Viens sur la montagne

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Homélie du 2e dimanche de Carême C – 16 mars 2025
par l’abbé Gaël de Breuvand.
Gn ; ps 26 ; Ph ; Lc 8

« Viens, viens sur la montagne, tout près du ciel et de ma maison. Viens, viens sur la montagne, là-haut il fait si bon. » Je ne sais pas si Marie Laforêt, en 1964, était catéchiste ou théologienne, mais cette chanson-là me fait tout à fait penser au texte que nous venons d’entendre. Là-haut sur la montagne, on peut y rencontrer Dieu ! C’est d’ailleurs ce qu’elle dit dans un de ses couplets : « Là-bas, j’ai mes amis, Dieu, les fleurs et le vent. » Il y en a qui connaissent…. Alors les plus jeunes sont peut-être un peu perdus mais cela vaut le coup d’écouter Marie Laforêt ! « Viens sur la montagne » vous pourrez écouter cela, c’est bien. Comme théologien, je ne sais pas, mais, je crois que Marie Laforêt fait partie d’une époque où, globalement, tout le monde est chrétien, possède cette culture-là et il y a quelque chose quand même qui nous parle de Dieu !

I-               Sur la montagne pour rencontrer Dieu

Jésus monte sur la montagne pour y prier, pour y rencontrer Dieu, car dans la Bible, c’est sur la montagne que l’on rencontre Dieu. Et on voit qu’Il rencontre Dieu ; il est entouré de Moïse et d’Élie. Et que font-ils à ce moment-là ? Ils rencontrent Dieu, Jésus. Dans leur temps, environ 1200 ans avant J.-C., Moïse est monté sur la montagne rencontrer Dieu, le Sinaï. Et là, il a entendu la Parole de Dieu et il a reçu les tables de la Loi, de la Parole. Élie, lui aussi, est monté sur la montagne de Dieu, après 40 jours passés au désert, il est arrivé au mont Horeb – qui est l’autre nom du Sinaï – lui aussi a rencontré Dieu et a découvert que Dieu n’était pas un dieu de violence mais un dieu de patience, de délicatesse et de discrétion. Donc ils ont rencontré Dieu et ils sont bien : nous avons entendu Pierre : « Maître, comme il est bon que nous soyons ici ». Là-haut il fait si bon. C’est normal cette réaction de Pierre qui a un peu perdu tous ses moyens, il ne sait plus ce qu’il dit mais il est bien car nous sommes faits pour cela, c’est-à-dire pour se retrouver face à Dieu.

C’était d‘ailleurs le cri du psaume « C’est ta face, Seigneur, que je cherche, ne me cache pas ta face. » Nous sommes faits pour voir Dieu face à face, nous sommes faits pour nous laisser aimer par Lui et L’aimer en retour. Rencontrer Dieu, c’est toujours quelque chose d’impressionnant, on l’a entendu pour Abraham. Il y a une torpeur qui s’abat sur lui, puis la nuée vient, elle est effrayante, en tout cas impressionnante… Il en est de même pour Pierre et Jacques. « La nuée survint, les couvrit de son ombre, ils furent saisis de frayeur ». Dieu est impressionnant surtout par rapport à nous qui sommes tout-petits. Cette nuée manifeste la présence de l’Esprit, de l’Esprit-Saint, de Dieu Lui-même qui vient et veut habiter nos cœurs. Il va falloir un peu de temps, il va falloir la Pentecôte, la conclusion de la Révélation, pour découvrir qu’il n’est pas bon d’avoir peur quand on est près de Dieu. Mais, au contraire, nous sommes invités à entrer à entrer dans une confiance, que l’on appelle,- et c’est paradoxal -, la crainte de Dieu : Percevoir à quel point Dieu est grand et veut se faire proche de moi : confiance en Dieu.

II-             Faisons mémoire de nos rencontres avec Dieu

Au final, dans cet événement de la Transfiguration, Jésus se dévoile. Il est monté sur la montagne pour prier, pour entrer dans une relation avec Son Père, et à ce moment-là, comme Son corps, Son humanité sont devenus transparents à la divinité de ce qu’Il est. « L’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante. » Autrement dit, Jésus brille de la lumière divine, de ce qu’Il est vraiment. Huit jours avant cet événement, Jésus avait posé la question « Pour vous, qui suis-je ? »  Et Pierre avait pris la parole au nom de tous « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Alors il avait dit cela et avait été félicité par Jésus mais avait-il bien compris ce qu’il avait dit ? Pas sûr… et finalement, il entre dans cette compréhension, à ce moment-là, huit jours après, sur la montagne. Cela va le marquer. En effet, dans la Deuxième Lettre de saint Pierre, c’est un texte qui date de 35 ans après cet événement, il s’en souvient : « Nous qui avons été sur la montagne, nous avons vu le Christ qui manifestait Sa gloire. » Forcément, cela percute et cela change tout. De fait, Pierre a été capable d’en faire mémoire, de s’appuyer sur ce souvenir-là qui était pour lui présent chaque jour dans sa vie. C’est ce qui va lui permettre de vivre avec sérénité le martyre finalement. Il se souvient qu’il a rencontré Dieu !

III-           Les montagnes dans ma vie ?

Tout cela nous parle de ce qui se passe pour Jésus, Pierre, Jean et Jacques, de ce qui se passe sur la montagne, et nous ? La question est : avons-nous des montagnes dans nos vies ?  Est-ce que, de temps en temps, nous gravissons courageusement la montagne pour aller rencontrer Dieu ? Alors vous l’avez fait. Effectivement, quand on monte le mont Saint-Paul et qu’on monte à l’église de Chassieu, on l’a mérité ! On a monté la montagne ! Nos églises sont souvent sur des proéminences, parfois sur de vraies collines, comme ici. De fait, cette montagne, nous sommes invités à y venir régulièrement. Chaque dimanche, nous sommes invités à monter sur la montagne de Dieu pour le rencontrer. C’était le chant d’entrée : « Allons tous ensemble jusqu’à la montagne de Dieu. » Pourquoi faire ? Pour Le louer, pour L’aimer et me laisser aimer par Lui. Mais, une montagne par semaine, cela ne suffit pas, le Seigneur veut nous voir plus souvent. Ainsi, chaque jour, nous sommes invités à monter notre montagne. On parle d’une montagne spirituelle, pas forcément physique, c’est le temps de notre prière chaque jour. Il y en a qui prient le rosaire, le chapelet, c’est une bonne chose, on peut aussi prendre le temps d’ouvrir la Parole de Dieu. En ce temps de Carême, les textes sont choisis chaque jour avec une intention particulière. Les deux textes sont toujours connectés, cela vaut le coup – nous sommes le deuxième dimanche de Carême, c’est le bon moment pour prendre des résolutions – chaque jour j’ouvre AELF, l’appli qui va bien, ou Prions l’Église, ou je ne sais, pour lire les textes d’aujourd’hui parce qu’ils sont là pour moi, c’est la Parole de Dieu pour moi aujourd’hui. C’est la manière de monter sur ma montagne. Ce n’est pas facile, il y a des moments difficiles ; mais, comme pour toute montagne, c’est lorsque nous sommes en haut que l’on en profite.

Enfin, dernier tout petit mot, sur une tout petite phrase, qui rejoint ce grand théologien qu’est Marie Laforêt, « Là-haut sur la montagne, là où il fait si bon, j’ai ma maison ». Elle a raison ! C’est exactement ce que dit saint Paul : « Frères, nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux », notre maison est au ciel. C’est là que nous sommes attendus, désirés. La maison, c’est l’endroit où, lorsque l’on a nulle part où aller, c’est là où l’on sera toujours accueillis. Alors, quand on a nos parents, c’est là où sont nos parents, mais la maison qui dure pour l’éternité, elle est près de Dieu. Si nous y allons, dans cette maison de Dieu, nous serons accueillis. Nous sommes citoyens des cieux. Alors, avec Jésus, montons la montagne, rencontrons Dieu qui vient à notre rencontre. Laissons-nous aimer, et aimons-Le !