L’Avènement d’un monde nouveau : 2e dim de l’Avent A

  • Commentaires de la publication :0 commentaire


Is 11, 1-10; Ps 71 (72); Rm 15, 4-9; Mt 3, 1-12
Homélie du 7 décembre 2025,
Par Père Ferdinand SEBRE

En ce deuxième dimanche du temps de l’Avent, les lectures que nous écoutons nous invitent à deux choses, et mon homélie aujourd’hui ne sera pas sur trois points, mais sur deux points. Et comme j’ai la joie d’avoir ici aujourd’hui, comme dimanche dernier, mes théologiens et mes théologiennes qui se préparent à la première communion, ensemble, nous allons donc réfléchir sur les textes de ce jour.

Le premier point, c’est que les textes nous invitent à accueillir une promesse excellente.

Cette promesse, c’est la venue de notre Seigneur Jésus. En fait, nous sommes invités, dans le premier point, à rêver avec Dieu, ou du moins, à avoir le rêve même de Dieu. Dans un deuxième point, nous allons réentendre cet appel à la conversion de Jean le Baptiste.

Nous sommes invités, en fait, à nous convertir à la pensée et à la vision de Dieu. Voilà les deux points que je vous propose pour ce dimanche.

Commençons donc avec la question de la promesse et du rêve. Dans la première lecture que nous avons écoutée, le prophète Isaïe nous parle de la montagne sainte. Sur cette montagne sainte, il ne se fera aucun mal. L’agneau, le lion, le cobra, toutes ces réalités qui, en temps normal, sont en opposition, trouvent le moyen de vivre en harmonie, parce que la connaissance de Dieu aura envahi tout être.

Le rêve de Dieu, c’est donc l’avènement d’un monde nouveau, un monde dans lequel règnera la justice, un monde dans lequel il ne se fera aucun mal. Voilà le rêve de Dieu. Et nous, ce dimanche, nous sommes appelés à partager ce rêve. Mais ce rêve, il est en même temps une vision et une visée. C’est un rêve à construire, c’est une réalité à bâtir ensemble. Un monde où règne la justice est un monde à construire avec chacun de nous. Parce que ce rêve de Dieu, c’est dans la mesure où vous et moi, nous partageons ce rêve, que nous allons pouvoir permettre à ce rêve de se réaliser. Dès lors, nous devenons des instruments de la réalisation du rêve de Dieu.

Ce temps de l’avent n’est pas pour nous un temps d’oisiveté, n’est pas pour nous un temps de repos, mais plutôt un temps où nous sommes appelés à nous réveiller et à travailler à l’avènement d’un monde nouveau.

Peut-être que certains parmi vous ont eu à suivre cette pièce de théâtre en attendant le retour de Godot. On raconte dans cette pièce que dans un village avait été annoncé la venue de M. Godot. Et puis, comme il devait arriver, les uns et les autres se réunissaient tous les jours pour faire des réunions. S’il vient, quel est notre plan pour l’accueillir ? Alors, ils ont fait des réunions préparatoires pour accueillir M. Godot. Et M. Godot est arrivé pendant qu’ils étaient encore en train de faire des réunions pour préparer son arrivée.

Ce que je veux nous dire ce matin, le temps de l’avent n’est pas pour nous un temps où nous allons faire de grands plans pour accueillir le Seigneur. Mais c’est un temps d’action. C’est un temps où il nous faut travailler à l’avènement du règne de Dieu. C’est un temps où nous sommes appelés à travailler dans l’harmonie les uns avec les autres.

Oui, sur le nid du cobra, l’enfant posera sa main. Cette réalité n’adviendra au jour que dans la mesure où le cœur de l’homme sera désormais un cœur capable de pardonner. Un cœur capable de ne pas faire œil pour œil et dent pour dent, mais qui sera capable de dire, en dépit du mal que tu m’as fait, l’amour de Dieu veut remporter la victoire sur l’acte que tu as posé envers moi. Cette montagne sainte, c’est la connaissance de Dieu qui nous est tous donnée.

Le deuxième point, c’est la question de la conversion. Et pour introduire ce deuxième point de la conversion, je vais m’adresser à mes théologiens qui ce matin ont réfléchi sur un texte.

Vous vous rappelez ce texte ? C’était le Bon Samaritain. Ce monde nouveau à construire est un monde à construire aussi avec cet homme qui est venu au secours de cet homme qui est tombé entre les mains des bandits. Que s’est-il passé dans la vie de cet homme ? Il a été roué de coups, il a été laissé pour mort, et la suite ? Un prêtre est arrivé, et puis il a détourné le regard. Que s’est-il passé par la suite, mes théologiens ? Oui, un Lévite est arrivé, il a détourné son regard, il est passé. Il y a eu une troisième personne qui est passée, un Samaritain. Nous comprenons donc que préparer pour nous le règne de Dieu, préparer ce monde nouveau, ce n’est pas être comme le prêtre, ce n’est pas être comme le Lévite, qui sont passés en ignorant l’homme qui était mourant, mais nous construirons un monde nouveau en étant comme le Samaritain qui a vu cet homme mourant et qu’il n’a pas ignoré, qu’il n’a pas vécu dans l’indifférence.

Jean le Baptiste, lui, il nous appelle à la conversion. Se convertir, qu’est-ce que c’est ? D’aucuns et toutes les religions sont d’accord pour dire, pour définir la conversion comme un retour en arrière. Mais cette définition, pour moi, ne dit pas réellement la réalité de la conversion. Le cardinal Raniero Cantalamessa disait ceci, qu’en fait, se convertir, c’est marcher sur une voie. Et quand on marche sur cette voie, on vient nous proposer une voie qui est meilleure. Et voyant cette voie qui est meilleure, on saute à pieds joints dans cette nouvelle réalité. Oui, vous et moi, nous avons notre vie, nous avons notre façon de faire. Et voilà que le Seigneur Jésus vient nous proposer une autre voie qui est belle et qui est remplie de bonheur. Quand on découvre cette voie, on abandonne la voie ancienne pour sauter dans la nouvelle voie.

Voilà ce à quoi nous sommes appelés durant ce temps de l’avent, à la conversion. C’est-à-dire un changement de notre mentalité, un changement de notre cœur, pour que nous puissions avoir les pensées de Dieu, que nous puissions épouser les sentiments de Dieu, et que nous puissions devenir des hommes et des femmes qui continuent l’action de Dieu au cœur de notre monde.

Oui, Jean-Baptiste crie dans le désert, et ça sera mon dernier point. C’est quand même bizarre. Généralement, quand on veut se faire entendre, on se met au carrefour, et j’ai même envie de dire devant les centres commerciaux, là c’est sûr qu’on aura du monde, et on peut bien vendre son produit. Mais lui, il va au désert, et c’est là qu’il crie. Et nous voyons que dans ce désert, les uns et les autres quittent la ville pour aller l’entendre. Cette conversion nous invite à nous dépouiller, afin de pouvoir aller entendre la parole qui nous donnera de revivre. Demandons donc au Seigneur en cette Eucharistie, qui donne la force, nous aussi, de nous dépouiller des choses qui ne sont pas essentielles, afin que l’avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, nous puissions préparer cet avènement en ouvrant largement notre cœur pour accueillir celui qui est vivant aujourd’hui, demain, et pour les siècles et siècles.

Amen.