Mariage, signe de l’amour de Dieu

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Is 62, 1-5 ; ps 95 ; 1Co 12, 4-11 ; Jn 2, 1-11
par l’abbé Gaël de Breuvand.
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale

I-                  Le projet de Dieu

« Faisons l’Homme à notre image et à notre ressemblance » : nous sommes au chapitre 1 de la Genèse, tout au début de la Bible, verset 26. « Et Dieu créa l’homme à son image, à son image Il le créa, homme et femme Il les créa. » : on est au chapitre de la Genèse chapitre 1, verset 27. Le projet de Dieu, c’est de nous faire à son image et à sa ressemblance. Quand Dieu réalise Son projet, Il nous fait à son image, et quant à la ressemblance, Il nous la confie.

Nous sommes missionnés pour déployer en nous la ressemblance avec Dieu. C’est notre but : être saint, c’est ressembler à Dieu. « Homme et femme, Il les créa. » De tous les chemins qui existent sur la Terre, il y en a un qui est mis en exergue, en valeur : dès le tout début, dès le commencement : « Homme et femme, Il les créa ». Cette différence fondamentale, cette égalité fondamentale, fait que l’un sans l’autre nous ne pouvons pas atteindre la ressemblance avec Dieu, et le chemin privilégié par Dieu pour atteindre cette ressemblance, c’est le mariage, l’union d’un homme et d’une femme qui se choisissent mutuellement, qui ont choisi de se donner comme Dieu se donne, qui ont choisi de se recevoir comme Dieu se reçoit, qui ont choisi d’être donnés comme Dieu est donné.

II-                Une image un peu paradoxale

Ce chemin du mariage pour ressembler à Dieu va courir tout au long de l’Histoire biblique. Très régulièrement, depuis le huitième siècle, depuis Osée, Dieu utilise cette image du mariage, de l’amour d’un homme pour une femme et d’une femme pour un homme, pour nous parler de la relation qu’Il veut tisser avec nous. Lui se présente comme l’Époux, et nous, peuple de Dieu, chacun de nous est invité à se reconnaître comme l’épousée, la fiancée. C’était le sens même de la première Lecture : « On ne te dira plus délaissée, toi, tu seras appelée ma préférence, l’épousée. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu. » Alors, quand le mariage nous est présenté ainsi, on le voit bien évidemment comme un chemin de bonheur, de vraie joie. C’est le chemin par excellence, dans l’ordre naturel, pour toucher à la joie, au bonheur.

Et pourtant, vous le savez bien, être marié, ce n’est pas si facile. Il y a des combats. Il y a des moments de grandes joies, mais aussi des moments de grandes peines, d’autant que celui ou celle que l’on a choisi est la cause de cette peine. Et c’est vrai depuis la chute, le péché des origines. On les voit, Adam et Ève, lorsqu’ils franchissent l’interdit, cette parole de confiance que Dieu leur avait donnée : ‘tu prendras soin de ce jardin, tu pourras manger de tous les fruits mais de celui-là, n’en mange pas, sinon tu mourras’. Et on les voit, ils en prennent, ils tombent ensemble, et la première chose qui se passe suite à cette rupture de l’interdit, c’est que cela les sépare. Ils perdent confiance l’un en l’autre. Et lorsque Dieu demande « Aurais-tu mangé du fruit ? », tout de suite la réponse est : ‘oui mais, ce n’est pas moi, c’est elle’. Et réciproquement… Et les histoires des hommes, dévoilées, manifestées dans la Bible, ce sont, bien souvent, des histoires de mariage qui ne se passent pas bien. Et pourtant Dieu n’arrête pas de réutiliser cette image pour nous parler de la plus grande joie et du plus grand bonheur, pour nous parler du lien qu’Il veut tisser avec nous.

III-             Jésus vient sauver

Alors Jésus vient, Il vient sauver notre Humanité, Il vient sauver chacun de nous, Il vient sauver toute notre vie. Et Jésus va parler du mariage plusieurs fois dans l’Évangile. Et Jésus va assister à un mariage. C’était « les noces de Cana », le récit que nous venons d’entendre. On le connaît déjà, ce mariage, dans lequel il n’y a plus de vin.

Le vin, dans la tradition biblique, c’est le symbole de la joie, le symbole du lien. Il y a du vin quand il y a un lien entre les hommes. Il y a cette joie-là. Quand il n’y a plus de vin, il n’y a plus ce lien, il n’y a plus cette joie, c’est un mariage qui ne se passe pas bien. Alors Marie a l’œil, et attire l’attention de Jésus sur cette tristesse. « Ils n’ont plus de vin ». Elle intervient en disant aux serviteurs de se mettre au service de Jésus : « Faites ce qu’Il vous dira. » Et Jésus intervient, et Il fait remplir ces jarres de pierre qui servent pour la purification. Il les fait remplir d’eau.

Or, dans la Bible et plus spécialement dans l’évangile selon saint Jean, l’eau c’est la manifestation du don de Dieu. L’eau, c’est la vie de Dieu qui est donnée, c’est l’Esprit de Dieu qui est donné, c’est Dieu lui-même, Esprit-Saint qui se donne. Cette eau-là nous est donnée et elle est transformée par Jésus pour qu’elle devienne un vin nouveau : un vin particulièrement bon, comme le constate le maître du repas. « Tout le monde donne le bon vin en premier, et c’est seulement quand tout le monde est saoul qu’on donne le moins bon, mais toi tu as fait l‘inverse. » Jésus donne un vin particulièrement bon, et 600 litres, 800 bouteilles : c’est copieux !

Le don de Dieu est donné à profusion, cela déborde de tous les côtés, et dans ce récit Jésus dévoile son Œuvre ; qu’est-ce que Dieu fait ? Il veut rétablir sauver nos liens, et tout spécialement celui du mariage ! L’union d’un homme et d’une femme, c’est la plus belle chose qui existe sur la Terre dans l’ordre naturel de la création. Dieu, le Christ a élevé cette union-là et en a fait le lieu même où Il se donne. Voilà pourquoi il est bon de vivre le sacrement du mariage. Ce n’est pas simplement deux personnes qui se disent qu’ils vont se mettre ensemble, c’est aussi deux personnes qui viennent devant Dieu et qui viennent dire au Christ : Seigneur, viens nous donner cette joie-là, viens nous donner ton Esprit-Saint, pour que cela devienne un vin nouveau, de cette qualité si excellente, de cette quantité si hallucinante ! Quand vous avez reçu le sacrement du mariage ou quand vous le recevrez, c’est ce don-là que vous avez reçu, ou que vous recevrez. Et il s’agira de renouveler l’accueil de ce don chaque jour. Parce que Dieu donne, mais c’est de nous que la réception dépend. Il s’agit d’ouvrir notre cœur, et dans un mariage il s’agit de donner son cœur l’un à l’autre, et d’ouvrir son cœur au don de Dieu. C’est le travail des mariés !

IV-            Le Salut, l’histoire de tous

Et puis dans ce mariage des noces, on le voit bien, ce n’est pas seulement l’histoire des mariés – dont on parle très peu d’ailleurs, il y a juste un marié qui est un peu décontenancé, qui ne comprend pas pourquoi on l’agresse en disant qu’il a fourni le mauvais vin en premier – dans les personnes intéressantes dans ce texte, il y a d’abord la Vierge Marie : cela vaut le coup de la mettre partie prenante de nos unions humaines, de nos relations humaines ; on parle du mariage comme la plus excellente des relations, mais toutes les relations d’amitié, de filiation, etc., sont, elles aussi, appelées à être sauvées par le Christ. Donc, faisons entrer Marie dans nos familles, dans nos vies !

Et puis, il y a aussi les serviteurs : le texte dit que la réussite d’un mariage ne dépend pas seulement des mariés, mais aussi de toute la communauté, des proches des familles, de tous les chrétiens : nous sommes chargés d’apporter notre pierre, notre seau d’eau, à l’œuvre merveilleuse qu’est un mariage humain, à l’œuvre merveilleuse qu’est un mariage chrétien. C’est d’ailleurs pour cela que, lorsqu’on se prépare à un mariage, ce n’est pas seulement l’histoire des mariés et du prêtre, mais bien celui de toute une communauté. C’est pour cela qu’il y a des gens qui préparent au mariage, ainsi que tous les aspects matériels qui sont à prendre en compte.

Et finalement, ce mariage de Cana, comme tous les mariages humains, est, encore une fois, le signe, le sacrement, de la manière dont Dieu veut entrer dans nos vies, de la manière dont Dieu veut sauver nos vies. Dans quelques instants nous allons poursuivre la messe, et dans cette Eucharistie nous allons entendre juste avant de communier, « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau », parce que la relation dans laquelle nous sommes invités à entrer avec le Christ, c’est, là encore, celle d’une union conjugale, d’une union nuptiale : nous sommes invités à nous reconnaître comme l’épousée. Jésus est l’Époux, Jésus est le fiancé, et nous – chacun de nous – nous sommes appelés à nous reconnaître comme la bien-aimée.

Alors, laissons-nous aimer par le Christ, entrons dans une relation d’amour avec Lui. C’est le chemin de la vraie joie et du vrai bonheur, et ce pour quoi nous sommes faits.