
Homélie du 4e dimanche de Pâque par l’abbé Gaël de Breuvand,
le dimanche 11 mai 2025
En présence des enfants qui vivent la 1ere de leur communion et les couples qui préparent un enfant au baptême.
Ac 13, 14.43-52, ps 99, Ap 7,9.14b-17, Jn 10,
« In illo uno unum », c’est la devise de notre pape Léon. C’est une citation de saint Augustin. Il y a de nombreuses façons de la traduire, comme « En Celui qui est UN nous sommes un » ou bien nous pouvons le traduire par « en Lui seul, nous sommes Un », et je pense que c’est la meilleure traduction. En Jésus seul, nous sommes Un.
I – Un en Christ.
Cette devise est parfaitement adaptée à ce dimanche du Bon Pasteur : Qu’est-ce qu’un pasteur ? C’est un berger, quelqu’un qui conduit le troupeau, quelqu’un qui est au milieu du troupeau, qui prend soin des brebis, des agneaux, et même des boucs : il les conduit sur les pâturages, là où le troupeau aura à boire et à manger ; il en prend soin. Ce que Jésus nous dit, c’est que LE pasteur, le berger par excellence du troupeau qu’est le peuple de Dieu, troupeau que nous sommes, LE pasteur, c’est Lui. « Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent » ; et quand on emploie le mot « connaître » dans la Bible, vous le savez peut-être, ce mot-là est un mot fort : quand on se connaît, c’est qu’on nait ensemble. Il y a vraiment une intimité qui est manifestée ici ; Jésus nous connaît, Il est LE Bon Pasteur. Il nous connaît personnellement, intimement, et veut nous conduire au Père. ‘En Lui seul, nous sommes UN’, et Jésus nous dit à la fin de l’évangile : « le Père et Moi nous sommes Un ». Par le fait même de notre baptême, par notre union au Christ, nous voilà UN avec Dieu Lui-même. Être chrétien, c’est être pris par Jésus dans notre toute petitesse, et être élevé jusqu’à Dieu-même, pour être plongé dans le cœur de Dieu. C’est cela, être chrétien.
II – Présence du Christ
On l’a vu tout particulièrement cette semaine : vous le savez, Jésus est monté au ciel dans Son Ascension… et aujourd’hui, Il n’est pas très palpable. Aucun de nous n’a eu l’occasion de mettre ses doigts dans les mains de Jésus ou de mettre sa main dans Son côté. Aucun d’entre nous n’a entendu la voix de Jésus nous parler dans l’oreille ; mais Il nous l’a promis : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps. »
Pour cela, Il a plusieurs modes de présence. D’abord, Il est présent par Son Esprit Saint, et tout au fond de notre cœur, Il nous parle, sans mots, mais quand même, Il nous invite, nous pousse, nous donne la joie, nous fait avancer vers ce qui est bon, en nous faisant discerner ce qui est bon de ce qui est mauvais, ce qui est pour le bonheur ou ce qui est pour le malheur.
Autre mode de présence du Christ : cette Parole qu’Il a laissée à Ses apôtres, que les évangélistes ont rapportée fidèlement. Ainsi, chaque fois que nous ouvrons la Bible, c’est Jésus qui nous parle.
Et puis, Il a aussi choisi un mode de présence un peu particulier, qui est celui des apôtres. [Jésus est présent par le moyen de la succession apostolique]. Nous étions à la messe, dimanche dernier, et nous avons entendu ce dialogue entre Jésus et Pierre. Jésus, en effet, pose la question à Pierre « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » et ce « M’aimes-tu ? » est tellement grand, tellement énorme, que Pierre répond un tout petit « je t’aime », « Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t’aime. » Et à partir de cette réponse-là, Jésus lui dit : « Sois le berger de Mes agneaux. » Et par trois fois, Jésus répète, « Sois le berger de Mes brebis. » En réalité, ce que Jésus est en train de dire à Pierre, c’est : ‘regarde mon peuple, regarde tous ceux qui sont là, devant toi : Moi, Jésus, Je les aime d’une manière toute particulière, chacun d’eux est ma perle précieuse, et Je t’ai choisi, Simon, fils de Jean, pour les aimer en Mon Nom’.
III – Pasteur selon le cœur de Dieu
C’est cette mission-là que Robert Francis a accueillie aujourd’hui. Robert Francis, pape Léon XIV, a reçu cette mission d’aimer le peuple de Dieu au nom du Christ. Certes, nous percevons que la mission est lourde, trop lourde même, mais Jésus n’abandonne pas Son peuple ni ceux qu’Il a choisis. Donc pour Léon XIV, notre pape, le plus beau titre des papes – il y en a plein, mais un tout particulièrement – c’est « serviteur des serviteurs de Dieu ». Chacun de nous est appelé à être serviteur de Dieu ; les papes sont appelés à être serviteurs des serviteurs de Dieu. Ils sont chargés d’être « Bon Pasteur ». En fait, tous les apôtres ont reçu cette mission-là. Chaque évêque dans son diocèse est chargé par le Christ d’être bon pasteur. Et les prêtres, à leur niveau, celui de la paroisse, relaient, assument, cette mission que le Christ nous a confiée : « Sois le berger de Mes brebis. »
Mais cela ne s’arrête pas là : en réalité, tous les chrétiens reçoivent une part de cette mission : chacun de nous est appelé à être un bon berger, là où il se trouve, un bon berger pour son épouse ou son époux, un bon berger pour ses enfants, un bon berger dans son entreprise, dans son école, dans les associations ou les divers engagements que l’on peut avoir. C’est la mission que nous recevons du Christ.
IV – Communier pour se laisser remplir de l’amour
Cette mission, elle est magnifique, mais elle est trop grande pour nous. Alors Jésus nous a fait un immense cadeau, et c’est ce cadeau que reçoivent aujourd’hui les six qui sont devant moi. Cela fait plusieurs années de catéchèse, une bonne année de préparation, avec un grand nombre d’engagements, y compris pour les parents, cela fait beaucoup… Mais en même temps, c’était joyeux : nous avons pu approfondir notre relation avec Jésus, Lui qui nous aime et veut nous remplir de Sa force et de Sa joie.
Et Il le fait, et c’est le quatrième moyen par lequel Jésus nous parle et vient à notre rencontre. Après l’Esprit Saint, après Sa parole, après la hiérarchie de l’Église, Il nous rencontre par les sacrements, tout particulièrement dans celui de l’Eucharistie, que vous allez recevoir aujourd’hui. Ce sacrement de l’Eucharistie, c’est une nourriture, une force pour pouvoir avancer sur le chemin, pour pouvoir entendre : « Tu vois celui qui est là, tout près de toi ; Je l’aime ! » C’est Jésus qui parle, Il TE parle : « Je l’aime et Je t’ai choisi, toi, pour que tu lui manifestes Mon amour » ; « Je veux que tu sois un donneur de joie. » C’est notre mission ; et c’est Jésus qui vient en nous pour nous permettre de la réaliser. C’est cela l’Eucharistie. Et cette Eucharistie, vous le savez bien – on a appris à communier hier – ce n’est pas très impressionnant, ce petit morceau de pain un peu sec. Est-ce que c’est très bon ? Ce n’est pas mauvais, mais ce n’est pas très bon non plus ; mais c’est par la Parole de Jésus, que le prêtre va redire sur l’autel tout à l’heure « Ceci est mon corps », qu’un miracle s’accomplit – pas très impressionnant, je dirais, pas plus impressionnant que le fait que Jésus lui-même soit venu dans un petit enfant. Un miracle s’accomplit : ce n’est plus du pain, c’est le Corps de Jésus, ce n’est plus du vin mais le Sang de Jésus.
C’est Dieu tout entier qui vient s’installer en nous ; mais pour cela, il faut avoir le cœur ouvert. Tout rite n’a de sens que si notre cœur est ajusté à l’événement. Se mettre à genoux devant Dieu, c’est une très bonne chose, mais il faut que notre cœur se fasse tout petit devant le Seigneur, comme Jésus Lui-même s’est fait petit devant nous. Communier, manger le Corps de Jésus, c’est une très bonne chose, mais il faut que notre cœur soit ouvert pour recevoir Jésus et être ajusté à Lui, se laisser manger par le Seigneur.
On pourrait faire le tour de tous les actes de nos vies. Il ne suffit pas de dire bonjour en passant, il faut y mettre un peu notre cœur. En recevant l’Eucharistie, vous êtes invités à faire un travail nouveau, qui n’est pas si facile, et c’est pour cela que l’on revient chaque semaine… Recevoir la force de Dieu, c’est bien le dimanche, et toute la semaine, cette force de Dieu va nous soutenir. Mais, au bout d’une semaine, cela commence à faire longtemps, on a un peu oublié, et c’est pour cela que l’on revient, pour reprendre une sorte de piqûre de rappel de l’amour de Dieu, et pour à nouveau être le donneur de joie que je suis appelé à être.
« In Illo uno, unum », « En Lui seul, nous sommes UN. » Si nous sommes un peuple, un troupeau, c’est parce que nous avons UN Berger, et ce berger, c’est le Christ.