Rameaux et Passion : Le regard de Jésus nous sauve !

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Dimanche 13 avril 2025, dimanche des Rameaux
Lc 19, 28-40 – Entrée solennelle

Jésus entre dans « sa » ville, car il est le descendant de David, il est le messie attendu. Mais, sa monture n’est pas un cheval de guerre, monture d’un conquérant… C’est un petit âne. Jésus montre qu’il n’est pas un roi à la manière de ceux de la terre. Les foules acclament Jésus et on en fait le reproche à Jésus. Celui-ci répond ‘s’ils n’acclament pas les pierres crieront’… En fait, l’événement du ‘mystère pascal’ a un impact cosmologique, concernant toute la création. Toute la création est faite pour louer, honorer, et servir Dieu, mais seul l’homme a l’intelligence et la voix pour le faire effectivement. Lorsque nous prions, nous prions au sein et au nom de toute la Création !

Is 50,4-7 ; ps 21 ; Ph 2,6-11 ; Lc 22-23 – Messe de la Passion

Cette ‘petite’ tranche de Parole de Dieu est au fondement de la foi chrétienne. Tout est là. Selon les évangélistes, on compte entre 16 et 28 chapitres, et ce qu’on vient de lire, qui couvre les douze dernières heures de la vie de Jésus, prend presqu’un quart du texte. C’est, dans les évangiles, c’est la partie la plus ancienne, le récit que, dès le premier instant, les disciples, les apôtres, et les témoins ont transmis aux autres et qui arrive jusqu’à nous.
Voilà ce qui s’est passé un jeudi soir et un vendredi de l’an 30 ou 33, on ne sait pas exactement. Comment Celui que l’on pensait être le Sauveur d’Israël est mort sur une croix comme le dernier des bandits… Quatre évangélistes nous ont fait le récit de cette Passion. Aujourd’hui, c’est celui de saint Luc que nous avons lu, et je vais revenir sur quelques points qui sont spécifiques à cet apôtre.

I – le regard de Jésus

Si tous les évangélistes évoquent le reniement de Pierre, seul saint Luc parle du « regard de Jésus qui se posa sur Pierre ». Et, on le sait, Pierre se met à pleurer amèrement. Il perçoit l’horreur de son acte, et il le regrette.

Saint Luc est le seul à nous parler de l’épisode du « bon larron ». Il n’est d’ailleurs pas si bon, parce qu’il a mérité d’être sur la croix – c’est lui qui le dit, il a fait les pires des choses – mais, sur la croix, on peut penser qu’il a croisé le regard de Jésus, il a vu l’horreur de son péché, l’horreur de ses actes, et il devient capable d’accueillir le pardon du Seigneur. Il dit à Jésus : « Pense à moi quand tu seras dans ton royaume » et ce dernier lui répond : « Aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. »

Et puis, encore une parole, un regard de Jésus sur la foule, qui est là au pied de la Croix lorsqu’Il est crucifié. Il s’écrit « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Il parle aussi de nous en réalité : quand il regarde Pierre, c’est aussi nous qu’Il regarde, et quand Il parle au bon larron, c’est aussi à nous qu’Il veut pardonner. Ce bon larron a la plus belle réaction ! Pierre, lui, dans un premier réflexe, s’enfuit ; on sait qu’il reviendra, puisqu’il est devenu la « pierre », la colonne de l’Église ; parce que Jésus avait prié pour lui – on l’a entendu : « Quand tu seras revenu, confirme, affermis tes frères. » – Mais Pierre est parti après sa faute.
Les foules qui sont là ont été pardonnées, oui, mais personne n’a voulu accueillir ce pardon, contrairement au ‘bon’ malfaiteur qui l’accueille. Lui, il se laisse transformer, sauver. Et, s’il y en a bien un dont la cause pouvait sembler désespérée, c’était bien lui… Il n’y avait rien à rattraper, et pourtant Jésus l’a rattrapé ! On accuse parfois le bon larron d’être le plus grand des voleurs, parce qu’au dernier instant, il a réussi à voler le ciel ! Eh bien, c’est ce que je nous souhaite ! N’hésitons pas à voler le ciel. On peut évoquer une autre parole de Jésus dans l’Évangile : « Le royaume de Dieu appartient aux violents », à ceux qui sont capables de se commander à eux-mêmes, de se donner des ordres, de se donner une loi. Soyons des voleurs comme le bon larron, volons le Ciel. D’autant plus que Celui à qui on veut le voler, Il rêve de nous le donner…

II – les lumières du Sabbat

Un dernier point, auquel seul saint Luc fait allusion, concerne la toute fin du texte. On dépose le corps de Jésus au tombeau ; « c’était le jour de la préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du Sabbat. »  Imaginons-nous dans cette situation : on vient de déposer le corps de Jésus au tombeau, on vient de rouler la pierre, donc c’est la nuit autour du corps de Jésus, c’est aussi, sans aucun doute, la nuit dans le cœur des disciples : Celui qu’ils croyaient être le Sauveur du monde, voilà qu’il est mort, et on n’a encore jamais vu personne revenir des morts… À cet instant-là, plus personne ne croit. Saint Luc n’y fait pas allusion, mais l’espérance, une toute petite flamme tremblotante, ne réside que dans le cœur de Marie. « C’était le soir du Sabbat, et déjà brillaient les lumières. »

En réalité, là encore, c’est un impact cosmologique : toute la Création va être bousculée par la mort de Jésus qui va s’accomplir dimanche prochain dans la Résurrection.
Le Sabbat, c’est le 7e jour, où après l’œuvre de Création, Dieu s’est reposé. Il y a une notion de paix, car toutes choses sont dans l’ordre. Le Sabbat, c’est le temps de la contemplation, Dieu contemple et nous appelle à contempler la Création, Son œuvre. Le Sabbat c’est aussi le temps de l’attente de la fin des temps, le jour où nous nous retrouverons face à Dieu dans la plus grande joie. Pour les Juifs, c’est tout cela ; et voilà que l‘on vient de déposer le corps de Jésus au tombeau, et que « déjà brillaient les lumières du Sabbat ». Une attente commence : cette toute petite lumière, c’est celle de la foi.

III – Entretenir l’Espérance

C’est cela, l’espérance, parce que dans nos vies aussi, il y a des moments où la nuit semble parfois nous envahir.  Dieu veut déposer dans notre cœur cette petite graine d’espérance, comme Jésus est déposé au tombeau. Cette petite graine d’espérance, il nous faut l’entretenir. Comment ? La fin du texte et le tout début de l’Évangile que nous venons de lire se répondent. Comment faire grandir l’espérance dans nos cœurs ? Comment l’entretenir ? En accomplissant la Parole que Jésus nous donne tout au début : « Faites cela en mémoire de moi. » Si nous venons à la messe le dimanche, ce n’est pas pour cocher une case, en se disant ‘c’est bon, je suis venu à la messe cette année, ou ce mois-ci, ou ce dimanche’. Non : c’est pour accueillir le don de Dieu. C’est pour se laisser regarder par le Christ, comme le bon larron, comme Pierre, parce qu’Il nous aime et nous appelle. Parce que, dans nos vies, les ténèbres sont bien trop souvent là, et que nous avons besoin d’en être libérés. Il faut que nous sachions qu’il y a les lumières du Sabbat aussi dans notre cœur, et c’est pour cela qu’est faite la messe du dimanche. Il est bon, et très bon, de venir à la messe des Rameaux, il est bon, et très bon, de venir à la messe à Noël, mais il est encore meilleur de venir aussi le dimanche. Je serais très très content si tous les dimanches nous étions aussi nombreux ! Et je vous promets qu’on se débrouillerait, qu’on trouverait le moyen d’avoir une messe de plus, pour que tout le monde puisse s’asseoir !

« Faites cela en mémoire de moi. » Dans quelques instants, sur l’autel, le prêtre va tenir la place de Jésus : il va prendre un petit peu de pain et dira « Ceci est Mon Corps ». C’est la voix du prêtre que vous entendrez, mais c’est le Christ qui parle, et comme Jésus est le Fils de Dieu – c’est pour cela qu’Il a été condamné à mort – cette parole s’accomplit. Ce petit morceau de pain n’est plus du pain, mais le Corps de Jésus, Jésus Lui-même, qui se donne en nourriture. Le vin n’est plus du vin, mais le sang de Jésus, ce corps et ce sang versés pour vous dans une parole. Accomplissement qui se réalise sur la Croix, Lui qui nous est donné pour que nous puissions aimer et nous laisser aimer.