Is 35, 1-6a.10 ; Ps 145 (146), 7, 8, 9ab.10a ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
Homélie du 14 décembre 2025,
par Père Ferdinand SEBRE
En ce troisième dimanche de l’Avent, la liturgie nous invite à nous réjouir, à nous réjouir parce que le Seigneur est proche. Et si aujourd’hui je suis vêtu de rose, ce n’est pas par erreur, mais parce que la rigueur du violet est atténuée par la proximité de la lumière. Nous en sommes à la troisième bougie : le Seigneur est proche, voilà l’objet de notre joie.
Ce dimanche est donc le dimanche de la joie, et c’est dans la joie que nous nous accueillons les uns les autres et que nous accueillons celui qui nous rassemble. Les lectures que nous avons entendues aujourd’hui nous parlent précisément de cette réalité de la joie. Commençons par la première lecture, tirée du prophète Isaïe.
Dans cette première lecture, il est question d’un peuple qui a été déporté et qui a vécu près de quarante années en exil, sur une terre étrangère. À ce peuple, Dieu envoie le prophète Isaïe pour lui annoncer qu’Il est en train de préparer quelque chose de sublime : le retour sur sa terre d’origine. Une telle nouvelle est source de joie pour les habitants. Et le Seigneur, en nous donnant cette première lecture, nous invite, nous aussi, à retrouver la joie du retour à Dieu, la joie du retour de notre cœur vers l’essentiel, c’est-à-dire vers Dieu lui-même.
Dans la deuxième lecture que nous avons écoutée, Saint Paul nous invite également à cette même réalité de la joie. Cette joie est celle de l’attente : une attente joyeuse, patiente, parce que le Seigneur vient et que nous avons besoin de lui faire de la place, de lui laisser du temps pour qu’Il s’installe dans notre vie. Oui, il nous dit : “Frères, prenez pour modèle l’endurance et la patience, car l’attente du Seigneur ne se vit pas dans la précipitation, mais dans la persévérance et la patience”. Aujourd’hui, les textes nous invitent à célébrer la joie, mais une joie qui se veut sainte.
Dans l’Évangile que nous avons entendu, c’est Jean-Baptiste qui est au cœur du récit. Jean-Baptiste est en prison, et depuis sa prison, il entend parler de Jésus.
Alors, constatant que ce que Jésus dit et fait ne correspond pas à la vision qu’il avait du Messie, il envoie ses disciples lui demander : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Comme lui, il nous arrive aussi, lorsque nous traversons des moments difficiles, de nous demander si Dieu est réellement Dieu, s’il nous aime vraiment et s’il est capable de nous sortir de ces situations. Jean-Baptiste, pourtant prophète, traverse lui aussi une épreuve. Emprisonné, envahi par le doute, il a besoin d’être rassuré, il a besoin d’un nouveau départ.
Lorsque ses disciples trouvent Jésus et lui posent la question, Jésus leur donne une réponse extraordinaire. Il dit : « Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. »
Que nous dit cette réponse ? Elle nous dit que celui qui est capable de faire voir les aveugles, de faire marcher les boiteux, de ressusciter les morts et d’annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres est bien le Messie. Par ces paroles, Jésus fait comprendre à Jean qu’il n’a pas besoin de douter : Il est véritablement le Messie envoyé pour sauver l’humanité.
Mais ce Messie n’est pas un Messie triomphant qui écrase. C’est un Messie qui prend soin, un Messie plein de compassion pour celui qui est désemparé, pour celui qui est rejeté. Voilà le Messie que nous attendons. Nous n’attendons pas un Dieu qui viendrait remporter des victoires éclatantes sur nos ennemis.
Nous avons entendu aussi, dans la première lecture, évoquer la vengeance de Dieu. Cette expression pourrait nous faire croire que Dieu vient régler des comptes. Non, Dieu ne vient pas pour se venger : il vient pour aimer. Il vient manifester sa miséricorde. Il vient prendre soin de chaque être humain dans son histoire particulière, là où il en est. Dieu vient nous apporter le salut.
En ce dimanche de la joie, frères et sœurs, nous sommes invités à ne pas nous laisser voler notre joie, pour reprendre les paroles du pape François. Voyez-vous, une fête comme Noël est parfois réduite à une simple fête de fin d’année, comme si l’on voulait nous voler la joie de croire que notre Dieu n’est pas un Dieu lointain, mais un Dieu proche, qui vient à notre rencontre pour nous sauver.
Ne nous laissons pas voler notre joie de croire. De même, la fête de Pâques, la plus importante pour nous, chrétiens, est parfois réduite à une fête des œufs et du chocolat. Pourtant, ce qui se joue là n’est pas une affaire de confiseries, mais l’éternité dans laquelle nous sommes désormais inscrits, parce que le Christ est mort, ressuscité et nous entraîne dans sa victoire.
Ne nous laissons pas voler notre joie de croire en ce Dieu vivant. Ne nous laissons pas voler notre joie de croire que Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants, et qu’aujourd’hui encore Il continue de manifester sa miséricorde, sans laisser personne de côté. Il est Celui qui tend la main pour nous attirer tous vers Lui. Demandons au Seigneur, en cette Eucharistie, de nous donner la force de croire, mais de croire dans une foi joyeuse.
Il n’est pas rare que nous soyons des chrétiens à l’air triste. Ayons des visages de fête, car notre Dieu est un Dieu de la fête. Qu’en ce dimanche, la joie de Dieu nous soit donnée afin que, par notre vie, nous puissions dire aux hommes et aux femmes de notre temps que Dieu les aime d’un amour indéfectible, aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles.
Amen.