A la rencontre du corps de Jésus – 2e dimanche de Carême B

Homélie 28 février 2021 – 2e dimanche de Carême
par l’abbé Gaël de Breuvand

Pendant ce temps-là, Jésus prit avec lui Joelly, Anaïs, et Raphaël pour les emmener sur une haute montagne… parce que c’est comme cela qu’il faut lire cet évangile. Nous sommes tous, chacun, concernés par la Parole de Dieu. Jésus nous invite à monter sur la montagne avec Lui.

Quelques jours avant cet épisode de la Transfiguration, il y avait eu un autre événement. Jésus avait posé la question à Ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » Et c’est Pierre, qui, rempli de l’Esprit de Dieu, avait dit : « Tu es le Messie ». Et dans l’Évangile selon saint Marc, c’est un tournant. Il y a 16 chapitres, dans cet Évangile, et la phrase « Tu es le Messie » est au chapitre 8, juste au milieu. Donc, les disciples ont compris que Jésus est le Messie, celui qui est choisi par Dieu pour annoncer la Bonne Nouvelle du Salut, mais ils ne savent pas encore qui est vraiment Jésus. Il faut encore découvrir autre chose ; et c’est pour cela que Jésus les emmène sur la montagne. Qu’est-ce que voient les disciples ? Ils voient Jésus qui se met à briller, d’une lumière qui n’existe pas sur la terre, d’un blanc qu’on est incapable de faire sur la terre. Que voient-ils ? Ils voient la splendeur de Dieu qui rayonne à partir de Jésus ; car Jésus est Dieu, Fils de Dieu. Ils découvrent quelque chose de plus, mais ils ne comprennent pas tout encore : il faudra attendre après la Résurrection pour saisir toutes les implications. Il faudra attendre que Jésus se montre à eux ressuscité, qu’Il les côtoie, qu’Il les enseigne pendant 40 jours après Pâques.

Alors, de fait, nous aussi nous sommes invités à rencontrer Jésus : et comment est-ce qu’on fait ? Il faut d’abord toucher Son Corps. Pour les disciples, c’était facile, du moins, c’est ce que l’on pense. Ils ont vu Son corps, ils ont touché Son corps, ils ont senti Son corps, ils ont été avec Jésus, ils ont mangé avec Lui, ils ont marché avec Lui, ils ont été fatigués avec Lui, ils ont souffert avec Lui, ils ont été dans la joie, avec Lui. Et puis, Jésus est mort, a été enseveli, est Ressuscité, Il nous a quittés, et pourtant Il nous a quand même laissé encore Son Corps, pour nous. Alors, quand on dit « le Corps du Christ », on pense en premier à l’Eucharistie, et on a raison ; mais ce n’est pas le seul Corps de Jésus. Parce que Jésus est Dieu, et Il est capable de s’incarner, de se faire Corps pour nous, de s’incarner, de plusieurs manières.

De fait, il y a l’Eucharistie, les sacrements : dans le baptême c’est Jésus lui-même qui va vous toucher, avec Son Corps, et cela va passer par mes mains. Tout à l’heure, ceux qui vont communier vont recevoir le Corps de Jésus en eux. Pour ceux qui reçoivent le sacrement de réconciliation, le prêtre prête son corps et sa voix à Jésus, pour que Jésus puisse vous toucher. Mais le sacrement de l’Eucharistie, si c’est bien le Corps de Jésus qui vient à notre rencontre, ce n’est pas le seul Corps de Jésus, on l’aura bien compris, et je vais le répéter encore trois fois !

L’autre Corps de Jésus, c’est un Père de l’Église qui en parle. Il s’appelle Jérôme, il a un très sale caractère, mais il est saint. C’est rassurant, on peut avoir un très sale caractère et être saint ! Jérôme était amoureux de la Parole de Dieu, et il a pris la Bible, toute la Bible, en hébreu et en grec, et il les a traduites, et cela lui a pris trente ans ! Parce que c’est compliqué de traduire le grec et l’hébreu… Et Jérôme nous dit que cette Parole de Dieu, cette Sainte Écriture, Parole de Dieu mise par écrit, est comme le Corps de Jésus. Et, de fait, si je veux toucher Jésus, si je veux Le voir, si je veux Le sentir, être près de Lui, il faut que je rencontre Jésus dans Sa Parole, dans Ses Écritures. C’est pour cela que tout à l’heure, juste après avoir proclamé la Parole, j’ai embrassé l’Évangile : parce que, pour moi, pour nous, cette Parole de Dieu qui vient d’être proclamée, c’est Jésus, et cela vaut le coup d’embrasser Jésus ! Donc on a le Corps de Jésus qui est donné dans les sacrements, qui vient à notre rencontre, on a le Corps de Jésus dans cette Parole de Dieu, dans cette Sainte Écriture.

Et puis, on a un troisième Corps de Jésus qui nous est donné. Ce troisième Corps de Jésus, saint Augustin l’appelle le Christ total, Jésus entier ; et le Christ total, le Corps du Christ, c’est l’Église. Nous sommes tous ici membres du Corps du Christ. Alors, sauf vous trois, mais cela ne va pas tarder. Aujourd’hui, c’était l’entrée en catéchuménat : cela veut dire que vous être devenus membres de la famille des chrétiens, vous n’êtes pas encore baptisés, mais, on y est presque ! Vous êtes membres de notre communauté, et on se réjouit ! Donc vous entrez peu à peu dans le Corps de l’Église et ce Corps de l’Église, c’est le Corps de Jésus. Si nous voulons rencontrer Jésus, il faut que nous rencontrions les autres membres du Corps. Alors le lieu principal, le lieu premier, c’est en venant à la messe le dimanche, dans la liturgie. Nous sommes tous ensemble un seul Corps, le Corps de Jésus, et avec Jésus, nous nous tournons vers le Père, et nous lui offrons ce que nous sommes. Et nous savons que Dieu, Lui, veut notre joie et notre bonheur, donc cela tombe bien !

Le Corps de Jésus dans Sa Parole, le Corps de Jésus dans les sacrements, le Corps de Jésus dans l’Église, dans la liturgie : c’est comme cela que nous rencontrons Jésus. Et, si nous Le laissons faire, Il va venir habiter nos cœurs, et, nous aussi, nous allons être transfigurés. En fait, si on était des bons chrétiens, cela devrait se voir dans la rue. On devrait se dire : lui, il a quelque chose, il est un peu trop de bonne humeur, il est un peu trop joyeux, et, d’ailleurs, il s’approche des gens ! « Être un vrai chrétien intégriste, c’est s’approcher des gens, les embrasser, et dire : je suis chrétien, et je vous aime », [d’après un humoriste qui s’appelle Gaspard Proust[i]]. Alors embrasser les gens, aujourd’hui c’est compliqué, mais notre cœur devrait être sur notre visage, dans nos yeux, notre cœur devrait être sur nos lèvres, dans nos mains, parce que Jésus rayonne à partir de nous : en tout cas, c’est Son but. Mais, vous le savez, cela n’est pas si facile. Alors, du coup, il y a un moyen…

Le dernier moyen, pour que Jésus fasse de mon corps Son Corps, c’est celui de la prière. Le quatrième Corps de Jésus, c’est moi. La prière ; c’est quoi prier ? Réciter des prières, pour Jésus, c’est « rabâcher ». Si je dis dix-sept fois la même chose, mais que je mets juste ma bouche et non mon cœur, je rabâche. Si je mets mon cœur et un peu d’amour, alors, là, cela devient une prière. Comme lorsque l’on dit à sa maman « Maman, tu es la plus belle ». Eh bien, avec Dieu, c’est ça : la prière, c’est le fait de se mettre un petit peu à l’écart, monter sur la montagne avec Jésus, Le regarder, savoir qu’Il nous aime, et Lui dire que, nous aussi, nous voulons L’aimer. D’une certaine manière, ce n’est pas compliqué du tout de prier, il suffit de se poser. Et quand je vous ai dit cela, vous vous êtes tous dit que c’était ça le plus compliqué : se poser… S’arrêter, tous les jours, donner un quart d’heure au Bon Dieu. Il y a 96 quarts d’heure dans une journée, on peut Lui en donner un. On peut aussi ne pas le Lui donner d’une traite. On peut le donner en deux fois, ou même trois, mais il faut quand même garder un peu de temps d’affilée. Juste pour Le regarder, Lui, Jésus, écouter Sa Parole, regarder nos frères, rendre grâce, louer le Seigneur, Lui dire à quel point nous sommes heureux qu’Il nous aime, lui dire à quel point nous voulons L’aimer. C’est ça, quand on est chrétien : nous devenons membres du Corps du Christ qu’est l’Église, mais – chacun de nous -, nous sommes là pour donner notre corps à Jésus pour qu’Il puisse s’en servir. Et Lui, Il veut s’en servir pour que le monde soit heureux, pour que le monde soit dans la joie.

Jésus, vous le savez, est mort, mais Il est ressuscité, vous le savez aussi, et Jésus est monté au ciel, donc on ne Le voit plus. Comment est-ce que les gens qui sont autour de nous peuvent rencontrer Jésus ? Ils peuvent écouter la Parole de Dieu, mais peut-être qu’ils n’en ont même pas l’idée, peut-être qu’ils peuvent vivre les sacrements, mais peut-être que, là non plus, ils n’en ont pas l’idée. Ils peuvent décider de faire partie de l’Église, mais ils ont peut-être des mauvaises idées sur l’Église : mais ils peuvent nous rencontrer, nous. Nous sommes appelés à devenir, chacun, un membre du Corps du Christ, un membre vivant, un membre qui accueille cette Parole de Dieu, qui accueille les sacrements, qui fait partie de l’Église, un membre qui aime et qui se laisse aimer.


[i] La citation exacte : un chrétien intégriste qui applique le Nouveau Testament à la lettre, c’est un mec qui se met à embrasser tout le monde dans la rue – Gaspard Proust, 10 janvier 2015