
Homélie du 18 mai 2025, 5e dimanche de Pâques,
par l’abbé Gaël de Breuvand
à l’occasion de la retraite des fiancés
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. » Quand on y réfléchit quinze secondes, on ne voit pas en quoi ce commandement est nouveau, parce que dans toute l’histoire de la Bible, on nous enseigne que le chemin de notre joie et de notre bonheur, c’est l’amour, l’amour fraternel, aimer nos frères, l’amour conjugal, aimer l‘époux, l’épouse, l’amour des parents, l’amour des enfants, l’amour au sein du peuple choisi, du peuple juif ; et Jésus nous dit « Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres. »
En français, cela ne s’entend pas, mais lorsque l’on s’intéresse au texte original, en grec, le mot « amour », peut se dire de différentes façons : on va parler de « eros », un amour-passion, charnel, qui est une force énorme, mais en même temps on ne le commande pas vraiment : c’est le sentiment amoureux qui fait que j’ai envie de m’approcher de l’objet de mon amour et que cet objet-là soit près de moi… Normalement pour se marier il faut un peu d’eros, si vous voyez… Il y a un deuxième amour, « philia » : c’est l’amitié la plus profonde, la connexion du cœur, de l’esprit ; et de fait, pour se marier, il faut aussi un peu de « philia », d’amitié, je pense que vous l’avez aussi, parce que quand on a « eros » et quand on a « philia », quand deux personnes se plaisent, s’attirent l‘une, l’autre, et ont choisi d’être partenaires, et d’avancer ensemble – c’est cela l’amitié – alors oui, nous avons les conditions nécessaires pour se marier.
Mais Jésus nous donne un mot nouveau, un commandement nouveau : « aimez-vous les uns les autres », le mot « aimer » qui est là, n’est pas « eros », ni « philia », mais c’est le mot « agapé », qui signifie amour de Dieu, c’est la manière de Dieu d’aimer. Autant « eros » est captatif – il veut prendre – autant « philia » est un bel amour – en mode « donnant-donnant », un échange – autant « agapé » est un amour qui est juste dans le don : Je t’aime pour toi, pas pour moi, juste pour toi. Ce que nous dit Jésus : « Aimez-vous les uns les autres comme Moi Je vous ai aimés », cela veut dire : à la manière de Dieu. Dieu ne nous aime pas pour Lui-même, Il n’a pas besoin de nous, mais Il nous aime pour nous. Il veut notre joie et notre bonheur, pour que nous soyons dans la joie.
On se rend compte que vivre cet amour-là, cela nous dépasse : c’est un peu trop grand, un peu trop fort pur nous… C’est pour cela que c’est un cadeau de Dieu. Dieu nous donne un commandement nouveau, parce qu’Il veut nous donner la capacité de vivre ce commandement nouveau. D’abord au jour de notre baptême, nous avons été perfusés de cet amour de Dieu, de cet « agapé » ; et puis au jour de votre mariage, vous allez recevoir une piqûre de rappel, et pour le vivre pleinement, concrètement : que votre « eros » soit empli d’« agapé » que votre « philia » soit aussi remplie d’« agapé », que votre amour ne soit pas simplement humain, qui s’éteindra au jour de votre mort, mais que ce soit un amour qui soit pour l’éternité, à la manière de Dieu. C’est cela, la vie chrétienne, c’est croire que nous sommes faits pour l’éternité.
Aujourd’hui, sur la Terre, il faut mettre en place tout ce qui peut nous permettre de vivre une belle éternité. Et que nous faut-il mettre en place ? Aimer. Vous le savez bien, c’est un combat de tous les jours, il y a des matins où l’on se retrouve à côté de lui et l’on dit « ouh la la » Mais non… Je suis là pour l’aimer, et du coup me demander : que puis-je faire aujourd’hui pour lui, pour sa joie et son bonheur ? Une petite chose, très concrète : l’amour, ce n’est pas un mot, une théorie, un concept, l’amour, ce sont des actes. Ce sont des paroles, très matérielles, très concrètes ; cela va être une parole valorisante, un cadeau, cela va être un contact, un toucher, cela vous dit quelque chose, non ? Tout cela on le sait, on a la théorie, mais maintenant il faut le mettre en pratique, et c’est cela le commandement de Dieu : mettez cela en œuvre.
Et donc, parfois on se dit : « Seigneur, c’est un peu dur… » Le Seigneur nous le dit :« Je suis avec vous, aujourd’hui et jusqu’à la fin des temps ». ‘Tous les jours, Je suis là pour vous aider, tournez-vous vers Moi, ouvrez votre cœur, et Je vous remplirai de Mon Amour’. C’étaient finalement les lectures que nous avons entendues, notamment la Deuxième. Concernant le texte de l’Apocalypse, on pourrait passer une heure pour en parler – ce que je ne vais pas faire ! – mais ce jour-là, le jour où nous serons face à face avec Dieu, où nous entrerons dans l’Éternité, « Il essuiera toute larme de nos yeux, la mort ne sera plus, il n’y aura plus ni deuil, ni larme, ni douleur », nous n’aurons plus qu’une chose, c’est la joie de l’amour. Nous nous retrouverons ce jour-là, et votre amour résonnera dans l’Éternité.
Et puis, dans la Première Lecture, on nous donne le grand moyen pour accueillir cet amour, pour pouvoir le vivre en vérité. Aimer à la manière de Dieu, cela nous dépasse, c’est un peu trop pour nous ; mais saint Paul et Barnabé, quand ils sont allés annoncer l’Évangile de Jésus, la Bonne Nouvelle de Jésus, la victoire de la Vie sur la Mort, la victoire de la Résurrection, ils ont expliqué comment ils avaient ouvert aux nations, aux peuples, la porte de la foi. « Dans votre cœur a été ouverte la porte de la foi » ; la porte de la foi, c’est cette connexion qui nous unit à Dieu.
À nous de la tenir ouverte, cette porte, pour accueillir cet amour dans nos vies, aujourd’hui, et puis demain, et après-demain, chaque jour après l’autre. La question n’est pas de savoir comment on va s’aimer dans dix ans, mais la question est de savoir comment on s’aime aujourd’hui !
« Je vous donne un commandement nouveau, c’est de vous aimer les uns les autres. »