La porte étroite : 21e dimanche de TO année C

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Homélie du 21e dimanche du Temps ordinaire, 24 août 2025, Année C ;
Is 66 ,18-21 ; Ps 116 ; He 12,5-7.11-13 ; Lc 13, 22-30 ;
Par l’abbé Gaël de Breuvand

Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.

La première lecture du livre d’Isaïe vient du chapitre 66. C’est la toute fin du livre d’Isaïe. C’est une bonne nouvelle qui est annoncée ! Alors, pourquoi cette bonne nouvelle ? Parce qu’au moment où Isaïe écrit, tout ne va pas mieux dans le meilleur des mondes. On est dans les années 400 avant Jésus-Christ. Le peuple est revenu d’exil. Il est sur sa terre. Mais tout ne va pas bien. Alors Isaïe annonce au nom de Dieu une bonne nouvelle : Il y aura une conversion, une réunion de tous les enfants de Dieu, à Jérusalem, pour rencontrer Dieu face-à-face pour trouver la vraie joie et le vrai bonheur. Cette annonce d’Isaïe est l’annonce des temps eschatologiques, autrement dit des derniers temps, le jour où le Christ reviendra dans la gloire et nous nous retrouverons tous ressuscités, ensembles. Mais c’est aussi le temps de l’annonce messianique, lorsque Jésus est déjà venu il y a deux mille ans. Et Jésus est ce signe au milieu des nations autour duquel nous sommes invités à nous réunir. Et déjà aujourd’hui nous est donné ce premier pas du bonheur. Vous le savez bien, tout ne va pas encore bien dans le meilleur des mondes, mais c’est dans cette direction-là que nous avançons. Pour autant et vous le savez en particulier à Jérusalem, il y a besoin de notre participation ; il y a besoin de notre engagement ; il y a besoin de notre prière.

Dans la deuxième lecture, l’auteur de la Lettre aux Hébreux nous invite à nous rappeler que les épreuves que nous endurons aujourd’hui ont un sens. C’est parfois un peu difficile parce que ce que nous voyons dans nos maladies, nos souffrances, nos morts, nos deuils… nous ne voyons que ce qui n’a pas de sens. De fait, oui, c’est vrai ! A la base, Dieu nous veut vivant. Donc tout ce qui s’oppose à la vie et à la joie, d’une certaine manière, ce n’est pas le projet de Dieu et cela n’a pas de sens. Mais Dieu est capable de tirer du bien même à partir du mal. Et le mal que nous éprouvons, que nous rencontrons chaque jour est une occasion pour nous de faire un pas de plus dans l’Amour. Finalement, les épreuves que Dieu permet sont pour nous l’occasion de grandir. Un certain nombre d’entre vous êtes parents, vous avez des enfants, vous savez… Ils veulent toujours tester de nouvelles choses. Comme bons parents, vous leur dites : « Non. Il ne faut pas faire cela parce que c’est dangereux, ce n’est pas bon pour toi, tu vas te faire mal ». Puis…, – les enfants sont têtus -, il y a un moment où l’ont dit : « Fais bien comme tu veux ! ». Que se passe-t-il alors ? L’enfant se fait mal. C’est un peu de cet ordre-là la permission de Dieu. Dieu permet que nous assumions les conséquences de nos actes. Parfois aussi, il semble bien que nous n’ayons pas de responsabilités dans le mal qui vient. Mais en tout cas, cela nous est proposé, nous est donné, comme l’occasion d’aimer et de nous laisser aimer un peu plus et un peu mieux. Parfois on a envie de se révolter et de dire : « Non, ce n’est pas possible ! ». Dieu Lui-même est venu habiter au milieu de nous, et « Jésus n’est pas venu abolir la souffrance, Il n’est même pas venu l’expliquer, Il est venu la vivre avec nous, et la remplir de sa présence » [Paul Claudel]. Pour que nous, nous puissions la vivre, nous puissions aimer et nous laisser aimer.

Et enfin l’Évangile… d‘abord, on se pose la question du Salut, du vrai bonheur. « N’y a-t-il que peu de gens qui puissent être sauvés ? » Ce qui est très intéressant, c’est que Jésus ne dit pas non. Il ne dit pas : « C’est ouvert à tous ! ». La théologie du « On ira tous au paradis » n’est pas celle de Jésus. Jésus ne nous dit pas : « On ira tous au paradis. » En revanche, ce qu’Il nous dit, c’est que nous sommes tous appelés au paradis. Mais pour cela, il faut passer par la porte étroite. Je ne sais pas si vous êtes déjà allés dans de très anciennes églises ou parfois dans des châteaux forts, on a des portes toutes petites, à travers lesquelles on ne passe pas de face, mais de profil. De fait, si je veux passer cette porte de profil, il va falloir que je pose mes valises, mon sac-à-dos et peut-être aussi que je perde un peu de gras. Il va falloir que je fasse un choix. Si je compte passer cette porte étroite, il va falloir que je choisisse vraiment. Qu’est-ce qui compte vraiment ? Qu’est-ce que je veux emmener ? En fait, la question est : « Qu’est-ce que l’on emmènera au paradis ? » Je vous assure d’une chose, c’est que vous n’emmènerez pas votre maison. Vous n’emmènerez pas votre richesse, votre célébrité ou votre confort. La seule chose que l’on emporte au paradis, c’est l’Amour que l’on donne et l’Amour que l’on reçoit. Et cela est une décision de chaque jour. Ce n’est pas si facile d’aimer. C’est pour cela que Jésus ne nous dit pas que ce sera facile. « Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille ». Le riche a tellement de choses avec lui qu’il est sûr de ne pas pouvoir passer cette porte étroite.
En fait, moi aussi je suis le premier à être un peu trop riche et à avoir besoin de lâcher un peu prise.

Ce qui est très intéressant, c’est que Jésus s’adresse à des disciples, à des Juifs, des gens qui connaissent la Parole de Dieu, qui sont déjà touchés… qui sont membres du peuple saint ! Et Il leur dit que s’ils ne choisissent pas radicalement d’aimer et de se laisser aimer, Dieu et son prochain, comme le Christ nous l’a enseigné, s’ils ne choisissent pas cela, la porte étroite sera trop étroite pour eux. Et même, lorsqu’ils voudront entrer et que la porte sera fermée, on leur dira : « Je ne vous connais pas ! ». Alors qu‘ils étaient là ! Pourquoi ? Parce que celui que le Christ connaît est celui qui vit en chrétien et pas simplement celui qui se dit chrétien. Et alors la porte est grande ouverte car : « on viendra de l’Orient et de l’occident, du Nord et du Midi pour prendre place au festin du Royaume de Dieu ». Il ne s’agit pas concrètement d’être estampillé et d’avoir le stample « Je suis chrétien », mais il s’agit de vivre aujourd’hui, vraiment, en chrétien. De vivre en Christ ! D’être d’autres Jésus pour le monde.

Comment faire ? Il s’agit de se tourner vers le Seigneur, d’abord. En lui demandant : « Seigneur, libère-moi ! Aide-moi à maigrir. Aide-moi à lâcher mes valises. Aide-moi à lâcher mon sac-à-dos. Aide-moi à passer par cette porte étroite » Se tourner vers le Seigneur. Se laisser polir le cœur par Lui. Ce temps de prière, chaque jour. La vie des sacrements, le sacrement de la réconciliation… qui permet de lâcher un peu. Le sacrement de l’Eucharistie le dimanche, cette parole de Dieu qui nous nourrit chaque jour. Celui qui veut connaître le Christ a besoin d’ouvrir les Écritures. C’est saint Jérôme, le grand traducteur de la Bible, qui disait : « Celui qui ignore les Ecritures ignore le Christ ». C’est tout un. Ouvrez la Parole de Dieu ; Lisez-la. Laissez-vous polir par elle. Puis comme nous le dit Jésus, il ne suffit pas d’avoir mangé et bu en sa présence, d’avoir suivi un enseignement, il s’agit de mettre en œuvre cet appel à l’Amour. Et c’est très concret. Aujourd’hui je me réveille et je me dis : « à qui vais-je pouvoir donner une joie aujourd’hui ? » Dire une parole, qui soit une parole d’amour. Aujourd’hui ! Un acte, très concret. Parce que l’amour, aimer celui qui est loin, aimer en théorie, c’est facile. Aimer, c’est travailler, concrètement, au bonheur et à la joie de celui qui est là, auprès de moi. Parfois, c’est celui que je ne trouve pas très sympathique. Peut-être que c’est même mon ennemi. C’est notre appel. C’est l’appel que le Christ nous fait. Un appel à la conversion, car nous, naturellement, on a surtout envie de s’occuper de notre nombril. Accueillir les épreuves qui nous tombent dessus, qui sont là aussi pour nous râper un peu, pour nous affiner. Parce que le but de Dieu, c’est notre plus grande joie et notre plus grand bonheur. Le but de Dieu, c’est que nous le voyons, Lui, face-à-face. Et ce sera le plus beau jour de notre vie. Alors demandons-Lui de nous polir, de nous rendre semblable à Lui. Et alors oui, nous serons avec toutes ces foules qui viendront de l’Orient et de l’Occident, et nous irons à Jérusalem, cette Jérusalem céleste où Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux. Le cœur finalement de la vie chrétienne, c’est de s’offrir. S’offrir à Dieu, s’offrir au frère. C’est notre appel et c’est notre joie.