Veilleurs, portiers… Homélie du 1er dimanche de l’Avent – B

par l’abbé Gaël de Breuvand, à l’occasion d’une 1ere communion.
C’est la transcription d’une prédication, d’où un style oral
Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7 ; ps 79 ; 1 Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37

Aujourd’hui, c’est un passage de l’évangile selon saint Marc, qui compte 16 chapitres : ce n’est pas très long, et nous en sommes au chapitre 13, donc on commence l’année liturgique par la fin de l’évangile, avec cet appel du Christ « Veillez ».

I – l’Avent, attente joyeuse et impatiente des 3 venues de Jésus

Cet appel, c’est une réponse au cri que poussait le prophète Isaïe dans la Première Lecture. Isaïe : nous sommes au chapitre 63-64, c’est la 3e partie du livre d’Isaïe, la plus récente, celle qui date des années 400. L’exil est fini, le peuple est à peu près libre de pratiquer sa foi, on pourrait penser que tout va bien dans le meilleur des mondes, et, là, le prophète appelle : « Reviens, reviens,  Seigneur, aah, si tu venais, ça irait beaucoup mieux. D’ailleurs, Tu nous as laissé nous en aller, Tu nous as laissé T’abandonner, Tu nous as laissé te trahir, Reviens ! » « Pourquoi, Seigneur, nous laisses-Tu errer hors de Tes chemins, pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir ? » Reviens, Seigneur ! Ce cri du peuple, le prophète voit déjà son accomplissement, la réponse de Dieu. Oui, les cieux vont se déchirer et s’ouvrir, oui, Dieu va venir habiter au milieu de Son peuple, oui, Dieu va être le pasteur de Ses brebis. Le Seigneur est notre Père et, nous le savons, c’est quatre siècles après, quand Jésus vient, que cela s’accomplit : Jésus vient, Dieu vient habiter parmi nous. Voilà, nous sommes dans ce temps de l’Avent, ce temps de l’avènement où l’on fait mémoire de cette attente des prophètes pendant deux mille ans, et de tout le peuple, et Jésus, Dieu s’est incarné. On attend Noël ! Mais ce n’est pas simplement une histoire du passé ;

l’Avent, c’est aussi le futur. « Il est grand, le mystère de la foi, nous attendons Ta venue dans la gloire ». Oui, nous attendons Sa venue. En français, le mot « attendre » c’est un mot un peu traître. Quand on attend, on s’ennuie, c’est long. Or, pour nous, quand on parle de l’attente de la venue du Christ, c’est plutôt une attente impatiente : Bon, alors, quand est-ce qu’Il vient ? Qu’est-ce que je vais pouvoir faire pour aider à ce qu’Il vienne plus vite ? Parce que la venue dans la gloire du Christ, c’est une bonne nouvelle. On a une petite tentation à prendre la pensée du monde à ce sujet-là. Comme le monde n’a pas d’espérance, comme la seule chose qui compte, c’est la vie biologique, ici, sur la Terre, évidemment, la fin du monde, c’est le pire qu’il puisse arriver. Vous imaginez, ne plus pouvoir acheter à la Fnac ? Un truc de dingue ! Et puis, avec notre monde d’aujourd’hui, qui a une petite tendance à penser l’individu : seul l’individu compte, à partir du moment où un individu peut faire ses courses, c’est bon ! S’il a son petit ensemble d’hiver ou son pantalon en velours, tout va bien ! Nous savons que nous avons besoin de plus, nous avons le Christ qui nous a révélé que nous sommes aimés et faits pour aimer, que nous sommes un peuple. Oui, non, cela ne nous suffit pas de pouvoir aller faire nos courses et pouvoir acheter le petit truc confortable du moment. Nous voulons nous réunir pour faire ce pour quoi nous sommes faits et nous aimer les uns les autres et aimer le Seigneur Notre Dieu. C’est pour cela qu’on râle en disant 30 ! D’ailleurs, là, nous sommes 40, c’est parfait ! Juste un petit peu de désobéissance, sans prendre de risque… Donc le Seigneur nous appelle à nous réunir pour pouvoir chanter ensemble la gloire de Dieu. Pour pouvoir attendre impatiemment la venue dans la gloire. Cette attente impatiente, comment est-ce que nous faisons advenir cette venue du Christ dans la gloire ?

Eh bien, en accueillant le Christ aujourd’hui : c’est la troisième venue du Seigneur. La venue du Seigneur à Noël, il y a 2000 ans, venue du Seigneur, je ne sais pas quand, peut-être demain, peut-être ce soir, ou dans 2000 ans, et puis venue du Seigneur aujourd’hui. Le Seigneur frappe à la porte de notre cœur et dit « Je veux entrer chez toi ». Henri, le Seigneur te dit « Je veux rentrer chez toi ! » Et toi, que lui dis-tu ? Oui ? « Oui ! » Tu as raison ! Et Il est là, le Seigneur, Il se donne à nous, Il se donne dans Sa Parole, dans la prière, dans l’autre que l’on va rencontrer, dans l’Eucharistie, dans les sacrements. Jésus vient à notre rencontre : allons-nous l’accueillir ? Parce qu’on peut communier, manger l’hostie, et rater sa communion : car le but, c’est de l’accueillir vraiment.

II – Veillez, comme le portier

Jésus nous donne une petite parabole. Lui, Jésus, est comme le maître parti en voyage, dont on ne sait pas quand Il va revenir. De fait, on sait que Jésus est là, mais Il n’est pas très palpable ! Donc, nous L’attendons, et nous avons chacun notre tâche, notre mission, nous les connaissons, les commandements de Jésus, les commandements de Dieu, le commandement central : aimer.
Et puis, Jésus nous donne une mission supplémentaire, Il a demandé au portier de veiller. À quoi sert le portier ? À tenir la porte, oui ! Mais l’important, c’est qu’il est là pour tenir la porte ouverte. C’est celui qui ouvre, le portier. Parfois, on pense au portier comme celui qui ferme, mais non ! C’est celui qui ouvre. Aujourd’hui, Véronique a fait le portier à la porte, elle n’a mis personne dehors. Si on avait dépassé un certain nombre, on aurait peut-être… Mais on n’aurait pas fermé la porte. Le portier est là pour ouvrir la porte, à qui ? À Dieu, en premier, car on ne sait pas quand Il viendra. Et, au moment où Il viendra, eh bien, c’est bien que nous soyons présents, car Jésus nous le dit à tous : nous sommes tous appelés à être des portiers pour le Christ qui vient, mais pas seulement : il s’agit aussi d’être les portiers pour nos frères. Il y a 11 600 habitants à Chassieu, il y en a environ 40 000 sur l’ensemble du territoire de la paroisse, est-ce que nous sommes des portiers pour eux ? Est-ce que nous leur tenons la porte ouverte ?  C’est une question qui devrait nous empêcher un peu de dormir, quand même ! On a perdu du monde, on est peut-être 300  à venir le dimanche, sur 40 000 ! Et les autres ? Alors, on ne va pas leur imposer, on leur laisse toute liberté, mais, en fait, ils ne savent même pas ! Ils manquent cet appui, ce soutien, cet amour du Seigneur dans leurs vies. L’amour, Dieu, Il le leur donne, mais, de fait, n’ayant aucune connaissance, ils ont du mal à l’accueillir, cet amour. Donc, comment est-ce que nous pouvons être de bons portiers ? C’est une bonne question pour le temps de l’Avent. Et pour pouvoir répondre à l’appel du Seigneur, il s’agit, pour nous, d’accueillir Sa grâce. Nous le savons, c’est un cercle, c’est-à-dire que je ne peux faire le bien que parce que le Seigneur me soutient, m’accueille, me nourrit et me donne Sa grâce, Ses sacrements, Sa Parole, etc. Et je ne peux recevoir Sa grâce, etc., que parce que je fais le bien. C’est un cercle vertueux, et on grandit comme cela, et saint Paul nous l’assure, aucun don ne vous manque. Aucun don ne nous manque, vous avez tout ce dont vous avez besoin. Tout est donné. Le combat, c’est de l’accueillir effectivement.

Alors, comment faire ? Je vais vous proposer un petit challenge de l’Avent. Justement, on est dans l’année B, on lit l’évangile selon saint Marc, je vous ai dit que c’était le plus court, eh bien, pourquoi ne pas lire l’évangile selon saint Marc pendant les 27 jours du temps de l’Avent ? Un chapitre par jour, il y en a 16 : il nous reste 8 jours, donc on a même le droit de rater une fois, ou l’autre, ou de faire un demi-chapitre, ou de relire un chapitre. Voilà, je vous le propose. C’est la nourriture du Bon Dieu, c’est cette nourriture-là que Dieu nous donne, pour nous faire grandir, et la seule manière de se laisser tremper dans l’amour de Dieu, c’est de se mettre à Son écoute. Alors, veillez, soyons de bons portiers, et laissons-nous nourrir par le Seigneur, Il vient pour toi, Henri, aujourd’hui, Il vient pour chacun de nous, pour que nous soyons unis à Lui et aux autres.