Le Très-loin se fait Très-proche

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Homélie du 5e dimanche de TO, année C,
le 9 février 2025
par l’abbé Gaël de Breuvand
Is 6, 1-2a.3-8 ; Ps 137 ; 1 Co 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11

I – Dieu saint, Dieu très-haut

« Malheur à moi, je suis un homme perdu, car je suis un homme aux lèvres impures ! » Voilà le cri de Isaïe quand il se retrouve face à Dieu ; parce que Dieu est saint.

Pour nous, le mot « saint » est un mot qui a un peu perdu de sa force. Pour les Hébreux, le mot « saint » c’est vraiment ce qu’est Dieu, et c‘est vraiment ce que ne sont pas les hommes… Quand on dit que Dieu est saint, en hébreu cela se dit « kadosch » ; quand on dit que Dieu est saint, cela veut dire qu’Il est absolument ‘autre’ que nous. Cela veut dire qu’Il est absolument ‘au-delà’ de nous. En fait, on ne peut même pas L’imaginer. Quand on dit que Dieu est saint, cela veut dire qu’Il ne ressemble absolument en rien à ce que nous sommes. Dieu n’est pas une copie plus puissante de l’homme. Il est Dieu ; et, face à cette immensité divine, la réaction naturelle de l’homme, c’est « wahou ! » moi, je suis tout petit, et je ne suis pas à la hauteur, et je m’écrie « Malheur à moi car je suis un homme perdu, car je suis un homme au lèvre impures ! »

C’était vrai pour Isaïe, et 740 ans plus tard, quand Jésus dévoile Sa puissance, dévoile qu’Il n’est pas un homme comme les autres, mais qu’en Lui réside la sainteté de Dieu : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur ! », dit saint Pierre. C’est semblable… Face à la sainteté de Dieu, le réflexe normal de l’homme, c’est de rester à distance, de faire un pas en arrière.

II – Il se fait proche

Alors, est-ce que nous allons nous arrêter là ? Évidemment non : car ce Saint, ce Tout Autre, ce Très Haut, veut venir à notre rencontre. Il veut entrer en relation avec nous, une relation d’amitié, Il veut une relation de Père-Fils, d’époux-épouse, une relation d’amour. Alors, Dieu vient, et c’est Lui qui nous transforme ! En fait, si Lui est saint, eh bien, ce que l’on perçoit avec Isaïe, c’est Dieu qui vient purifier les lèvres impures.

C’est Dieu qui vient purifier le cœur. Et pour vous dire à quel point c’est vrai, juste avant de proclamer l’Évangile, moi, prêtre, je m’incline devant l’autel, je prie et je dis : « Purifie mon cœur et mes lèvres, Seigneur, afin que je sois digne et compétent pour proclamer Ta Parole. » Je demande à Dieu de m’élever à Son niveau, parce que c’est ce que Dieu veut faire. Et quand Dieu nous élève à Son niveau, Il fait de nous… des saints. Et alors ce mot « saint », qui était absolument réservé à Dieu, devient quelque chose pour nous.

C’était vrai avec Isaïe, Dieu s’est approché et a purifié les lèvres impures ; mais c’est encore plus vrai avec Jésus : parce que Jésus, le Très-Haut, est venu se faire le Très-Bas, le Tout-Petit. Petit bébé à la crèche, dernier parmi les derniers sur la Croix, Il est venu avec nous, comme nous, Il a tout connu de notre humanité – sauf le péché – et Il veut nous proposer ce chemin-là : que nous soyons, nous aussi, pleinement humains, pleinement hommes, pleinement femmes, sans péché. Et c’est Lui qui nous sauve, c’est Lui qui transforme notre cœur, qui nous purifie, qui nous sanctifie, qui nous unifie – tout cela, c’est synonyme – et qui nous rend semblables à Dieu. C’est Son projet depuis toute éternité : que nous Lui ressemblions !

III – Il m’envoie, et en moi, Il se rend présent au monde

Alors il s’agit de l’accueillir, Lui, le Christ, qui vient. C’est ce que font les apôtres : lorsque l’on rencontre Jésus, on rencontre Dieu. On perçoit Sa hauteur, Sa grandeur, Sa largeur, Sa profondeur, et on perçoit que toute cette immensité est pur amour. Alors, il s’agit de Lui ouvrir notre cœur et de nous mettre à l’écoute, de nous laisser toucher, d’écouter ce que nous dit Jésus : « Sois sans crainte. » « Sois sans crainte. » « Je t’appelle », c’est exactement ce que disait aussi Dieu à Isaïe : « Qui enverrai-je ? » Qui enverrai-je, et nous qui entendons cet appel et cette question, il s’agit que nous y répondions. Ce n’est pas une question pour quelqu’un d’autre, et comme Isaïe, nous pouvons répondre « Me voici, envoie-moi. »

À quoi serons-nous envoyés ? C’est parfois un peu mystérieux… Il y en a parmi nous qui serons peut-être appelés à être prêtres, d’autres religieux ou religieuses, il y en a qui deviendront époux, épouses, parents… Quelles belles missions ! Il y en a parmi nous qui seront appelés à se mettre au service de la propagation de la Parole, explicitement, en étant catéchistes, en étant des donneurs de joie ! Il y en a qui parmi nous qui seront appelés à se mettre au service des plus pauvres, au service de la tendresse de Dieu. En fait, ce que dit Jésus, c’est qu’Il est, Lui, le « Pêcheur » par excellence, qui veut ramener tous les petits poissons que nous sommes, et que le monde soit auprès de Lui, contre le cœur de Dieu. Il nous a choisis, Il nous appelle pour que nous fassions ce travail de ‘pêche’ en Son nom, pour Lui, et – Il nous l’a promis ! – Il est avec nous.

Quand je décide d’aimer quelqu’un près de moi au nom du Christ, c’est le Christ qui aime. En fait, Dieu est présent dans notre monde, si nous Le rendons présent par notre vie ! C’est cela notre appel ; je ne dis pas que c’est confortable, je ne dis pas que c’est facile, mais c’est particulièrement joyeux, et nous sommes faits pour cela.

Alors, aujourd’hui, nous sommes le dimanche de la santé, et, je vous le disais, on prie spécialement pour ceux qui sont autour des malades, pour ceux qui – parfois même sans s’en rendre compte explicitement – sont là pour témoigner de la sainteté de Dieu auprès de ceux qu’ils servent, pour témoigner de la tendresse de Dieu, de l’amour de Dieu, de la bonté de Dieu, de la consolation de Dieu. Nous prions pour eux. Vous le savez bien, à partir de 40 ans, c’est une expérience que l’on connaît presque tous – avant, pas toujours ; cela peut venir aussi malheureusement – cette expérience d’être un accompagnant, un aidant, un soignant, d’être le plus proche de celui qui est malade, et d’être là pour lui, et alors nous nous rappelons la Parole du Christ, la Parole de Dieu : « Qui enverrai-je ? » C’est moi ! C’est moi qui suis invité à manifester la tendresse de Dieu à ce malade, et ce n’est pas facile… C’est pourquoi, aujourd’hui, nous prions particulièrement pour tous ces aidants, soignants, accompagnants.

Et puis, comme mot de conclusion, je ne peux m’empêcher de reprendre ce que nous dit saint Paul dans la Première Lettre aux Corinthiens. C’est le cœur : il vient nous rappeler le cœur de notre foi, le « kérygme ». Attention, c’est un mot grec, un mot barbare, « kerygma », en grec, c’est l’annonce par excellence, le cœur de notre foi. Qu’est ce qui est essentiel ? Saint Paul le dit avec ses mots – chacun de nous peut le dire avec ses propres mots pour l’exprimer – les mots de saint Paul : « Je vous ai transmis ceci que j’ai moi-même reçu » – il ne l’a pas inventé, il l’a reçu –,  « le Christ est mort pour nos péchés, il fut mis au tombeau, Il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, et Il est apparu » et, continue Paul, ‘j’ai été appelé, je n’étais pas à la hauteur, je n’en étais pas digne, et pourtant il m’a appelé pour être un témoin de Son amour et de Sa tendresse, pour être un relais de Sa Parole, pour être un relais de Son Amour’.