22e dimanche de TO – Un bon terreau

1er septembre 2019 – Homélie du 22e dimanche de TO – C –
par l’abbé Gaël de Breuvand, première messe dans la paroisse de l’Alliance

Ceci est la transcription d’une prédication orale, les titres sont ajoutés après retranscription

I – Humilité

Si, en ce dimanche, nous devions choisir un thème, si ce devait être un dimanche à thème, ce serait certainement le dimanche de l’humilité. Alors « humilité », c’est un mot que l’on rencontre souvent dans la catéchèse, dans l’enseignement des chrétiens. C’est un mot – je ne sais pas pour vous – moi, il ne me fait pas très envie. Humilité. Si on cherche un petit peu ce que cela veut dire proprement, il est de la même racine que « humus », la terre. Et puis là, on se projette à Lourdes, et puis on regarde Bernadette qui creuse la terre : c’est de la boue qu’elle boit. Voilà, humilité. Et, de fait, tout le monde la regardait en disant : « Elle est folle, elle est folle ! » Humilité. Et si on continue dans cette logique, « humus », la terre, c’est aussi le terreau. C’est peut-être comme cela qu’il faut voir ce concept : l’humilité, c’est le terreau dans lequel vont croître toutes sortes de plantes et de bons fruits. Donc, on a besoin de l’humilité. Qu’est-ce que c’est, concrètement ?

On se penche sur la Parole de Dieu : « Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur ». Voilà ce que nous dit Ben Sira le Sage. « Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur. » Le Seigneur aime les humbles. Vous le savez, vous avez lu la Parole de Dieu, vous l’avez entendue. Vous savez, la première grande prière, celle que les prêtres, et que toute l’Église, disent tous les jours, je ne pense pas au ‘Notre Père’, mais au ‘Magnificat’ : « Il s’est penché sur son humble servante et Il a fait des merveilles. » En fait, le Seigneur veut faire des merveilles,  et Il a besoin d’un bon terreau pour ça. Et ce terreau, c’est nous. Mais il faut qu’on soit disposé à l’accueillir, ce don de Dieu, ces merveilles de Dieu. Il faut qu’on accepte d’être ce terreau… et c’est là qu’il nous faut être humble. Alors comment être humble ? Ben Sira, toujours lui, nous donne une petite maxime : « L’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute. » Une oreille qui ‘écoute’, pas seulement qui entend… Et vous connaissez, dans le Deutéronome 6, 4, le grand commandement, celui dont Jésus parle : « Écoute, Israël ». Voilà, s’il y a un commandement qu’il nous faut suivre, c’est celui-là : écoute. Autrement dit, mets-toi en disposition pour ouvrir ton cœur, tes oreilles, ton intelligence, ta volonté, ta mémoire, ouvre tout cela et accueille le cadeau qui t’est fait, cette Parole qui t’est donnée. « Écoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est l’unique Seigneur, tu l’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit. » Voilà la vraie humilité : être capable d’accueillir Dieu de telle sorte qu’Il me remplisse le cœur, et que cela puisse déborder, et que cela déborde tellement que je peux aimer Celui qui me parle, Dieu. Et vous savez la suite ? « Et tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Eh bien oui, si je me suis mis à l’écoute et que je déborde tant que cela, eh bien, cela déborde sur les autres. Aimer Dieu et son prochain, c’est la conséquence de l’écoute, la conséquence de l’humilité.

II – Dieu vient à nous, humblement

Or, dans la Lettre aux Hébreux, ce 2e texte qui nous est donné, l’auteur nous appelle justement à nous mettre à l’écoute en nous disant : attention, c’est un peu piège, dans l’Ancien Testament, quand Dieu se manifestait, c’était dans les ténèbres, dans les ouragans, dans les sons des trompettes et dans les tremblements de Terre. Souvenez-vous de Moïse au Sinaï : il y avait des éclairs et la montagne toute entière semblait en feu. Mais là, maintenant, aujourd’hui, Dieu se présente à nous dans la discrétion, dans la discrétion du Fils de Dieu, Jésus, médiateur d’une Alliance nouvelle, Il nous invite à entrer en relation avec Lui. Dieu n’a plus besoin de se manifester dans les catastrophes, les tremblements de terre, dans les orages et les éclairs ; non, Il s’est donné tout entier en Jésus. Et Jésus est ‘Dieu avec nous’. Nous n’avons pas besoin d’avoir peur. Il est là, Il est notre ami, notre frère. Il est là. Et dans quelques instants nous allons manifester Sa présence, d’une manière toute particulière, dans l’Eucharistie. Il veut se donner à nous dans un acte d’amour ultime, comme un époux se donne à son épouse, et une épouse à son époux. Et nous sommes invités à lui répondre. Et là encore, le moyen de lui répondre, c’est l’humilité : l’accueillir, tel qu’Il se donne. S’Il se donne sous la forme improbable d’un petit morceau de pain, c’est peut-être quelque chose qu’Il veut nous dire.

Et, enfin, un petit mot sur l’Évangile : encore un appel à l’humilité. Jésus entre chez un Pharisien. Souvent, quand on a fait du caté, on pense que les Pharisiens sont les ennemis de Jésus, point. Et que Jésus ne les aime pas. Or, ce n’est pas vrai. Jésus aime les Pharisiens. Il les trouve souvent même admirables, car le ‘Pharisien’, c’est celui qui a décidé de mettre Dieu au centre de sa vie. Donc en soi cette décision, cet acte de la volonté raisonnable, c’est une bonne chose. Seulement le Pharisien est un peu comme moi, peut-être un peu comme vous, il a une petite tendance à se construire des forteresses là où il faut ouvrir des chemins. Et donc le Pharisien, toutes ces règles de la vie juive, il les établit comme des barrières. Et c’est là que Jésus vient le bousculer. Oui, il est bien de ne pas travailler le jour du sabbat, il est bien de ne pas travailler le dimanche, mais il ne faut pas oublier son frère. Et puis cette parabole des noces : Jésus nous invite au don, à l’imiter, Lui. Car qui invite tout le monde sans rien attendre en retour ? C’est Jésus. Il nous invite tous et chacun : est–ce qu’on le mérite ? Je peux vous dire que non. Nous ne méritons pas l’accueil du Christ, l’appel du Christ, c’est Lui qui vient nous chercher. Il nous élève, Il nous donne Son amour, Il nous donne Sa joie, Son enseignement, Sa Parole, et nous sommes invités à nous laisser transformer pour Lui répondre. Et en plus de cela, Il a fait de nous Ses amis, Il a fait de nous des membres de Son Corps et, en partant lors de l’Ascension, Il nous a dit : « j’aime chaque homme sur la Terre et J’ai décidé que ce serait toi qui serais chargé de manifester cet amour pour Lui« . Celui qui est là, mon voisin, celui avec qui je ne parle pas trop car il est un peu désagréable quand même, eh bien Dieu l’aime, et Dieu m’a choisi, moi, pour manifester cet amour. C’est du boulot quand même… Heureusement, parfois, c’est un peu plus facile. De fait, nous sommes invités à ne pas entrer dans une logique comptable. Combien de nous – on l’a tous fait – avons déjà pensé « C’est la troisième fois que j’invite les untels et ils ne m’ont jamais invité. » Ce n’est pas grave. Car moi je suis invité à aimer et je sais que Dieu m’aime. Après, pour le reste, tout est grâce…

Voilà l’humilité, accepter de se reconnaître petit, et saint Paul nous invite à se reconnaître a priori comme petit, plus petit que celui qui est en face de moi ; ce n’est parfois pas si évident. On a vite un regard extérieur sur la manière dont il s’exprime, son niveau social, la manière dont il s’habille, la taille de sa maison, son âge, mon statut, le sien. Non ! Je suis, a priori, plus petit que celui qui est devant moi, et donc j’ai quelque chose à recevoir de lui, et je peux me mettre à son écoute. C’est cela l’humilité, et c’est la condition de la vie chrétienne.

Alors, comme premier dimanche de ma présence parmi nous, le Bon Dieu nous fait une bonne blague, quand même ! Il nous appelle à entrer résolument dans un chemin qui pour nous n’est pas tout à fait naturel. Alors, accueillons Sa grâce, accueillons Son amour, c’est Lui qui fait le travail, Il ne demande qu’une chose : c’est que nous soyons une bonne terre, que nous soyons un bon terreau, que nous soyons humbles.