Le bon samaritain, 13 juillet 2025

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Homélie du 15e dimanche du Temps Ordinaire, Année C, Dimanche 13 juillet 2025 ;
Dt 30, 10-14 ; ps 68 ; Col 1, 15-20 ; Lc 10, 25-37
Par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.

Il y a des dimanches, quand on reçoit la Parole de Dieu, on se dit que l’on devrait arriver à prêcher court. Aujourd’hui fait partie des dimanches où c’est moins sûr…

Vous l’avez entendu cette parole de Moïse : « Ecoute la voix du Seigneur, ton Dieu : Elle n’est pas au-delà de tes forces, elle n’est pas hors de ton atteinte, cette parole ». Tu peux la vivre, puisqu’elle est là, près de toi, tout au fond de ton cœur. C’est le message de Moïse. Notre première réaction, normalement, c’est de réaliser que cette parole est problématique. C’est loin d’être si évident ; quand on regarde l’art de vivre chrétien, quand on regarde la morale chrétienne, on se dit : « c’est inaccessible ! ». C’est trop dur, trop grand, trop fort. « Ah… c’est certainement très bien. Mais… pfff… » On peut avoir cette tentation de dire : « A quoi bon ? ». Et on se rassure en se disant que de toutes façons, le bon Dieu nous aime. Il n’y a pas de risques… Mais ce n’est pas la bonne solution !

Cette parole de Moïse, c’est une parole prophétique. Dans le sens où la parole de Dieu est trop grande, trop difficile, pour nous. Mais cette parole est venue habiter au milieu de nous. Et cette parole, c’est Jésus. C’est Lui qui est tout près de moi. C’est Lui qui est dans ma bouche et dans mon cœur. C’est Lui qui permet que je mette en œuvre l’art de vivre chrétien. C’est Lui qui fait tout. Je n’ai plus qu’à me laisser faire. C’est bien la question du docteur de la Loi qui veut tendre un piège à Jésus. Il veut que Jésus se plante. « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Vous le savez, on retrouve ce passage équivalant dans tous les évangiles. Pas raconté exactement de la même manière. Ici, Jésus demande au scribe : « Et toi, qu’est-ce que tu en penses ? ». Le scribe cite ces deux grands commandements. Il n’en fait qu’un seul d’ailleurs et il a bien raison. Sur les 613 commandements qu’il y a dans la Bible juive, ces deux-là sortent du lot. « Ecoute Israël. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de toute ton âme, de toute ta force, de toute ton intelligence ». Oui, il s’agit de nous engager tout entier. On n’est pas chrétien un peu… on est chrétien complètement. C’est pour cela que l’on est baptisé. Quand on est baptisé, on est plongé tout entier dans l’Amour de Dieu. Ce n’est pas : « Je t’en donne un petit peu et je garde le reste pour moi ». Non, il s’agit de tout donner. « Alors fait ainsi. Tu vivras. »

Et Jésus nous donne cette parabole : on la connaît par cœur cette parabole du bon samaritain. Quand on la lit, le sens obvie, le sens évident, c’est de percevoir que ce samaritain est un exemple pour nous. Il s’agit non pas d’attendre que le prochain se présente ; Il s’agit que nous, nous nous fassions le prochain de celui que nous rencontrons. Être prochain est un acte de la volonté, en fait, qui choisit d’aimer. Mais ce n’est peut-être pas suffisant de s’arrêter à ce sens-là.

Les pères de l’Eglise nous ont proposé une lecture, qui je pense, nous aide à entrer dans le mystère même du Christ. Cet homme qui vient d’être blessé, c’est moi. Nos vies sont compliquées. Dans nos vies, nous avons des choix à faire. Et bien souvent, nous ne faisons pas les bons choix. Et nous péchons ; et nous blessons, et nous nous blessons nous-mêmes. Nous sommes dépouillés, roués de coups, à moitié morts… et ceux qui passent nous ignorent. Et voilà que ce samaritain, – c’est l’étranger par excellence ce samaritain, c’est celui qui est tout-à-fait différent des Juifs. Il y a une tension historique entre les Samaritains et les Juifs. Ils ne savent même plus pourquoi ils se disputent, mais ils se disputent… -, il est l’image de Jésus Lui-même. Jésus qui est le tout Autre pour nous. Il est à la fois très proche, très semblable, et en même temps, Il est Dieu. Il est un samaritain pour nous. Et Jésus, Lui, Il s’arrête. Pourquoi je dis que c’est Jésus ? Oui les pères de l’Eglise le disent… Parce que les mots employés, « Il le vit et fut saisi de compassion ». Cette expression « saisi de compassion », on la rencontre souvent pour désigner el sentiment de Jésus par rapport aux foules. Le terme grec (splagchnizomai) est encore plus fort, c’est : « ses entrailles se tordirent ». Entrailles, au sens féminin du terme : utérus. Le cœur de mère de Dieu se déploie. Jésus. Qui se penche sur ce pauvre ; qui se penche sur moi ! Qui se penche sur les pauvres qui sont autour de moi. Et encore une fois, pour pouvoir dire que c’est Jésus : « Il s’approche, il panse ses blessures en y versant de l’huile et du vin ». Les pères de l’Eglise ont vu dans cette huile un signe du baptême, puisque c’est l’un des rites du baptême ; et le vin, le signe de l’Eucharistie. Voilà le lieu de notre guérison !

Jésus le charge sur sa propre monture. Il porte cette brebis ; Il est le bon pasteur ! Et Il l’emmène à l’auberge et là, les pères de l’Eglise y ont encore vu une image de l’Eglise. L’auberge, c’est l’Eglise. C’est elle, qui va être chargée à la suite de Jésus, de dispenser l’huile et le vin, de dispenser les sacrements, de prendre soin de tout homme qui est abandonné sur le côté. Le pape François insistait beaucoup sur cette image. Cet hôpital de campagne, qu’est l’Eglise, nous est donné, scripturairement, ici. Puis Jésus – le samaritain – s’en va et Il confie la mission à l’aubergiste. L’aubergiste ? Ce sont tous les membres de l’Eglise. Avec une petite promesse : « Je te rendrai quand je repasserai… » Cela nous annonce que Jésus va revenir. Et que de fait, oui, il y a bien une récompense promise. Cette récompense promise, c’est l’Amour. Nous sommes chargés, missionnés, pour être aujourd’hui des porteurs d’Amour. Pour être samaritain, pour être aubergiste… Mais aussi, nous sommes missionnés d’une certaine manière pour nous laisser soigner. Nous laisser relever.

J’aime beaucoup dire, lorsque je donne le sacrement de réconciliation, qu’aujourd’hui, en recevant ce sacrement, le pénitent donne de la joie à Dieu. Il donne l’occasion à Dieu de déployer sa miséricorde. « Il y a plus de joies dans le Ciel pour un pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion ». Nous participons à la joie de Dieu lorsque nous donnons à Dieu l’occasion de déployer sa miséricorde. Il s’agit que nous nous reconnaissions : « Oui, Seigneur, c’est moi, le blessé abandonné sur le bord du chemin. Et j’ai besoin de me laisser relever par Toi. J’ai besoin de me laisser soigner par Toi. J’ai besoin que tu m’entraînes dans le mouvement qui nous conduit au Père, parce que par mes propres forces, j’en suis tout-à-fait incapable ». Tout devient possible parce que Jésus Lui-même vient vivre avec nous.

Je vais m’arrêter là… Je pensais parler de la deuxième lecture mais je ne vais pas en parler. Cette deuxième lecture, je vous invite quand même à la relire, tranquillement. Prenez cinq minutes. Relisez cette deuxième lecture, qui nous montre Jésus qui est l’alpha, source de toute chose, et qui est l’oméga, la fin de toute chose. C’est Jésus qui nous fait vivre ; C’est Jésus qui est la Parole. Cette Parole qui est dans mon cœur, qui est près de moi. Cette Parole qui rend tout possible ; Cette Parole qui nous sauve.