Allons à la montagne de Dieu

Homélie du 2e dimanche de carême, Année A, 8 mars 2020
Par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.

Voilà, aujourd’hui, ce texte de la Transfiguration. On est au chapitre 17 de l’Évangile selon saint Matthieu. Il y a 28 chapitres, donc, on a même dépassé la moitié. Et la semaine dernière, pour les tentations, nous étions au chapitre 4. On fait des étapes ! Il y a un mot qui attire mon attention, c’est que le diable, la semaine dernière, a pris Jésus pour L’emmener sur une haute montagne, pour Lui proposer la tentation de la puissance et de la gloire. « Tous ces peuples devant Toi, ils se prosterneront. » Et puis, là, c’est Jésus qui prend avec Lui Pierre, Jacques et Jean sur une haute montagne.

I – La transfiguration, confirmation de la profession de Foi de Pierre

Vous imaginez bien que lorsqu’on parle de Pierre, Jacques et Jean, cela parle aussi de nous. Nous aussi, nous sommes invités à monter sur la montagne du Seigneur. Et qu’est-ce que voient Pierre, Jacques et Jean ? Ils voient Jésus qui est « transfiguré » : un mot un peu compliqué, pour dire qu’à travers la figure de Jésus, on voit au-delà. Quelle figure connaissent-ils de Jésus ? Eh bien, cela tombe bien puisqu’au chapitre 16, juste avant ce passage, Jésus a posé la question : « Pour les gens, qui suis-je ? » « Pour les uns, tu es un prophète, pour d’autres, tu es le prophète Elie, pour certains, tu es Jean-Baptiste » ; et Jésus pose la question « Et pour vous ? » Pour les disciples – mais pour nous aussi – « Qui suis-je ? ». Et nous avons entendu Pierre répondre : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », et Jésus s’est réjoui : « Vraiment tu es béni, Simon, fils de Jonas, ce n‘est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais Mon Père qui est aux cieux. » Ils savent, et Pierre sait dans un élan de foi, dans une inspiration qui vient de Dieu, il sait que Jésus n’est pas seulement l’homme qu’il côtoie depuis déjà quelques temps, il n’est pas seulement ce petit enfant qui a grandi, qui a fugué, qui a enseigné. Il est aussi Fils de Dieu. Et peut-être que ce mot-là n’a pas encore vraiment de sens : il le sait, mais il ne sait pas encore bien le définir ; d’ailleurs, juste après cette proclamation de foi de saint Pierre, Jésus leur a dit : « eh bien maintenant, nous allons aller à Jérusalem, et là le Fils de l’Homme va souffrir et mourir », et Pierre s’y était opposé, « non, Seigneur, cela ne t’arrivera pas ! » Il n’était pas encore prêt à recevoir Jésus tel qu’il était.

II – Montons sur la montagne à la rencontre du Seigneur

Jésus les emmène sur la montagne, Il est transfiguré et voilà – tout en continuant à voir ce qu’Il est : une personne humaine avec un corps – voilà que Dieu lui-même, Dieu tout entier, se dévoile à travers Lui. La grandeur de Dieu, la splendeur de Dieu, la beauté de Dieu… Voilà un visage illuminé, des vêtements qui deviennent plus blancs que neige, blancs comme la lumière, et une voix se fait entendre et une nuée lumineuse vient sur eux : Dieu tout entier… parce qu’on réfléchit quelques instants : cette voix, on le sait, c’est celle du Père, et cette nuée lumineuse, c’est une façon de se désigner, de se montrer, de l’Esprit saint ; Dieu, tout entier, est là. Et Il se fait proche de nous. Les disciples, Pierre, Jacques et Jean, peuvent le rencontrer sur cette montagne. Mais pas seulement : il y a encore deux autres personnages, Moïse et Élie : Qui est Moïse ? On le sait par cœur, il est celui qui a emmené le peuple à travers la mer Rouge, qui a libéré le peuple du pays d’Égypte, et l’a conduit à travers le désert. Il a rencontré Dieu sur la montagne, lui aussi. Et Moïse, c’est celui à qui on attribue la Loi, la Torah, la première partie de la Bible, la partie la plus importante pour les Juifs. La Loi, la Torah, le représentant de la Loi de Dieu, la Loi de Moïse est là, près de Jésus. Et puis, le prophète Élie – c’était dans les années 850 avant Jésus Christ – était un prophète, il écoutait la Parole de Dieu, il la disait, et lui aussi a rencontré Dieu sur la montagne. Vous vous souvenez, « il y a eu un ouragan, mais Dieu n’était pas dans l’ouragan, il y a eu un tremblement de terre, mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre, il y a eu des éclairs et la foudre, mais Dieu n’était pas dans les éclairs et la foudre. Il y a eu le silence, une brise légère et là, Dieu était là. » Élie est le représentant de cette deuxième grande partie de la Bible qu’on appelle chez les Juifs la partie des Prophètes. Il y a la Loi, les Prophètes, et il y a une troisième partie qui est les autres écrits. Donc toute la Bible est réunie autour de Jésus, toute la Parole de Dieu est là, et, parmi ceux qui sont là, Pierre, Jacques et Jean ; on sait que Jean, lui aussi, sera témoin de la Parole de Dieu. Jésus est La Parole par excellence, Il est celui qui dévoile Dieu, qui montre Dieu, à travers Lui. Dans cette Transfiguration, Il nous montre, qu’Il est vraiment ce Fils de Dieu, ce Messie attendu – mais d’une façon encore différente de ce qu’on pouvait penser. Moïse, Élie, sont là pour nous montrer aussi que si nous voulons rencontrer Jésus, il nous faut passer par eux. Celui qui dit « moi je rencontre Dieu dans mon cœur mais je n’ouvre jamais la Bible », ben forcément il se trompe. Dieu vient bien nous parler dans notre cœur, ça s’est sûr, pour autant on a besoin de cet outil, de cette parole écrite, de ce moyen par lequel Dieu a choisi de passer. De la même manière, Il nous est nécessaire pour découvrir Dieu de passer par Jésus homme, avec Son corps, avec Son âme, avec toute sa personne humaine ; et c’est avec cette personne humaine de Jésus que nous découvrons Dieu. Jésus prit avec Lui, Pierre, Jacques et Jean, son frère, Il les emmena à l’écart sur une haute montagne. La question que nous allons nous poser c’est « Et moi, dans ma vie, est-ce que je me laisse entraîner par Jésus sur une haute montagne, à l’écart ? Dans ma semaine, dans ma journée, où se trouvent mes montagnes, quand est-ce que je vais à la rencontre du Seigneur ? » Chacun de nous peut y répondre personnellement. Et de fait, je ne répondrai pas pour vous. Il n’y a pas qu’une seule méthode, mais il faut qu’il y ait des moments où nous nous puissions nous mettre tout simplement devant Dieu, devant le Christ, Le regarder et Le laisser nous illuminer, à l’écart. C’est important pour pouvoir accomplir la Parole de Dieu.

III – Laissons-nous déranger, allons témoigner

Nous avons entendu, en Première Lecture, le lancement de l’histoire d’Abraham. « Va, quitte ton pays, ta parenté, et la maison de ton père, va vers le pays que je t’indiquerai ». Et Abraham fait confiance au Seigneur. Il se lève et il s’en va. Comme le Seigneur le lui avait dit. Et c’est pour cela, c’est à ce moment-là qu’il prend pour la première fois ce titre de « Père des croyants » :il fait confiance à Dieu. Dieu veut l’emmener dans un pays dont il ignorait tout, et il y va. Jésus prend Pierre, Jacques et Jean pour les entraîner à l’écart sur une haute montagne, et Pierre, Jacques et Jean y vont. Paul s’adresse à Timothée : Paul a été bousculé par le Seigneur pour prendre un chemin qu’il n’imaginait pas une seconde. Et Paul y est allé. C’est peut-être la caractéristique des amis du Christ, des amis de Jésus : accepter d’être bousculés, dérangés par le Christ et par les moyens qu’Il prend pour nous rencontrer. Et puis, un beau jour, il nous faut redescendre de la montagne. Parfois, on aimerait bien, comme Pierre, rester là : dressons trois tentes, prenons du temps ! alors oui, il est bon de prendre du temps avec le Seigneur. Il y a quinze jours, j’étais en retraite, ça a duré 5 jours, aah ça aurait pu durer quelques temps encore, mais, il y a un moment où il faut redescendre de la montagne, et retourner dans notre monde, pourquoi ? Pour être les témoins de cet amour. Pour dire : oui, j’ai rencontré le Seigneur. Oui, le Seigneur nous aime, Il veut prendre soin de nous. Nous ne perdons rien à nous laisser aimer par Lui, nous ne perdons rien à L’aimer en retour.

Et Jésus, en descendant de la montagne, leur dit : « Ne parlez de cette vision à personne ». Étonnant ! Ne parlez de cette vision à personne, parce que ce que vous avez vu, personne ne peut le comprendre encore aujourd’hui. Qu’est ce qui permettra que nous comprenions, que nous mettions tout en lien, que les rouages s’enclenchent correctement ? Il va falloir que le Fils de l’Homme soit ressuscité d’entre les morts. Il va falloir que Jésus ressuscite, car c’est ça, c’est cette résurrection qui est le sceau de notre Foi. Nous croyons que Jésus est ressuscité. Et parce que Lui, pleinement homme comme nous, est ressuscité, eh bien, nous aussi, nous ressusciterons. C’est une bonne nouvelle, ça nous permet de  voir les événements de nos vies, et la mort, avec un peu de recul. Ça n’enlève rien à nos difficultés, à nos combats, à nos souffrances et à nos peines, mais nous savons que nous ne sommes pas faits uniquement pour cette terre : il y aura « des cieux nouveaux et une terre nouvelle » comme nous l’avons chanté en entrée. Des cieux nouveaux, cette terre nouvelle, nous sont dévoilés en Jésus, sur cette montagne de la Transfiguration. Alors, laissons-nous illuminer, et puis repartons dans notre monde, redescendons de notre montagne, et allons nous mettre au service les uns des autres, au service de nos frères, pour que le royaume de Dieu grandisse, ici et maintenant. Il s’agit toujours d’aimer et de se laisser aimer.