Croire pour accueillir le Salut

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Homélie du 13e dimanche de Temps ordinaire
30 juin 2024, à l’occasion de la fête paroissiale, des 10 ans d’ordination de l’abbé Gaël, et de la profession de Foi de Matthieu.

Je voudrais revenir, d’abord, sur la première lecture ; ce livre de la Sagesse, dans la Bible, c’est le livre le plus récent. Il a été écrit 50 ans, peut-être même que 30 ans, avant la naissance de Jésus. Quel est le but de l’auteur du livre de la Sagesse ? Faire le bilan de toute la Bible. En fait, il relit la Bible et il affirme : « voici ce que je crois. Voici ce que nous croyons ! ». Alors cet acte de foi, il le fait parce qu’il a d’abord écouté la Parole de Dieu. Cette Parole qui a été transmise par tous les prophètes, par tous les auteurs sacrés. Et pourquoi le fait-il ? Parce qu’il a rencontré Dieu sans sa prière. Ayant rencontré Dieu, il se sent appelé à en témoigner. Et il le fait pour quoi cet acte de foi ? Il le fait pour s’approcher de Dieu. Il veut se laisser toucher par Dieu.

I – les 3 dimensions de l’acte de Foi

Cet acte de foi a trois dimensions : nous croyons à Dieu. Dieu existe ! Comment le sait-on ? Peut-être d’abord parce que nous avons regardé le ciel. Nous avons vu les montagnes, nous avons vu la mer. Nous avons vu toute la création. Nous avons vu qu’elle était belle. Et nous nous sommes dit : ce n’est pas un hasard. Cela doit venir de quelque part. Et ce quelque part, c’est peut-être même quelqu’un. Et ce quelqu’un, c’est Dieu. C’est le premier acte de la Révélation de Dieu ; il se dévoile dans ce qu’il a fait. Puis nous nous sommes regardés les uns les autres. Nous nous sommes peut-être même regardés nous-mêmes.  Et nous constatons qu’il y a quelque chose en nous de plus grand que ce que nous sommes. Et là encore, d’où vient ce plus grand ? Eh bien de Dieu lui-même peut-être. Et puis nous savons que nous allons mourir. Et en même temps, il est inscrit quelque chose dans notre cœur : c’est que nous ne voulons pas mourir. Nous croyons que nous sommes faits pour l’immortalité. Nous croyons même que nous sommes faits pour l’éternité. Nous croyons que quelque part, il y a certainement un Dieu qui peut répondre à cette demande. Nous croyons à Dieu.

Et ce Dieu, à qui nous croyons, Il nous parle. C’est le cœur de la Révélation. C’est le premier pas. Nous croyons que Dieu veut venir à notre rencontre. Et Il nous parle. Et Il se présente lui-même. Il dit qui Il est. Alors il ne l’a pas fait d’un coup d’un seul. Il a fallu 1000 ans pour rédiger l’Ancien testament. Et une centaine d’années pour rédiger le nouveau. Il n’a pas tout dit au premier jour. Il a été pédagogue. Il nous a pris là où nous en sommes. Nous pouvons lui faire confiance et nous entrons dans la deuxième démarche de l’acte de foi : nous croyons Dieu. Il nous parle. Et c’est exactement ce que fait l’auteur du livre de la sagesse ; dans la Genèse, il a lu que Dieu crée l’homme à son image.  Et l’auteur du livre de la Sagesse reprend : « Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il a fait de lui une image de sa propre identité ». Nous sommes à l’image de Dieu. Et pourquoi nous le croyons ? Parce que nous croyons Dieu. Nous lui faisons confiance en fait.

Et il y a une troisième dimension : et c’est celle que nous proclamons dans le Credo : « Je crois en Dieu ». Et là, il y a un pas de plus. Quand je crois à Dieu, je reste un peu à l’écart. Mais je me rapproche. Quand je crois en Dieu, je crois que c’est Dieu qui vient à ma rencontre, que c’est Dieu qui se rapproche de moi. C’est Lui qui me tend la main et qui m’invite en me disant : « Veux-tu être mon ami ? ». Et nous sommes invités à répondre. Si nous sommes à l’image de Dieu, nous sommes appelés à aimer comme lui aime. Nous sommes appelés à être dans la joie comme Lui est dans la joie. Nous sommes appelés au bonheur comme Lui est dans le bonheur éternel. Il s’agit que nous répondions.

II – Devenir un coopérateur de Dieu

Mais Dieu nous a fait le cadeau d’être à son image, donc il nous a donné l’amour, donc il nous a donné la liberté, et cela nous donne aussi la liberté de ne pas répondre. Et de choisir un autre chemin. « C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde. Ils en font l’expérience, ceux qui prennent parti pour lui ». Nous sommes touchés par la mort, la peine, la souffrance, et en fait, tout cela, c’est lorsque nous ne savons pas choisir Dieu, lorsque nous ne savons pas faire confiance à Dieu. Et Jésus (Dieu !) nous pose une question supplémentaire : « Veux-tu être mon ami, mon allié, mon coopérateur, mon collaborateur, pour accomplir l’œuvre que je veux dans ce monde. Je veux que l’Amour soit vainqueur, que tout homme connaisse le vrai bonheur… Veux-tu occuper ta place dans ce monde ? ». Alors cette question-là, je la pose tout particulièrement à Matthieu, qui fait aujourd’hui Profession de foi. Mais en fait, chaque dimanche, il faut que nous nous reposions la question. Lorsque nous allons proclamer le Credo dans quelques instants, que disons-nous ? Est-ce que c’est juste une jolie poésie que l’on récite ? Ou est-ce que c’est un engagement personnel que nous reprenons ? Une union, une alliance, avec Lui ! Il y a un vrai point commun entre l’union du mariage et l’union de chaque homme et de toute l’Église avec Dieu. Vous le savez bien, dans un mariage, surtout les matins, il faut se rechoisir mutuellement. Parfois on oublie. Et du coup, cela devient compliqué. Avec le bon Dieu, c’est pareil. Il s’agit que nous, chaque jour, nous nous rechoisissions. Nous rechoisissions Dieu, de telle sorte à laisser Dieu nous rechoisir. Car en fait, Lui nous choisit toujours. Mais il faut laisser la porte ouverte. Oui, croire en Dieu, c’est répondre à Dieu avec les mots que Jésus nous donne. En fait Jésus nous dit : « Veux-tu être mon ami car j’ai confiance en toi ». Et est-ce que nous pouvons répondre à Dieu : « Oui, Seigneur, je veux être ton ami, car moi aussi, j’ai confiance en toi ».

Hier, nous avons fêté saint Pierre et saint Paul. Et avant-hier, c’était saint Irénée. Les fondements de la foi dans notre diocèse et dans l’Église toute entière. Saint Pierre, c’était cela : fais-tu confiance à la puissance de l’Amour de Dieu ? Dans l’évangile de la vigile de Saint Pierre, qui il y a dix ans, avait été prêchée par un de mes cousins pour ma première messe, Jésus demande à Pierre : “M’aimes-tu ?” et Pierre qui humblement, pauvrement, petitement répond : “Oui, Seigneur, Tu sais tout. Tu sais bien que je t’aime”. Oui, saint Pierre n’est pas capable de grandes choses, mais il laisse la porte ouverte au Christ. Et c’est le Christ qui accomplira ce qui est bon, ce qui doit être fait. “Viendra un jour où tu iras là où tu ne voulais pas aller. D’autres te mettront ta ceinture. En attendant, toi, suis-moi”. C’est l’appel que le Christ m’a fait il y a dix ans ; c’est l’appel que le Christ fait à chacun de nous. Chacun, nous sommes un des membres du corps du Christ. Il n’y en a pas un qui peut dire : “Non, moi, aujourd’hui… je n’ai pas envie d’occuper ma place !”. Aujourd’hui, c’est justement de vous dont on avait besoin ; c’était justement de moi dont on avait besoin. C’est un appel, une responsabilité et une grande joie.

III – Crois seulement !

Pour revenir un tout petit peu à cet évangile, c’est encore un évangile sur la foi. La foi de cette femme qui est malade depuis 12 ans, qui a une foi embryonnaire mais suffisante pour que Dieu accomplisse ses merveilles. C’est la foi de ce chef de synagogue, Jaïre, une foi embryonnaire, mais suffisante pour faire ce pas vers le Christ. « Seigneur, sauve-mon enfant ! ». Et lorsque cette foule, – c’est terrible cette foule – fait obstacle, fait écran, peut-être que nous, parfois, nous sommes dans cette foule. Et pire même… Quand Jésus pose cette question : « Pourquoi cette agitation ? L’enfant n’est pas morte, elle dort ! ». « On se moquait de lui ». Le Seigneur, lui peut faire des merveilles ; Il suffit que nous lui ouvrions la porte. « Crois seulement », dit Jésus au chef de synagogue. « Crois seulement ».

Toujours ! Croire. Faire confiance. C’est notre appel. Ce à quoi nous voulons répondre aujourd’hui, tous ensemble. C’est ce à quoi Matthieu répond aujourd’hui. Dieu nous veut comme ami pour aujourd’hui, pour demain, pour tous les jours de notre vie et pour la vie éternelle, celle qui ne s’arrête pas. Alors prenons le temps de contempler la miséricorde du Seigneur. C’est lui qui s’approche de nous, qui fait des merveilles. Parfois, nous pouvons réagir en disant : “le Seigneur n’accomplit pas ce qu’Il a promis, il y a tant de malades autour de nous, et ils ne guérissent pas, ils ne sont pas sauvés. Il y en a qui meurent et qui ne devraient pas mourir”. Mais le Seigneur nous dit encore : “Ne crains pas, crois seulement !”. Son projet pour nous, c’est la vraie joie et du vrai bonheur, pour maintenant et pour l’éternité.