L’humilité à la première place : 22e dimanche du TO Année C

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Si 3, 17-18.20.28-29 ; ps 67 ; He 12, 18-19.22-24a ; Lc 14, 1.7-14
Homélie du 31 août 2025,
par l’abbé Ferdinand SEBRE

Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les annotations sont ajoutées après transcription.

Hier, j’ai été invité dans une famille où un repas composé d’une entrée, d’un plat principal et d’un dessert a été servi, comme c’est courant en France. Aujourd’hui, je propose également un repas structuré de cette manière. Je vais donc annoncer le menu :

Pour commencer, l’entrée portera sur le terme « humilité », suivie d’une analyse de la notion de « dernière place » en plat principal. La question de la signification de cette expression sera abordée. Enfin, le dessert traitera des conséquences que ces deux notions peuvent avoir pour chacun.

Commençons donc par la question de « l’humilité ».

Un saint disait que l’échelle qui nous permet d’arriver jusqu’à Dieu est une échelle mise à l’envers. Plus on s’abaisse et plus on grandit devant le Seigneur.

N’est-ce pas ce dont il est question dans la première lecture et dans la deuxième lecture que nous avons entendues ?

Ben Sira le Sage souligne que ses recommandations vont au-delà de simples conseils de savoir-vivre ou d’amélioration du vivre-ensemble ; elles sont présentées comme essentielles pour toute personne souhaitant suivre la voie du Christ. L’humilité s’avère incontournable dans cette démarche, dans la mesure où le Christ lui-même a fait preuve d’humilité en venant à notre rencontre.

Dans la deuxième lecture que nous avons écoutée, l’auteur nous dit que nous ne sommes pas venus au pied d’une montagne qui était en feu parce que toute cette théophanie * a pris une autre envergure avec le Seigneur Jésus. 

–  *Théophanie (Révélation de Dieu)

Ainsi Dieu n’est plus celui qui se manifeste à nous de façon ostentatoire mais celui qui se donne à nous dans la petitesse, dans la fragilité de l’enfant de la crèche. Nous ne saurons donc marcher à sa suite si nous même ne rentrons pas dans cette démarche.  Plus nous accepterons de nous faire petit et plus Dieu nous grandira.

A ce niveau je partage avec vous une réflexion du Pape Benoît XVI que j’aime beaucoup. En commentant le Magnificat il disait ceci :

 Marie dit : « Que Mon âme exalte le Seigneur »

 Alors nous, nous pourrions facilement comprendre « Que mon âme élève le Seigneur »

Mais ce que Marie est en train de dire c’est : « Mon âme fait toute la place à Dieu ».

 Autrement dit, Marie fait toute la place à Dieu en elle. Il n’y a que Dieu.

 Dès lors l’humilité est le moyen par lequel nous nous effaçons  pour laisser Dieu apparaitre et transparaitre en chacun de nous.

Nous nous souvenons de cette parole de Jean Baptiste : « Que Lui grandisse et que moi je diminue ! ». L’humilité c’est donc toutes les fois où nous permettons à Dieu de grandir en nous  et que tout en nous Il fasse toute la place.

La « dernière place » ce sera le plat.

Dans la plupart de nos églises on aime plutôt occuper les bancs de derrière. Je ne sais pas si c’est pour mettre en pratique cet évangile que les gens aiment s’asseoir derrière mais regardons de plus près cette réalité de la dernière place.

La dernière place, ce n’est pas une place où l’on cesse d’être soi-même, mais où l’on est humblement soi-même devant Dieu. Ce n’est pas une place où l’on se déprécie, mais où on apprécie toutes choses selon Dieu.

La dernière place, on la choisit, non pas pour avoir une bonne posture par rapport aux autres mais on la choisit en cohérence avec Celui qui nous a appelés à la Vie. On opte pour la dernière place, la place modeste, quand on ne se donne pas à soi-même un rang parmi ses frères, quand on se contente sans amertume de la place offerte par eux dans leur estime et leur affection.

A la dernière place on laisse au Maître toute l’initiative pour le cas où il voudrait s’avancer en disant : » Mon ami, approche-toi, monte plus haut »

La dernière place est celle où l’on se perd soi-même en vue de laisser Dieu être pleinement en chacun de nous. A la dernière place nous n’attendons plus d’être valorisés sinon par le regard du Christ, notre Ami et notre Compagnon de route.

Oui ! La dernière place n’est pas la place où l’on n’est rien mais c’est la place où l’on est tout devant Dieu.

A ce niveau, je voudrais partager avec vous une histoire trouvée sur la toile.

Le titre en est : « Le paquet de biscuits »

Il est écrit qu’une femme qui voyageait avait pris son sac et acheté un paquet de biscuits qu’elle avait mis dans son sac. Comme son vol n’était pas encore annoncé, elle voit un banc sur lequel était assis un homme et elle va s’assoir sur ce même banc et entre eux deux un paquet de biscuits. Jusque-là tout va très bien.

Voici que l’homme le premier ouvre le paquet de biscuits et se sert. La femme outrée se dit au plus profond d’elle-même « Mais qui est cet homme pour qu’il se serve de mon biscuit sans même me demander la permission ? ».

Cependant elle prend quand même un biscuit. Les deux se partagent le paquet de biscuits et quand il reste le dernier elle se dit : « Je vais voir ce qu’il va faire »

L’homme prend le dernier biscuit, le casse et en prend la moitié. Ce dernier geste la met hors d’elle-même. Toute fumante de colère elle prend son sac et embarque. Elle se disait en son for intérieur : « Comment Dieu a-t-il pu créer des gens de cette espèce-là, sans éducation, sans respect « ?

Elle se plaignait. Elle s’assoit donc dans l’avion et là pour passer sa colère pense à lire. Elle sort ses lunettes, essaye de trouver son journal. En cherchant dans son sac elle tombe sur quelque chose d’assez dur et sort le paquet de biscuits qui était en fait dans son sac.

Nous comprenons donc que le paquet de biscuits qu’elle a mangé était le paquet de biscuits de l’homme qui était assis là et que la personne sans éducation c’était belle et bien elle qui avait mangé les biscuits de son voisin sans même daigner lui dire merci et sans même demander la permission.

Ce que je voudrais vous donner de recevoir aujourd’hui c’est que Dieu nous invite non pas à nous enfermer dans les pensées que nous pourrions avoir les uns sur les autres mais Dieu nous invite simplement à avoir des cœurs réellement catholiques.

Prenons donc le dessert !

En guise de dessert, quelles sont les conséquences de ces deux réalités d’humilité et de dernière place pour vous et pour moi ? Deux choses :

Si nous marchons à la suite du Christ notre objectif est d’être comme Lui, ce Christ qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort.  Et Sainte Catherine de Sienne dira : « Nul ne peut être obéissant s’il n’est humble »

L’humilité et l’obéissance vont ensemble.

 Je sais que le mot obéissance n’a pas pignon sur rue en ce moment et pourtant combien de fois il est important justement d’obéir.  

Au cœur de notre communauté et de notre paroisse nous avons besoin d’hommes et de femmes qui ne s’enferment pas dans des préjugés mais qui osent accueillir les uns et les autres tels qu’ils sont en leur faisant une place.

Deuxième conséquence pour nous :

La place, ce n’est pas tant nous qui la choisissons. Certains disent : « C’est ma place, la première lecture cela a toujours été moi » « Telle réalité de la paroisse a toujours été moi »

Non ! Il n’y a pas de place attitrée. Il y a juste la place où l’on peut être utile à ses frères et sœurs. 

Que cette Eucharistie nous donne la vraie mesure du service et que nous puissions être au service les uns des autres pour la plus grande Gloire de ce Dieu qui est Vivant aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles.

AMEN