
Homélie 4 mai 2025, 3e dimanche de Pâques,
par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
Dans l’évangile selon saint Jean, le dernier chapitre – qui était la Première Lecture – était le chapitre 20. C’est celui que nous avons entendu la semaine dernière, avec l’apparition de Jésus aux disciples, et à Thomas en particulier. Le texte se conclut par l’apparition de Jésus qui réalise un dernier signe. Et s’il fallait recueillir dans un livre tous les signes effectués par Jésus, tous les livres du monde n’y suffiraient pas. Puis, il semble que l’auteur, quelque temps plus tard, a repris son ouvrage pour rajouter le chapitre 21, et raconter cet événement-là, cette pêche miraculeuse, et la rencontre, la conversation entre Jésus et Pierre.
I – retour de pêche, rencontre avec Jésus ressuscité
Les disciples sont sept, et ils s’en vont à la pêche. C’est un peu étonnant : c’est une drôle d’idée que d’aller à la pêche alors qu’ils savent Jésus ressuscité…parce qu’ils reviennent à leurs activités précédentes, c’est-à-dire la pêche. Lorsqu’ils ont rencontré Jésus, ils ont arrêté de pêcher, car Jésus leur avait dit « Je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » Jésus est ressuscité, donc logiquement la mission continue. Mais là, non, ils s’arrêtent et reviennent à leur vie précédente. Rien de grave, ce n’est pas une mauvaise chose que de pêcher, mais c’est un peu étonnant.
Jésus les attend sur le bord de la plage. Ils sont partis pêcher sans Jésus et ne ramènent pas grand-chose : ils ont passé toute la nuit à pêcher, et « ils ne prirent rien ». Jésus les attend sur le bord de la plage et, oui, un miracle est accompli, un signe est manifesté, celui de la pêche miraculeuse. Et là, le disciple bien-aimé, qui a l’œil et le cœur ouverts, reconnaît immédiatement Jésus. Il est toujours beau de voir la différence entre les disciples : Jean voit et croit, Pierre, lui, a besoin de l’entendre. De fait, dans notre communauté de chrétiens, il y a différents tempéraments, différentes sensibilités. Il y en a qui croient, quand d’autres ont besoin qu’on leur dise.
Quand saint Jean met par écrit cet événement, il met en valeur quelques détails qui différencient finalement cette pêche miraculeuse de celle rapportée par les autres évangélistes. Ceux-ci nous ont parlé d’une pêche miraculeuse qui avait eu lieu au début de la vie publique de Jésus, lorsque les disciples n’avaient pas encore bien conscience du fait que Jésus était un peu plus qu’un simple rabbi itinérant. Chez les synoptiques (Marc, Matthieu, et Luc), la pêche miraculeuse permet aux disciples d’identifier Jésus comme un envoyé de Dieu. Mais il y avait ce petit point : les filets étaient tellement pleins qu’ils se déchiraient. Là, il y a une vraie différence : le filet est plein, mais il ne s’est pas déchiré.
Quelle est la différence ? Il y a eu entre-temps la Résurrection. Les pères de l’Église, les saints, tous ceux qui ont médité sur la Bible, ont vu dans le filet une image de l’Église. Quand l’Église est sûre de sa foi, qu’elle est fondée sur la Résurrection du Christ, le filet ne se déchire pas. L’unité de l’Église est fondée sur notre foi en la Résurrection du Christ.
Comme d’habitude, pour chaque récit de Résurrection, il n’est pas si facile de reconnaître Jésus. Il était sur le bord de la plage, ils ne L’ont pas identifié tout de suite, et même quand ils sont près de Lui, ils n’osent pas Lui demander qui Il est, pourtant ils L’ont reconnu, Ils le savent bien car ils L’ont déjà rencontré… Étonnant !
II – la seule chose qui compte : suivre Jésus
Et puis on a cette conversation entre Jésus et Pierre : « Simon, fils de Jean ». Jésus s’adresse véritablement à lui et l’appelle par son identité la plus profonde : il est Simon, fils de Jean. « M’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Voilà la question de Jésus : c’est une barrière qui est haute ! « M’aimes-tu / vraiment, / plus que ceux-ci ? » Et on voit Pierre qui répond « Seigneur, Tu le sais bien, je T’aime. ». Finalement Jésus a posé une question qui nécessitait de monter trois marches, mais Pierre s’arrête à la première. Alors Jésus repose la question « M’aimes-tu / vraiment ? » Pierre continue de répondre en restant toujours sur la première marche : « Seigneur, Tu le sais, je T’aime ». Et enfin Jésus pose la question : « Pierre, m’aimes-tu ? » Jésus est descendu se mettre au niveau de Pierre. C’est sans doute pour cela que l’on entend que Pierre est attristé, peiné, parce que pour la troisième fois, Jésus lui demandait « m’aimes-tu ? » On a beaucoup pensé que la tristesse de Pierre était liée au rappel de son reniement : c’est certain, qu’il y a un lien : là, c’est le moment où Jésus donne Son pardon à Pierre : tu M’as renié, mais Je te pardonne, et Je t’appelle à être le berger des brebis. Mais cette tristesse de Pierre est aussi liée au fait que Pierre voit Jésus descendre à son niveau, car lui-même n’est pas capable de monter au niveau du Christ. C’est là tout le mystère de Dieu. Nous avons, quelque part dans notre cœur, le désir de monter au niveau de Dieu, mais nous n’en sommes pas capables, et c’est pour cela que Dieu Lui-même vient à notre rencontre.
Jésus, c’est précisément cela, Il est la miséricorde incarnée, qui se fait proche de nous pour que nous puissions Le rencontrer, pour que nous puissions vivre avec Lui. Et lorsque nous vivons avec Lui, Il nous appelle et nous envoie en mission. Il appelait Pierre à être le premier chef de l’Église. Aujourd’hui l’Église tout entière est en prière : nous prions pour que les cardinaux choisissent un successeur à Pierre. Pas de doute : celui qui sera élu pape n’est pas parfait, il n’est pas saint, mais le sera, car Jésus lui pose la question « M’aimes-tu ? » et c’est Jésus qui fera le reste, car c’est Jésus qui sauve.
Sur ces mots, Jésus dit à Pierre, « Suis-Moi », c’est la seule chose qui compte. Nous ne sommes pas très forts pour aimer le Seigneur, même pas très forts pour aimer les autres, ni nous aimer nous-mêmes… Alors, suivons-Le, suivons-Le !