La Foi et la Miséricorde – homélie du 2e dimanche de Pâques – B

L’incrédulité de saint Thomas, par Pierre Paul Rubens

Par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription. Lors de cette célébration, 11 jeunes filles ont vécu la première de leur communion, qu’elles préparaient depuis plus d’un an...

Ce dimanche a plusieurs noms : on l’appelle le dimanche de l’octave de Pâques, parce qu’il est huit jours après Pâques. On l’appelle aussi le « dimanche in albis », en blanc : comme vous ! Pourquoi le dimanche en blanc ? Parce que ceux qui avaient été baptisés à Pâques, normalement, restaient habillés en blanc toute la semaine jusqu’à aujourd’hui, et ce soir, ils déposaient les vêtements blancs. Et, depuis une vingtaine d’années, on l’appelle également le dimanche de la Miséricorde. Alors, du coup, on va réfléchir un petit peu à ce que c’est que la Miséricorde. Et puis aussi – c’est comme un surnom – on l’appelle le dimanche de Thomas.

I – Thomas, ami fidèle

Thomas, vous savez l’apôtre, celui dont on a parlé dans l’évangile. Celui qui n’était pas là la première fois. Il y avait douze apôtres, il y en a un qui a trahi – vous vous en souvenez – Judas. Il est allé se pendre, donc, il n’est plus là, et il n’y en a plus que onze. Et puis ils sont réunis dans une salle, où il en manque un. En fait, s’il n’est pas là, c’est peut-être parce qu’il est courageux : car les autres sont enfermés parce qu’ils ont peur. Donc, il est courageux – bonne nouvelle ! – et il est sorti ; et Jésus est apparu au milieu des dix autres. Et il leur a dit « La paix soit avec vous » et Il leur a soufflé dessus en leur donnant l’Esprit Saint. Et Il leur a donné une mission ; et, quand Thomas revient, tous les autres sont pleins de joie, ils ont le cœur en fête, ils ont vu Jésus en vrai, et ils lui disent : « nous avons vu Jésus ! » Et là, pour Thomas, ce n’est pas possible : Il est mort. Je pense que Thomas a dû penser dans un coin de sa tête : « Ça y est, ils sont complètement fous ! Ils sont frappés, ils sont timbrés, ils aimaient tellement Jésus qu’ils ont cru le voir, alors que, on le sait bien, Il n’est pas là. » Et Thomas ne croit pas. Il dit : « je ne croirai que si je vois ! » On la connaît, cette expression, et, souvent, elle n’est pas très bonne, cette expression ! De fait, la semaine suivante, là, Thomas est avec eux. C’est courageux, car même s’ils sont timbrés, il reste avec eux. Donc c’est vraiment un bon ami : généralement, quand on a des potes un peu timbrés, on ne reste pas trop avec eux… Il les aime. Il veut leur bien et leur joie.

II – Acte de Foi

Ils sont réunis dans cette salle, et Jésus vient de nouveau. « La paix soit avec vous. » Et là, il fait signe à Thomas « hey ». Et Thomas, est-ce qu’il besoin de mettre les doigts dans les plaies ? Est-ce qu’il a besoin de mettre la main dans le côté ? De fait, non, ce n’est pas dit. « Avance ton doigt », dit Jésus, « avance ta main, cesse d’être incrédule, sois croyant. » Et là, Thomas a vu. Et il tombe à genoux et dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » C’est fort, comme expression, hein ? « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il reconnaît Jésus pour ce qu’il est : le Fils de Dieu. Mais Jésus ne s’arrête pas là, Il nous donne une leçon : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Thomas n’a pas cru au témoignage de ses frères, il n’a pas cru au témoignage des autres apôtres. Et pourtant, nous… moi, pour que je croie que Dieu est Dieu, le Messie, qu’Il est mort et ressuscité, pour que je croie que Jésus Se donne à nous dans l’Eucharistie, – c’est pareil pour vous, je pense – il a bien fallu que je fasse confiance à ceux qui me l’ont dit. Parce que moi – je ne sais pas pour vous – dans l’Eucharistie, je n’ai jamais vu de mes yeux le corps du Christ. Je l’ai vu avec mon cœur, je l’ai vu parce que je le crois, parce qu’on me l’a dit et que ce sont des personnes de confiance qui me l’ont dit ; mais, de fait, il faut bien que je fasse confiance pour pouvoir entrer dans ce mystère. Mais c’est plus large que ça ! On est tout le temps obligé de faire confiance. Je vais vous dire un truc horrible : pour que vous sachiez que vous êtes les enfants de vos parents, il faut que vous leur fassiez confiance ! Sinon, vous pourriez demander des preuves, et c’est difficile de trouver des preuves. De fait, dans notre relation à Dieu, on est invité à être comme des petits enfants, et à lui faire confiance comme on fait confiance à nos parents, les bons parents, car Dieu est un Père qui nous aime. Et donc, aujourd’hui, en recevant l’Eucharistie pour la première fois, vous êtes invités à faire un acte de confiance, de foi. Tout à l’heure, je vais vous présenter Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu, voici celui qui enlève le péché du monde », « Heureux les invités au repas du Seigneur » et vous allez dire : « Seigneur, je ne suis pas digne de Te recevoir », vous allez reconnaître dans cette hostie, dans ce petit morceau de pain, que ce n’est plus du pain, c’est le Corps du Christ. Vous allez reconnaître Dieu sous cette apparence de petite hostie. C’est quand même un acte de confiance, un acte de foi. C’est cela, un acte de foi !

III – Relais de la Miséricorde

Deuxième point – je pense qu’il sera moins long – quand on reçoit Jésus dans nos vies, Il le dit « La paix soit avec vous ». Il écarte de nous, Il sort de nous, le péché, pour le remplacer par Lui, c’est ce qu’Il veut faire. Il veut, qu’en nous, il n’y ait plus que de la joie et de l’amour. Et que tout ce qui n’est pas de l’amour, ce soit dehors. C’est pour cela que nous avons vécu le sacrement de réconciliation hier, c’est pour pouvoir sortir de nous ce péché qui nous pèse, et qui pèse sur les autres. Donc Jésus a dit « La paix soit avec vous » car, quand je suis libéré, les choses entrent dans l’ordre et du coup je trouve la paix. Et ils furent remplis de joie. Le Seigneur venait habiter dans leurs cœurs aussi. Et Jésus leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » et, là, Il leur donne une mission, alors Il la donne aux douze apôtres, et puis à leurs successeurs, aux évêques et aux prêtres, mais pas seulement. Cette mission, Il la donne à toute l’Église, Il la donne à vous, qui êtes là au premier rang, à vous, qui êtes là au deuxième rang, au dix-huitième rang, etc. Il nous donne à chacun cette mission-là ; écoutez bien : « à qui vous remettrez ces péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ces péchés, ils seront maintenus. » Ce n’est pas très clair. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire que nous avons la mission d’être les relais de la miséricorde de Dieu. Et là je viens de dire un gros mot. « Miséricorde » c’est quoi ? C’est la tendresse de Dieu pour chacun de nous. Si je suis invité à être un relais de la miséricorde de Dieu, cela veut dire que Dieu me dit, et vous dit à chacun : « ok, tu vois celui qui est près de toi ; ta maman, tiens, tu vois ta maman ? Moi, Dieu, ta maman, je l’aime tout particulièrement, et je t’ai choisi, toi, pour lui manifester cet amour, cette miséricorde ». C’est une mission ! Ne t’inquiète pas, ta maman a reçu la même, dans l’autre sens. Et c’est vrai pour chacun de nous. Regardons celui qui est là, juste à côté de nous. Henri, que je vois, Dieu m’a dit : Je l’aime particulièrement et je t’ai choisi, toi, pour lui donner un peu de ma joie. C’est cela être un relais de la miséricorde. Et vous allez me dire : « c’est du travail, c’est clair, c’est beaucoup de boulot ! » Et c’est bien pour cela que nous avons besoin d’accueillir l’Esprit Saint : « recevez l’Esprit Saint », c’est bien pour cela que nous avons besoin d’écouter, de nous nourrir de la Parole de Dieu, c’est bien pour cela que nous avons besoin de recevoir le sacrement de la réconciliation, c’est bien pour cela que nous avons besoin de communier.

Et je termine avec ça : dans quelques instants, vous allez communier, vous allez recevoir Dieu tout entier dans votre cœur, vous allez entrer dans cette union avec Dieu, vous allez entrer dans le tourbillon d’amour de Dieu. Avec votre corps, vous n’allez pas sentir grand-chose, je pense, souvent on ne sent pas grand-chose ; mais, c’est ce qui se passe vraiment pour tout notre être quand nous communions : nous sommes emportés dans l’amour de Dieu. Alors réjouissons-nous, car Il est ressuscité, et Il nous donne Sa vie, aujourd’hui.