C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie: 33e Dim TO Année C

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Ml 3, 19-20a ; Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9 ; 2 Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19
Homélie du 16 novembre 2025,
Par l’abbé Ferdinand SEBRE

Le dimanche dernier, nous avons célébré la dédicace de la basilique de Latran. Et je disais ici, dans cette église, qu’effectivement, en regardant la beauté de nos églises, les pierres, les vitraux, les ex-votos, oui, on s’extasie et on dit, mais quelle merveille ! Et je disais ici que ces églises, ces basiliques ne sont rien en comparaison des basiliques ambulantes que vous et moi nous sommes, puisque nous sommes le temple de l’Esprit-Saint et que l’Esprit de Dieu habite en nous.

Aujourd’hui, il est question des fins dernières, parce que nous sommes en train, nous tendons, vers la fin de l’année liturgique.

Et les textes que nous écoutons, nous parlent du retour de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous parlent, si vous voulez, de la fin des temps. Et quand on parle de la fin des temps, déjà, on se méfie et on a peur. On s’imagine des catastrophes, on s’imagine la fin de toute chose. En fait, on s’imagine que Dieu vient justement pour faire périr ceux qui n’ont pas été fidèles à sa parole.

Que devons-nous comprendre par les textes de ce jour ? Je nous propose donc trois pistes de réflexion. Que nous disent les textes d’aujourd’hui ? La deuxième piste, ces textes que nous entendons aujourd’hui, comment pouvons-nous les recevoir ? Et dans un troisième temps, comment allons-nous en vivre ? Ça va jusque-là ?

Que nous disent les textes de ce jour ?

Dans la première lecture tirée du livre du prophète Malachie, il est question du jour de Dieu.

Et il est écrit qu’Il est ce soleil de justice qui porte en ses rayons la guérison. Le jour du Seigneur, c’est donc le jour où Dieu est pleinement révélé et pleinement manifesté à tout le genre humain. Le jour du Seigneur, c’est aussi le jour où Dieu va avoir le dessus sur tout.

Et dans cette introduction, on parle même de la revanche du Seigneur. Ce n’est pas tant que Dieu vient pour nous châtier, mais Dieu vient pour être l’unique et le véritable vers qui tous les cœurs se tournent. Le jour du Seigneur, c’est aujourd’hui, puisque tous les dimanches sont pour nous jours consacrés au Seigneur, où nous ferons la part belle, où nous faisons la part belle à Dieu. Alors ce jour du Seigneur, il vient à chaque fois que nous nous retrouvons en Eucharistie, en Église, pour célébrer le Seigneur. C’est le jour du Seigneur, Dieu est révélé et Dieu est manifesté.

Dans la deuxième lecture que nous avons entendue, le jour du Seigneur est attendu comme la fin, au point que les chrétiens de Thessalonique, eux, se disaient, puisque le jour du Seigneur est proche et que la fin des temps est proche, alors à quoi bon travailler, à quoi bon se marier, à quoi bon en fait faire toutes choses ? Saint Paul leur écrit que le jour du Seigneur vient, mais nous devons nous préparer à ce jour de façon active. Aussi les invite-t-il à travailler afin de pouvoir jouir pleinement de leur existence. Il ne s’agit pas donc pour nous de fuir la réalité de notre vie, mais de pleinement l’habiter.

Ce qui m’amène à parler de mon deuxième point : Comment recevoir les textes que nous sont donnés aujourd’hui ? Que nous disent ces textes ?

Dans l’Évangile, il est question de phénomènes extraordinaires. Et ce n’est pas d’aujourd’hui, beaucoup d’hommes et de femmes ont prédit la fin des temps. Je me rappelle en 2012, il avait été annoncé que le 12 décembre 2012 était la fin du monde et qu’il y avait un endroit ici en France où on pouvait se retrouver pour échapper à la fin du monde. Alors, il y en a qui ont acheté certainement des maisons à cet endroit-là pour échapper à la fin du monde.

Nous sommes en 2025 et vous et moi, nous sommes là. De quelle fin parle le Seigneur ? Ce monde tel qu’il est, tel qu’il est organisé, ce monde dans lequel Dieu est de plus en plus évincé, ce monde l’attend vers sa fin. La fin de l’année liturgique nous dit que toute chose a une fin.

Que si nous avons l’impression aujourd’hui que ceux qui vivent sans foi, ni loi, prospèrent, Dieu nous dit que toutes ces choses auront une fin. Ceux qui disent que nous pouvons bien vivre sans Dieu et que d’ailleurs nous prospérerons sans Dieu, Il nous dit que toutes ces choses prendront fin. Ceux qui investissent seulement pour la vie matérielle, Dieu dit que toutes ces choses vont prendre fin.

Alors si nous investissons seulement pour des choses éphémères, des choses qui prendront fin, quand ces choses prendront fin, nous risquons de passer avec ces réalités-là. Parce que nous n’avons pas su investir pour des choses qui demeurent. Alors aujourd’hui nous sommes invités à habiter cette réalité qui est d’investir pour des choses qui demeurent éternellement.

Regardons un peu notre monde. Ce monde dans lequel on vit aujourd’hui est un monde en fait où on nous dit que tout va mal. Ce n’est pas une révélation que je fais.

Il n’y a qu’à regarder nos journaux, tout va mal. On se pose même la question de l’avenir.

J’ai rencontré une famille, qui a force, et c’est une famille très jeune, qui a force de dire à leur enfant, le monde va mal. On ne sait pas quel avenir pour nos enfants. En fait ces enfants ont commencé déjà à déprimer parce qu’ils n’avaient pas d’horizon pour ces enfants-là, puisque tout va mal.

Quelle espérance ?! Et si seulement ça s’arrêtait là…

Notre Église, alors oui on nous dit nous sommes de moins en moins nombreux. Ici encore on a quelques jeunes. Mais à certains endroits il n’y a pas de jeunes du tout et il n’y a pas d’enfants. Oui, même l’Église aussi va mal.

L’Église aussi va mal avec tous les scandales que nous connaissons. Oui, ça va mal.

Vous êtes toujours là ! Non, ce matin je ne suis pas venu pour vous mettre le moral dans les chaussettes.

Non. J’ai plutôt une bonne nouvelle à vous annoncer. Et cette bonne nouvelle, c’est que ces choses qui vont mal, elles aussi vont prendre fin. Elles aussi vont prendre fin car l’Église dit que même si au sein de cette Église, il y a eu des choses qui ne sont pas catholiques, nous prenons les moyens pour que l’Église devienne une maison sûre. Alors ces choses vont prendre fin parce que nous nous donnons les moyens pour pouvoir sortir de là.

Et j’en arrive donc à mon troisième point.

Comment interpréter ces choses et comment en vivre?

La finale de l’Évangile nous dit, dans certaines versions, « Relevez la tête, votre rédemption est proche. » Et dans la version de saint Luc, il est plutôt écrit, « C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. » Alors oui, même si le monde va mal, le Seigneur nous dit de persévérer, de continuer à croire envers et contre tout.

Vous voyez, certaines personnes disent qu’il y a de moins en moins d’enfants qui sont baptisés, de moins en moins qui sont confirmés, parce qu’une fois qu’ils ont fait la première communion, ils s’arrêtent. Mais je peux vous dire aujourd’hui, à cette heure-là, nous avons près d’une trentaine de jeunes qui vont recevoir la confirmation à Jonage, et ce sont des jeunes de nos paroisses. Je peux vous dire qu’au niveau de la catéchèse ou du catéchuménat, nous avons de plus en plus de demandeurs, au point qu’on cherche même des accompagnateurs pour ces personnes-là.

Oui, l’Église va mal, mais l’Église va bien. L’Église va bien parce que vous et moi, nous sommes là, parce que vous et moi, nous croyons que cette Église, elle a sa raison de vivre, elle a sa raison d’être. L’Église va bien parce que nous croyons que cette Église-là, elle a un message à donner à notre monde, c’est que nous sommes appelés à dire l’amour indéfectible de Dieu.

Alors, en ce jour où les textes nous invitent à parler de la fin des temps, Dieu nous invite à comprendre que toutes ces choses qui nous sapent le moral connaîtront une fin.

Mais Dieu nous engage, vous et moi, à construire un monde nouveau. Et ce monde nouveau se fera avec la contribution de chacun.

Ce monde nouveau est un monde dans lequel les chrétiens ont pleinement leur place et où ils pourront dire l’amour indéfectible de Dieu, où ils pourront dire que le pardon est possible, où ils pourront dire que la justice est possible. En fait, ce monde nouveau, c’est vous et moi qui l’inaugurons par notre appartenance au Christ et par notre façon de vivre. À chaque Eucharistie, Jésus se donne à nous.

Puisse cette Eucharistie nous donner la force d’être des constructeurs d’un monde nouveau, un monde de justice et de paix, aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles. Amen.