
Homélie de la messe de l’aurore, 25 décembre 2024
Par l’abbé Gaël de Breuvand,
Is 62,11-12 ; Ps 96 ; Ti 3,4-7 ; Lc 2,15-20
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
On appelle cette messe la « messe des bergers ». Cette nuit, nous avons entendus les anges annoncer aux bergers la Bonne nouvelle, une grande joie, le Sauveur qui naît. Là, nous les voyons se poser la question : « est-ce qu’on n’irait pas voir ce qui nous a été annoncé ? ». Ils y vont. Ils contemplent. Ils admirent. Ils s’exclament. Ils racontent ce qu’ils ont vécu et ils s’en retournent pleins de joie en glorifiant et louant le Seigneur.
I – Dieu s’adresse aux petits
Du coup, notre regard est attiré sur ces bergers et l’on peut se poser quelques questions. Dans toute l’histoire biblique, le berger est un terme un peu ambivalent : positif, parce que Dieu, depuis toujours, se présente comme un berger. Il veut prendre soin de son peuple, de son troupeau. Il veut serrer les brebis et les agneaux contre son cœur. Ce jour-là, viendra un bon berger et finalement, ce berger, ce sera Dieu lui-même, qui n’abandonnera ni ses enfants, ni son troupeau. Le berger est donc une figure extrêmement positive et valorisante. Et dans le même temps, dans la tradition d’Israël, le quotidien d’Israël, le berger est celui qui passe la moitié de sa vie dehors, quelqu’un qui sent l’odeur de son troupeau, donc pas très bon. C’est un gars qui a une imagination débordante et ce qu’il raconte n’est pas forcément très crédible. D’ailleurs, quand il y a un procès, un jugement en Israël, le témoignage du berger ne compte que pour la moitié pour valoir le témoignage d’une personne qui n’est pas berger.
II – La Foi qui ouvre à la louange et à l’annonce
Et Dieu, qui vient d’entrer en toute discrétion dans notre monde, – on ne peut pas dire que Jésus, tout juste soit né, soit très impressionnant -, l’ange nous l’avait dit : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté dans une mangeoire ». C’est ça le signe. Ce n’est pas très impressionnant. Dieu, qui vient donc d’entrer en toute discrétion dans notre monde, se choisit comme premiers témoins des bergers. Des tout-petits. Des pas-très-dignes. Ils vont apporter deux choses :
Ils vont apporter premièrement aux témoins, en particulier à Joseph et Marie, une forme de confirmation. « Vous n’avez pas rêvé. Les visites des anges que vous avez eues sont de vraies visites ». Il y a vraiment une forme de confirmation. La foi que vous avez posée en Dieu, vous avez raison de l’avoir posée. Car nous avons vus les anges. Pour Marie, comme pour Joseph, c’est une grande joie que ce témoignage des bergers.
Et en second, pour eux-mêmes, les bergers, qui ont vu ce qui leur avait été annoncé, repartent en glorifiant et louant le Seigneur. « La gloire de Dieu, c’est l’Homme vivant ». C’est une phrase de saint Irénée, le 2e évêque de Lyon, premier grand théologien de l’Occident. « La gloire de Dieu, c’est l’Homme vivant et la vie de l’Homme, c’est de voir Dieu ». Ces bergers, lorsqu’ils ont vu le Christ, one reconnu en Lui le messie, le sauveur d’Israël, un Seigneur. Et le terme ‘Seigneur’ en Hébreu est très précis, il indique vraiment Dieu lui-même. C’est le Christ le Seigneur ; ils ont bien compris, c’est Dieu qui est annoncé. Ils ont vu ce petit enfant, ils ont reconnu en ce petit enfant une parole de Dieu.
III – Notre vie est changée par le don de Dieu
Dieu est entré dans notre monde et c’est le point pivot, le point de bascule de toute l’histoire du monde. Dorénavant, nous savons que « Dieu est avec nous ». Dorénavant, il va falloir que nous vivions en cohérence avec cette vérité. Dieu est avec nous. C’est un appel ! C’est un appel pour nous à accueillir Jésus dans notre vie, comme Marie. « Marie retenait tous ces évènements et les méditait dans son cœur ». Elle garde en mémoire précieusement tout cela. Elle va pouvoir s’appuyer sur cela pour pouvoir vivre sa propre vie. Cela change notre vie personnelle, mais il va falloir que nous posions les actes d’amour que le Seigneur nous demande de poser. Parce qu’il est venu habiter parmi nous. Il est venu remplir le monde de sa présence ; Il est venu remplir nos vies de sa présence. « Par le bain du baptême, Il nous a fait renaître. Il nous a renouvelé dans l’Esprit Saint, afin que rendu juste par sa grâce, – autrement dit par son amour gratuit -, nous devenions en espérance héritier de la vie éternelle ». En venant habiter au milieu de nous, en venant homme parmi les hommes, Dieu a fait de nous ses frères et sœurs. Puisque nous sommes frères et sœurs de Dieu, nous sommes tous fils et filles de Dieu. Nous sommes tous héritiers du don de Dieu, de son Amour. Cet Amour, accueillons-le. Et donnons-le, portons-le à tous ceux que nous rencontrerons.