Le verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous : Nativité du Seigneur Jour de Noël A

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Is 52, 7-1 ; Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4, 5-6 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18
Homélie du 25 décembre 2025
Par P. Ferdinand SEBRE  

Au commencement était la parole, au commencement était le Verbe. Le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu.

Je ne vais pas faire ce matin une enquête sur ceux qui ont été à la messe hier. Mais ceux qui ont été à la messe hier, ont entendu un évangile qui est différent de celui que nous entendons ce matin.

Hier, c’était plutôt l’annonce qui était faite aux bergers. Un enfant nous est né, un fils nous est donné, reprenant la prophétie du prophète Isaïe. Oui, hier c’était l’annonce de Noël à ces bergers qui campaient.

Aujourd’hui, nous écoutons un autre évangile, celui de Jean. Et à aucun moment Jean ne nous parle de Noël. Il n’y a pas d’annonce qui est faite aux anges, il n’y a pas Marie qui met au monde un fils, mais seulement un verset traduit cette réalité du mystère de l’incarnation.

Jean dit « au commencement était le Verbe. »

Et quand on descend dans les versets 10, 11, et même 12, il dit, Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Il dit, à ceux qui l’ont reçu, Il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et le verset 14, il dit, et le Verbe s’est fait chair, et Il a habité parmi nous.

Pour Jean, voilà Noël. Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. De ce que Jean nous donne d’entendre ce matin, je voudrais orienter ma réflexion autour de deux points.

Le premier point, c’est le mystère de l’incarnation pour nous, et le deuxième point, c’est plutôt une conséquence liée au mystère de l’incarnation.

Commençons donc par la réalité du mystère de l’incarnation.

Dieu est celui qui, par amour pour nous, vient jusqu’à nous.

Il vient, comme je le disais hier, pour nous dire l’amour indéfectible du Père. Saint Jean, dans la finale du texte de ce jour, disait : Dieu, personne ne l’a jamais vu, mais c’est le Fils qui est dans le sein du Père, c’est lui qui nous l’a fait connaître. Autrement dit, on ne peut pas connaître Dieu, si on ne connaît pas Jésus.

On ne peut pas avoir la révélation de Dieu, si nous n’avons pas la révélation de Jésus-Christ. Et Jésus est le visage de Dieu pour nous. Jésus est la manifestation de Dieu pour chacun de nous.

Il est donc la parole. On ne peut donc pas connaître Dieu, si nous ignorons sa parole. Et Saint Jérôme a raison de dire qu’ignorer la parole de Dieu, c’est ignorer Dieu, puisque la parole s’est faite chair et que cette parole-là a habité parmi nous.

Le mystère de l’incarnation, c’est donc une parole, celle de Dieu, qui vient nous dire son amour pour chacun de nous. Mais aussi une parole qui continue de parler à nos cœurs, dans les situations dans lesquelles nous pouvons nous trouver. Pour dire que, quelle que soit notre vie, quelle que soit là où nous en sommes, qu’on soit chrétien, pratiquant, peu pratiquant, j’ai même envie de dire peut-être mal pratiquant, peu importe là où nous en sommes, l’amour de Dieu va nous rejoindre là où on en est. Le mystère de l’incarnation, c’est donc Dieu qui rejoint l’homme d’aujourd’hui dans la réalité qui est la sienne, pour continuer de lui dire qu’il a du prix aux yeux de Dieu.

Quelle est donc cette conséquence, la conséquence du mystère de l’incarnation ? Vous conviendrez avec moi que le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous, et saint Jean nous dit, à ceux qui l’ont reçu, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu.

Vous et moi, par notre baptême, nous sommes faits fils et filles de Dieu. Une autre façon de dire que nous sommes le reflet de ce que Jésus lui-même est. C’est peut-être oser vous le dire comme cela, et pourtant c’est toute la réalité spirituelle du mystère que nous recevons au cœur de notre baptême, qui est le sacrement par lequel nous sommes configurés au Christ. Si le nom de chrétien a été donné aux disciples du Christ, c’est parce qu’on voyait en eux d’autres Christ.

L’une des conséquences directes de ce mystère de l’incarnation, c’est que Dieu prend plusieurs visages. Dieu prend vos visages, Il prend mon visage. Quelle audace et quelle espérance ! Comment ce Dieu qui est Saint, ce Dieu qui est tout autre, mais vit en nous, en prenant le visage des uns et des autres.

Depuis le mystère de l’incarnation, Dieu ne se dit plus sans l’homme. Dieu se révèle à travers l’homme. Dès lors, tout acte que nous posons, tout ce que nous faisons, dit quelque chose de la part de Dieu.

Voilà ce que le mystère de l’incarnation nous dit. Frères et sœurs, depuis donc ce mystère de l’incarnation, nous ne pouvons plus continuer de vivre comme on le faisait auparavant, car notre responsabilité est engagée. Notre responsabilité est engagée pour dire aux hommes et aux femmes de notre temps que Dieu est présent dans notre société, Dieu est présent dans notre famille, que Dieu en fait, vit avec nous et nous sommes quelque part, peut-être une pâle copie, mais quand même une copie de ce que Dieu lui-même est.

Deuxième conséquence que nous pouvons tirer du mystère de l’incarnation.

Ce Dieu qui s’est fait chair, veut tout simplement utiliser chacun de nous avec ce que nous sommes. Nous sommes désormais devenus les pieds de Jésus pour aller vers celui qui est lointain, pour lui dire l’amour de Dieu. Nous sommes les mains de Dieu pour rassurer celui qui n’en peut plus de la vie. Nous sommes le cœur de Dieu pour aimer tous ceux et toutes celles qui sont des mal-aimés. En fait, nous sommes une part de Dieu pour dire à notre humanité que Dieu vient rejoindre l’homme et tout l’homme.

Demandons donc au Seigneur en cette Eucharistie dans laquelle Il se donne à nous que nous puissions le recevoir pleinement, de sorte qu’en sortant de cette église, nous continuons de dire aux hommes et aux femmes de notre temps que celui qui s’est incarné est encore vivant aujourd’hui, qu’il vit avec nous aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles.

Amen.