Nb 21, 4b-9 ; Ps 77 ; Ph 2, 6-11 ; Jn 3, 13-17
Homélie du 14 septembre 2025,
par l’abbé Ferdinand SEBRE
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les annotations sont ajoutées après transcription.
Qui au milieu de nous ne se souvient-il pas du titre de ce fameux film « qu’avons-nous fait au bon Dieu ». Il semblerait qu’il y a eu même une suite, Qu’avons-nous fait encore au bon Dieu ».
En effet, lorsque nous passons par des moments difficiles, nous nous disons certainement que Dieu est en train de nous punir pour le mal que nous avons fait. La Croix serait-elle le lieu où Dieu punit ?
Nous avons tous en esprit la croix comme lieu de souffrance, aussi en quoi est-ce qu’une croix peut-elle être glorieuse ? Que faut-il entendre par la Croix Glorieuse ? Serions-nous en train de faire l’apologie de la souffrance ? Que faut-il comprendre dans la célébration de la fête aujourd’hui ?
Comprendre ce que représente la Croix. Les croix que nous avons dans nos maisons ou même celle que nous portons sur nous. Que voulons-nous traduire par le port de la croix ? Le deuxième lieu que nous essaierons d’habiter c’est le sens de cette Croix pour nous aujourd’hui. Nous terminerons avec cette question, Qu’allons-nous faire avec cette Croix. Voilà un peu le chemin que je nous propose.
Pour nous, la croix est le lieu où le Christ a donné sa vie pour nous sauver. C’est le symbole de la mort mais de la mort la plus abjecte qui puisse exister. Jésus en mourant sur cette croix en a donné un sens nouveau. Dès lors la Croix n’est plus seulement lieu de la mort mais elle va revêtir un sens nouveau. Quand nous la regardons humainement, c’est le lieu du déferlement de la haine des hommes. C’est aussi le lieu de la souffrance qu’on ne peut pas qualifier. Cependant, Elle récapitule toutes nos souffrances et toutes nos douleurs ; mais cette récapitulation de toutes nos croix, n’est certainement pas le lieu de la condamnation pour Dieu. D’ailleurs, dans la première lecture que nous avons entendue, c’est cette interprétation que faisaient les gens de cette époque, parce que pour eux les serpents aux morsures ardentes étaient l’expression de la punition de Dieu pour leurs récriminations et leur désobéissance. Voir les malheurs qui nous arrivent comme l’expression de la colère de Dieu, c’est en fait méconnaître ce Dieu qui est le nôtre. Nombreux sont encore ceux qui sont marqués par cette conception. D’où cette expression très récurrente à une certaine époque, « tu n’as pas été sage Dieu va te punir » ; non Dieu n’est pas ce dieu punisseur et vengeur, notre Dieu est plutôt le Dieu qui est tout amour.
Quand nous regardons la Croix que voyons-nous sur la Croix ? Nous voyons un amour, un amour qui va jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte. La Croix ne peut être comprise que dans le Mystère même de l’Incarnation, car la Rédemption trouve pleinement son accomplissement dans cette réalité de l’Incarnation. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cette réalité humaine de chacun de vous n’est pas absent de notre histoire, quelle qu’elle soit ; nos souffrances sont les souffrances de Dieu, nos peines sont aussi les peines de Dieu. Ne faisant pas comme certaines philosophes qui disaient ‘Notre Père qui est aux Cieux, restez-y et laissez-nous nous débrouiller entre nous’. Non, Dieu est concerné au plus point par tout ce qui arrive à l’Homme. Dieu est solidaire de nos pleurs, de toutes nos peines. Non, Dieu ne nous abandonne jamais, d’où son nom, ‘ Emmanuel Dieu avec nous ’. Il n’est pas avec nous seulement quand tout va bien dans notre vie, il est avec nous lorsque nous passons par des moments difficiles, il est avec nous lorsque nous ne comprenons plus rien, quand tout va mal, mais il est avec nous pour se faire Sauveur, Il est avec nous pour nous faire sortir de tout ce qui nous empêche d’être épanouis. Dieu est avec nous et la Croix est là pour nous rappeler jusqu’où son Amour est allé pour nous sauver.
Quel est donc le sens de cette Croix pour vous et pour moi ?
Retenons d’abord… Mais en même quand on regarde ce crucifié sur la croix défigurée par la haine. Comment pouvons-nous voir Dieu en ce visage défiguré. Chers amis, ce visage, il y a une réalité qui est plus grande et cette réalité qui est plus grande, c’est l’amour indéfectible de Dieu. C’est cet amour qui va jusqu’au bout cet amour qui ne lésine pas sur les moyens et qui va jusqu’au bout, parce que pour le Seigneur quel que soit le lieu où nous sommes et là où nous en sommes, il y descendra pour nous faire sortir, parce que nous avons du prix à ses yeux et que nous sommes importants pour Dieu. La Croix ne nous dit pas seulement la souffrance d’un homme, elle nous rappelle la passion avec laquelle Dieu vient à nous. Oui mes frères, oui mes sœurs, nous valons le prix de cette passion-là, « car Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son fils unique, afin que quiconque croie en lui ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ».
La Croix signe de la passion de Dieu pour l’Homme et signe de la cruauté et de la haine de l’Homme nous interpelle. Si le Christ a été défiguré sur le bois de la croix, c’est aussi le fait de l’Homme et il est important que nous puissions reconnaître notre péché ou nos péchés. Aujourd’hui cela fait exactement 15 ans jour pour jour que je arrivé en France comme missionnaire. Et mon premier curé me disait ceci : « Ferdinand ici en France, nous avons fait un bon travail. Tu vois ici, plus personne ne se confesse ; tout le monde est devenu saint ». Et nous savons que le saint, ce n’est pas celui qui n’a jamais péché mais plutôt c’est celui qui se reconnaît pécheur.
Alors oui, la Croix nous fait voir ce qu’est l’Homme, mais il nous faut aller plus loin ; elle nous révèle Dieu. C’est là que Dieu est glorifié. Jésus disait à Philippe qui m’a vu a vu le Père. Frères et sœurs, nous lisons tous la tendresse de Dieu pour l’Homme, et quelle que soit la haine des Hommes sur le bois de la croix, nous voyons aussi un amour qui va jusqu’au bout, et c’est pourquoi nous disons la Croix Glorieuse. Elle est glorieuse en ce sens que toute la puissance d’amour de Dieu s’y manifeste. Dieu lui-même est là, pleinement révélé.
Il y a deux manières de regarder la Croix du Christ
Elle est la preuve de la haine et de la cruauté de l’Homme mais elle est bien plus encore, elle est l’emblème du pardon et de la douceur du Christ. Alors que voyons-nous lorsque nous nous tournons vers la Croix ? Nous voyons un Dieu assez grand pour nous pardonner du haut de la croix ; un Dieu assez grand pour accepter de se faire tout petit, au milieu de nous. Que voyons-nous, lorsque nous contemplons la Croix ? Nous voyons un Dieu présent au milieu des Hommes, malgré la haine et les incompréhensions. Nous voyons un Dieu assez grand pour ne pas fuir devant ses bourreaux et devant toutes les souffrances. Nous voyons un Dieu présent à toutes les réalités de notre histoire humaine. Et celles et ceux qui acceptent de plier genoux devant une telle grandeur, se sont pour toujours transformés, car la Croix c’est le lieu de notre Salut. Puisse cette Eucharistie nous aider à entrer pleinement dans cette révélation de l’Amour indéfectible de Dieu pour chacun de nous, aujourd’hui, et pour les siècles des siècles.