Fête Dieu : Le pain de l’homme en route…

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Homélie 22 juin 2025
par l’abbé Gaël de Breuvand
Gn 14, 18-20 ; ps 109 ; 1Co 15, 23-26 ; Lc 9, 11-17

I – L’Eucharistie, action du Christ pour l’Église, action de l’Église pour les hommes

Nous fêtons le saint Sacrement, la Fête-Dieu. Nous l’avons entendu dans la Deuxième Lecture, la foi dans l’Eucharistie vient des débuts de l’Église. Saint Paul nous dit : « Je vous transmets ce que j’ai moi-même reçu. » autrement dit ‘Je n’invente rien, j’ai reçu comme un cadeau splendide le don de l’Eucharistie, et moi je vous le transmets’ : « Le Seigneur prit du pain, le bénit et le rompit en disant à Ses disciples : Prenez et mangez-en tous, ceci est Mon Corps, donné pour vous. »

Voilà 2000 ans que chaque jour les chrétiens se réunissent pour célébrer la messe, pour faire mémoire du Seigneur, pour accueillir la vie de Dieu en chacun de nous, cette vie de Dieu, qui nous unit les uns aux autres et qui fait l’Église. C’est le pape Jean-Paul II qui écrivait une encyclique en 2004 dont le titre est : Ecclesia de Eucharistia, L’Église naît de l’Eucharistie. S’il n’y a pas d’Eucharistie, il n’y a pas d’Église, et la réciproque est vraie : il faut une Église, – autrement dit des chrétiens prêts à se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu -, pour célébrer l’Eucharistie. C’est l’Église qui fait l’Eucharistie.

II – L’Eucharistie force du chrétien

Cette fête de la Fête-Dieu est relativement ‘tardive’ dans l’histoire de l’Église, elle date du xiiie siècle ; et c’est à saint Thomas d’Aquin que l’on va demander de rédiger les textes de la messe, toutes les parties chantées, et notamment celle que nous avons entendue tout à l’heure, la séquence « Ecce Panis Angelorum », « le voici le Pain des anges », autrement dit le Pain des ‘envoyés’, notre pain, notre nourriture. « Le pain de l’homme en route », c’est cette nourriture, cette eucharistie, le moyen de vivre notre pèlerinage sur la Terre et de ne pas perdre de vue l’objectif, qui est le Ciel.

Nous ne sommes pas faits pour rester ici toujours. Ici, c’est le chemin, et nous avons un objectif : c’est de voir Dieu, de nous laisser aimer par Lui, et de L’aimer en retour. Cet amour-là commence maintenant, et le lieu par excellence de cet amour, c’est l’Eucharistie. « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau ». L’Agneau, qui est Jésus, qui se présente à nous comme le Fiancé, comme l’Époux, et qui nous invite à entrer en union avec Lui. Nous allons communier dans quelques instants. En communiant, nous vivons une union intime avec Lui : accueillons-Le, Lui qui se donne : il se donne pour nous conduire au Père. « Ô Bon Pasteur, notre vrai Pain, ô Jésus, aie pitié de nous ! » Nourris-nous, protège-nous, parce que, sur ce chemin sur la Terre, ce n’est pas si facile de ne pas perdre de vue l’objectif. Nous avons besoin de Toi, Seigneur !

III – L’Eucharistie, un envoi en mission

On pourrait enfin se poser la question du choix de l’Évangile… Pourquoi celui de la multiplication des pains pour cette fête de l’Eucharistie ? Est-ce qu’il n’aurait pas mieux valu un passage de la Passion, ou de la Cène ? En fait, cette multiplication des pains est un ‘type’, une préfiguration de ce qu’est l’Eucharistie. D’ailleurs, c’est assez frappant, il nous est dit : « Jésus prend les pains et les poissons, Il lève les yeux au Ciel, Il prononce la bénédiction sur eux, Il les rompt et les donne à Ses disciples ». Ces cinq verbes, nous allons les entendre tout à l’heure en célébrant la Consécration, en vivant la prière eucharistique ; ce sont ces mêmes cinq verbes que nous reprenons. Jésus se donne à nous et, de fait, cette multiplication des pains est vraiment le signe, l’annonce de ce que sera l’Eucharistie, une nourriture pour des gens qui sont un peu perdus. Ils sont dans un endroit désert, le Seigneur vient les rejoindre là où ils sont. Une nourriture que Jésus réalise : Il multiplie les pains, mais Il décide de ne pas s’en occuper tout seul : Il les donne aux disciples pour que ces derniers les distribuent.

Dans quelques instants, nous allons recevoir l’Eucharistie : c’est l’amour de Dieu tout entier qui se donne à nous. Pour quoi faire ? Pas simplement pour que nous Le gardions pour nous, même si c’est bon pour nous, de recevoir l’amour de Dieu dans nos vies. Mais cet amour de Dieu, il s’agit de le porter au monde, de le transmettre. Vous le savez bien, notre monde crève du manque d’amour, il ne sait même pas qu’il est aimé. Autour de nous, ils ne le savent même pas, et ils sont désespérés. Nous avons une bonne nouvelle à leur annoncer, : ils sont aimés de Dieu ! Et parce que c’est le commandement de Jésus, ils sont aimés de nous, nous les aimons. Je t’aime, nous pouvons le dire à chaque personne que nous rencontrons. Il y a quelques années, un humoriste commentait les réflexions sur les intégristes, et disait : « un chrétien intégriste, un jusqu’au-boutiste, il sauterait sur les gens dans la rue en leur disant : ‘Je t’aime et Dieu t’aime aussi !’ » Il s’agit d’entrer dans cette radicalité-là : Dieu m’aime, et j’ai une bonne nouvelle pour vous, Il vous aime aussi !

Alors entrons dans cette Eucharistie, sur cette action de grâce, vous le savez en grec « eou » c’est ce qui est bon et, l’Eucharistie, c’est l’action de grâce, la belle, la bonne la parfaite action de grâce, la meilleure manière de dire merci. C’est ce que nous faisons, nous rendons grâce à Dieu pour les merveilles qu’Il accomplit, et nous accueillons Son amour et Sa force, pour être nous-mêmes des relais de cet amour.