voici que je vous annonce une bonne nouvelle qui sera une grande joie pour tout le peuple. Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur et voici le signe qui vous sera donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

Dans la nuit de Bethléem, le ciel et la terre s’unissent dans un chant d’allégresse pour rendre toute gloire à Dieu et souhaiter la Paix aux êtres humains qu’Il aime.

Frères et sœurs bien-aimés, la joie éclaire cette nuit Sainte. La Joie est le premier et le dernier mot de l’évangile. Et pourtant, notre époque n’a rien à envier à la dureté des temps tels que l’évangéliste les a rapportés voici deux mille ans.

Aujourd’hui, de multiples formes d’instabilité frappent de nombreuses régions du monde. De graves questions concernent l’avenir de la planète. Le repliement sur soi et la recherche d’intérêts personnels entravent et blessent le sens de l’appartenance à notre commune humanité.

Le récit de l’évangile, quant à lui, a lieu au cours d’une migration de Nazareth jusqu’en Judée pour un recensement demandé par le pouvoir impérial romain. A Bethléem, il n’y a pas de place dans la salle commune pour accueillir un couple. La jeune femme doit donc donner naissance à l’enfant dans une mangeoire.

C’est de nuit qu’a lieu cette naissance, tandis que dehors, des bergers gardent leurs troupeaux. L’Église a choisi justement cette nuit, l’une des plus longues de l’année pour célébrer Celui qui est la vraie Lumière. C’est au solstice d’hiver que la liturgie proclame la Bienheureuse Espérance,

le Christ, soleil véritable et victorieux.

Alors chers frères et sœurs, je vais vous poser une question : « Sommes-nous des hommes et des femmes d’Espérance » ? Pas tous à la fois !

En cette nuit, que se passe-t-il ? L’amour indéfectible de Dieu prend chair de notre chair. C’est alors qu’une troupe céleste innombrable se met à louer Dieu. Le Sauveur est né cette nuit.

Le Sauveur du monde vient parmi nous. Ce Dieu qui a tant aimé le monde a voulu manifester son amour pour l’homme, sa créature. Oui, du plus bas sur la terre au plus haut dans le ciel, la création toute entière est saisie.

Oui, il n’y a pas d’un côté la terre et d’un autre le ciel. À Noël, le ciel et la terre s’unissent pour chanter la merveille accomplie par Dieu. Comment pouvons-nous imaginer que ce Dieu puissant, ce Dieu qui est plein d’amour vient à nous à travers la fragilité d’un enfant ? Oui, le Christ apporte avec Lui toute la nouveauté.

De lui, nous recevons notre dignité royale. Que Dieu puisse se faire l’un de nous est au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir et même imaginer. Oui, Saint Anselme disait, la raison comprend l’incompréhensible et comprend que l’incompréhensible existe.

En effet, qu’un Dieu se fasse homme, cela échappe à notre compréhension. Et nous comprenons que nous ne pouvons pas comprendre parce que Dieu est au-delà de cette réalité-là.

Frères et sœurs bien-aimés, que célébrons-nous à Noël ? Trois choses me semblent importantes à relever ici ce soir.

La première, c’est d’abord le commencement. C’est une question d’amour. Ce Dieu qui nous crée par amour. Ce Dieu qui nous accompagne au nom de son amour, veut que nous puissions goûter et vivre de cet amour-là. Mais depuis les origines, l’homme n’a pas toujours répondu amour pour amour. La preuve, Adam et Ève ont désobéi.

Et c’est là que je vais m’adresser à mes chers amis et à mes théologiens qui sont là devant moi. Chers amis ça va ? Bon !  puisque sans vous, je ne peux pas prêcher, je vais donc vous poser la question.

Adam et Ève ont été créés par Dieu. C’est ce que nous dit le livre de la Genèse. Jusque-là on est d’accord. Et Adam et Ève ont quitté le jardin d’Éden parce qu’ils ont ? Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Ils ont ? Ils ont désobéi.

Mais je suis sûr que vous les enfants qui êtes là ce soir vous obéissez à vos parents, donc cela n’a rien à voir avec vous !

Voilà ! Adam et Eve, parce qu’ils ont désobéi, se sont retrouvés hors du jardin.

Mais Dieu n’a pas cessé de les aimer. Dieu a envoyé vers eux et leurs descendants ceux qu’on appelle les prophètes pour continuer à dire à son peuple combien il tient à cette alliance-là.

Dieu ne s’est pas arrêté aux prophètes.

Dieu a même conclu une alliance à travers ce qu’on appelle les Dix Commandements pour continuer de crier son amour à l’homme.

Mais malgré tout ce que Dieu fait et tout ce que Dieu dit, le cœur de l’homme reste toujours fermé à Dieu. Et j’ai envie de dire en dernier recours, Dieu décide de venir au milieu de nous, de prendre chair de notre chair, afin de nous crier de façon plus sensible, de façon plus ostensible, son Amour pour nous.

Alors Dieu s’est incarné en Jésus-Christ pour nous dire l’Amour de Dieu.

La deuxième chose, quel est le sens de l’Incarnation pour vous et pour moi ?

Mes amis, il est écrit que quand Jésus est né, les hommes sont allés annoncer la Bonne Nouvelle.

Il y avait des personnages qui étaient quelque part la nuit dehors, qui campaient et qui gardaient les moutons.

Oui, vous avez raison. Oui, ce sont des bergers. Mais quand on parle des bergers, Jésus est né dans une mangeoire.

Alors, chers amis, je ne sais pas si vous êtes arrivés d’aller visiter une mangeoire. Non ! Mais je peux vous dire, chers amis, que ça ne sent pas la rose par là-bas.

Et vous voyez, c’est là que Jésus est né, dans cette fragilité, dans cette pauvreté, et même, j’ai envie de dire, dans ce manque d’hygiène.

C’est là que Jésus est né. Comme pour dire à notre humanité, quel que soit ce que nous vivons, quel que soit ce par quoi nous passons, Dieu est descendu au plus bas pour faire remonter l’homme.

Il n’y a rien d’humain qui désormais peut échapper à Dieu. Nous sommes complètement sauvés par l’incarnation de notre Seigneur Jésus-Christ. C’est pourquoi, frères et sœurs, cette nuit est la nuit la plus importante, car Dieu fait irruption dans notre humanité pour lui ouvrir un avenir.

Oui, nous avons un avenir.

La troisième et dernière chose qui me semble importante à relever, c’est qu’il est dit qu’il n’a pas trouvé de place au milieu des hommes. Et c’est un peu notre histoire aussi aujourd’hui.

Dieu a encore du mal à trouver de la place chez nous. Mais ce que je vais dire ne vous concerne pas. J’ai l’habitude de parler de ceux qui ne sont pas là.

Donc, voilà. Toute ressemblance n’a rien à voir avec la réalité. Je sais que c’est la Fête de Noël et que tout à l’heure, il y aura de bons repas.

On parlera de tout, mais vous vous rendrez bien compte que quelquefois, même à table, lorsque nous célébrons la naissance de Jésus, on parlera de tout mais on évitera de parler de Jésus parce qu’il ne faudrait pas indisposer ceux qui ne croient pas.

Mais dites-moi, quel est donc cet anniversaire qu’on célèbre sans parler de celui dont on célèbre l’anniversaire ? Dieu a du mal à encore avoir de la place, même le jour de son anniversaire, à nos tables. Et pourtant, il est l’Amour qui vient pour nous dire combien de fois que nous sommes importants pour lui.

Oui, Dieu vient au milieu de nous. Dieu vient au milieu de nous et de plus en plus nous nous disons que nous n’avons plus besoin de Dieu. La preuve, c’est que de plus en plus dans nos rues les calvaires ont été enlevés.

Comme on dit que l’homme peut bien vivre aujourd’hui sans Dieu. Et l’homme essaie de construire sa vie sans Dieu. Et plus nous construisons notre vie sans Dieu, et plus nous nous rendons bien compte que nous nous perdons pour peu qu’on veuille bien faire la vérité au plus profond de nous.

Mais Dieu, pourtant, ne cesse de nous crier son Amour. Il nous aime et il se donne à nous dans la fragilité d’un enfant. Alors demandons au Seigneur en cette célébration que personne ne nous enlève notre joie de croire.

Que personne ne nous enlève notre joie de célébrer Noël !

Je disais ici, dans cette même église, vous voyez une belle célébration comme la Fête de Noël qui nous dit tout notre avenir, finalement, on en a fait la fête du Père Noël.

Mais qu’est-ce que le Père Noël devant notre Salut ? Qu’est-ce que le père Noël devant notre avenir ? Non !  Nous sommes trop importants pour limiter cette nuit à une question de Père Noël, de cadeau de Noël.

Même si Dieu a été le premier à nous faire un cadeau, c’est pour que nous puissions pleinement jouir de ce cadeau. Demandons donc au Seigneur, en cette Eucharistie, que la Joie de Noël illumine nos cœurs et que nous puissions porter cette joie à ceux qui sont seuls, à ceux qui vont passer cette nuit dans l’isolement.

Soyons de ceux et celles qui apportons l’Amour de Dieu sur le chemin de l’humanité aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles.