Homélie par le Père Sébastien Ateba-Mintolo.
Mercredi 5 mars 2025

Chaque année, le Carême s’offre à nous comme un chemin à redécouvrir. Certains y voient un temps d’austérité, d’autres une simple tradition, tandis que d’autres encore s’interrogent sur son sens profond dans un monde en perpétuelle effervescence. Mais si ce temps était, avant tout, une invitation à reprendre souffle, à revenir à l’essentiel de notre cheminement de foi ?
Cette invitation, le prophète Joël nous l’adresse avec urgence : « Revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil » (Jl 2, 12). Il s’agit d’un appel à une conversion authentique : un retour sincère à Dieu, non par de simples rites, mais par un cœur brisé et ouvert à sa miséricorde. Le jeûne, les larmes et le deuil ne sont pas des fins en soi, mais l’expression d’un repentir profond qui ouvre à la grâce divine. Frères et sœurs, cet appel pressant à revenir au Seigneur est un cri d’amour : Dieu attend non notre perfection, mais notre confiance. Se détourner du péché, c’est choisir la vie, une vie renouvelée par la miséricorde d’un Dieu tendre et fidèle : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » (Jl 2, 13). Le Carême est un temps favorable pour se préparer à l’accueil de la miséricorde divine, pour revenir vers le Seigneur qui nous attend avec amour, prêt à nous relever et à nous renouveler sa grâce.
Le signe des cendres que nous recevons aujourd’hui s’inscrit dans cette démarche de conversion. Il nous rappelle notre condition humaine : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ». Dans l’Ancien Testament, se couvrir de cendres était un acte de deuil et de pénitence, comme le montre l’exemple des habitants de Ninive qui, après avoir écouté Jonas, se couvrent de cendres pour implorer le pardon de Dieu (Jon 3, 6-10). Les cendres rappellent aussi la fragilité humaine et notre condition de créature, comme le présente le Livre de Job : « Je me suis repenti dans la cendre et la poussière » (Job 42, 6). Ce geste s’ancre donc dans la tradition biblique de reconnaissance de notre fragilité, de notre péché et de notre besoin de conversion et de réconciliation avec Dieu. Reconnaître nos limites, ce n’est pas céder à la fatalité, mais au contraire ouvrir notre cœur à la présence de Dieu. Car la véritable force ne réside pas dans la puissance ou la domination, mais dans l’humilité et la douceur : « Heureux les doux, car ils possèderont la terre » (Mt 5, 5).
Ainsi, le Carême nous engage. Il est une introspection personnelle qui nous projette vers nos semblables et vers Dieu, nous appelant à être artisans de paix, de justice et témoins d’espérance. Dans un monde marqué par la violence, l’indifférence et les conflits, nous sommes envoyés comme « ambassadeurs du Christ » (2 Co 5, 20). C’est pourquoi le prophète Joël insiste sur l’importance du jeûne et de la prière communautaire : « Prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte » (Jl 2, 15-16). Le jeûne ne se limite pas à une privation alimentaire ; il est une démarche de purification intérieure, un recentrage sur l’essentiel. Il nous apprend à renoncer à ce qui alourdit notre cœur et à grandir dans la compassion et la solidarité envers les plus faibles.
Le Carême est donc aussi un temps de veille. Il nous invite à ne pas nous laisser absorber par l’indifférence ou la résignation, mais à rester vigilants, à être des sentinelles de l’espérance. L’Évangile de ce jour nous rappelle que notre jeûne et notre prière doivent être vécus dans la simplicité et l’authenticité, accomplis dans le secret du cœur, tournés vers Dieu et non vers le regard des hommes. C’est dans le silence, la solitude et le secret du désert que l’on rencontre et écoute Dieu pleinement.
Frères et sœurs, entrons dans ce temps de Carême avec courage et confiance. Accueillons ce moment comme une grâce, un chemin de conversion et de renouveau. Que ces quarante jours nous permettent de goûter pleinement à la miséricorde de Dieu et d’avancer avec espérance vers la Pâque du Christ, victoire de la vie sur la mort, de la lumière sur les ténèbres. Amen.