Homélie du 6 septembre 2026

23ème dimanche du Temps ordinaire - Année A

Par Père Ferdinand SEBRE

Ez 33, 7-9 ; Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20

Frères et sœurs, les textes bibliques de ce dimanche nous rejoignent en période de rentrée. Beaucoup d’activités scolaires communes ont repris leurs cours. La catéchèse reprendra bientôt. Les scouts font leur entrée aujourd’hui.

En fait, tout reprend. Et c’est dans cette reprise que le Seigneur nous rejoint à travers les textes que nous écoutons aujourd’hui.

Qu’est-ce qui nous guide dans nos relations les uns avec les autres ? Cette question se pose depuis l’aube des temps. Et ce matin, je voudrais nous inviter à partir de l’Evangile que le Seigneur nous propose par la liturgie. Cet Evangile que nous avons écouté ce matin se situe, chez Matthieu, dans ce qu’on pourrait appeler le discours sur la vie communautaire.

Et donc, ce qui est le plus important dans ce texte, c’est beaucoup plus la vie en communauté ou la vie fraternelle. Et c’est dans cette optique qu’il faut comprendre la suite du texte. Si ce n’est pas juste dans l’optique de la fraternité, de la communauté, nous risquons de passer à côté de quelque chose de très important.

Dans la première lecture, voilà le prophète Ézéchiel qui est profondément touché par cette réalité de la vie communautaire.

Il se sent responsable. Responsable de cette communauté parce que Dieu l’a établi. Il dit « Je t’établis guetteur ». Mais alors, que faut-il entendre par « guetteur » ? Rassurez-vous, mes amis, Dieu ne dit pas « Je t’établis là pour épier les uns et les autres, je t’établis là pour surveiller les uns et les autres. » Il dit « Je t’établis guetteur. »

Pour comprendre cette réalité, je voudrais m’appuyer sur une retraite qu’a donnée le Pape François, alors qu’il n’était pas encore pape, à ses confrères jésuites qui étaient évêques. Et le terme évêque-épiscope signifie le surveillant.

Alors, il disait que Dieu vous a établis non pas pour surveiller le diocèse, mais pour veiller sur le diocèse et ceux et celles qui y vivent. Dès lors, guetter, c’est veiller sur. Celui qui guette, qu’est-ce qu’il fait ? S’il voit le danger, il avertit.

Donc, il guide en même temps le peuple et il prend soin de ceux qui sont là. Frères et sœurs, entendons donc le besoin de vivre en communauté en veillant les uns sur les autres. Voilà ce pourquoi, aujourd’hui, Dieu nous rassemble, il nous interpelle, il nous invite à prendre soin les uns des autres.

Ne disons pas « La paroisse, ce ne sont pas mes affaires, j’ai fait ma messe ce matin, c’est bon, j’ai fait ma bonne action. » Non, nous sommes tous responsables, nous sommes tous liés les uns aux autres et la paroisse, c’est l’affaire de tous et c’est l’affaire de chacun.

J’aborde à présent mon deuxième point.

Si donc Dieu nous établit guetteurs, c’est-à-dire des hommes appelés à veiller les uns sur les autres, quel doit être le moteur qui nous amène à veiller les uns sur les autres ? Oh, ce n’est certainement pas la curiosité. Ce qui nous amène à veiller les uns sur les autres, c’est l’amour. Saint Paul dira « L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’Amour ».

Si donc j’interpelle un frère, que ce soit mû par l’amour que je l’interpelle. C’est parce que j’aime mon frère et je ne voudrais pas que ce frère se perde, alors je l’interpelle. Quand je dénonce un mal, ce n’est pas tant pour dire que je suis meilleur que celui à qui je fais des reproches, mais parce que je ne veux pas perdre mon frère.

Et entendons bien Jésus dans l’Évangile quand il dit « Tu auras gagné ton frère. » Donc, le reproche qui est fait, c’est en vue de gagner le frère et non pas pour supplanter le frère et dire que moi je suis meilleur que toi, je suis plus bon chrétien que toi, je suis plus saint que toi. Dans la mesure où l’Évangile nous dit « Enlève d’abord la paille qui est dans ton œil, alors tu verras assez clair pour enlever la poutre qui est dans l’œil de ton frère ».

Non, le Seigneur nous donne une mission, c’est de veiller les uns sur les autres. Et cela se comprend dans l’optique d’une vie fraternelle. Il est vrai qu’aujourd’hui encore, que ce soit dans nos communautés, que ce soit en famille, dans les couples, dans les communautés religieuses, il y a des tensions, il y a des incompréhensions.

Mais le Seigneur nous dit, au-delà de ces incompréhensions, de ces tensions, nous devons toujours travailler à faire du lien, à vivre en communauté, à vivre en fraternité. Oui, frères et sœurs, le Seigneur nous propose aujourd’hui une démarche que nous pourrions adopter tout au long de notre vie. Et vous voyez, dans les communautés religieuses, il est coutume de faire ce qu’on appelle la correction fraternelle.

Et la correction fraternelle, c’est peut-être un frère qui ne s’est pas bien tenu, alors ce frère sera interpellé par la communauté, parce qu’il met la vie de la communauté en danger. Mais Jésus, lui, il dit « il faudrait que tu ailles le trouver seul à seul ». Aller trouver le frère seul à seul, il faut du courage pour le faire. Il faut du courage pour parler aux frères de ses lacunes, de ses faiblesses, alors que nous-mêmes ne sommes pas parfaits.

Il faut du courage pour aider le frère à comprendre que la communauté a besoin de lui, qu’il a sa place au cœur de cette communauté. Il faut du courage pour aller vers ce frère et faire la vérité avec lui. Le Seigneur, donc, ne nous invite pas aujourd’hui à la médisance, car bien souvent nous n’avons pas le courage d’en parler directement aux frères, mais nous en parlons derrière.

Et très souvent, il nous arrive de médire, de détruire la réputation des uns et des autres. Le Christ ce matin nous dit ceci, « cela n’est pas chrétien » et nous invite à la rencontre, à la vérité entre nous. Mais hélas, il existe des redresseurs de tort qui, dans une attitude critique systématique, se mêlent toujours, et souvent, même de ce qui ne les regarde pas.

Le guetteur, ce n’est pas cela. Le guetteur est celui qui veille sur la cohésion de la fraternité, la cohésion de la famille, la cohésion de la communauté chrétienne. Aujourd’hui, nous sommes appelés à faire corps ensemble.

Il dit, va le trouver seul à seul, première étape. Deuxième étape, s’il ne t’écoute pas, prends avec toi une ou deux personnes. Vous voyez, c’est un peu comme les médecins.

Quand vous vous trouvez en face d’un cas que vous ne comprenez pas, vous appelez un autre médecin pour qu’il vous aide à discerner si votre diagnostic est vrai. C’est pareil. Si le frère ne vous écoute pas, prenez avec vous une ou deux personnes pour l’aider à comprendre pourquoi il est interpellé.

Et il dit, s’il continue de ne pas t’écouter, alors interpelle toute la communauté. Et s’il n’écoute pas la communauté, considère-le comme un païen, comme un publicain. Mais entendons-nous bien.

Considère-le comme un païen, ça ne veut pas dire, allez, maintenant, on ne fait plus rien avec toi. Mais non, considère-le comme un païen, c’est-à-dire un homme qu’il faut toujours chercher à faire revenir justement dans la communion communautaire. Il y a un évangile qui m’a toujours interpellé.

Je ne sais pas pour vous, mais je parle pour moi. C’est l’évangile de la brebis perdue. Enfin, quel homme en possession de toutes ses facultés abandonnerait 99 brebis pour une seule brebis ? Ce n’est pas normal, ça.

Et pourtant, c’est ce que le Seigneur fait. Le Seigneur ne regarde pas à la quantité, mais le Seigneur regarde à la qualité. Pour Lui, chaque personne est précieuse.

Perdre une personne équivaut à perdre les 99 autres. Chaque personne est importante pour le Seigneur. Donc, la collection fraternelle dit combien de fois nous sommes précieux les uns pour les autres et précieux pour Dieu.

Alors, ce matin, je nous invite à ouvrir notre cœur, que nous ayons véritablement des cœurs catholiques, des cœurs qui sont ouverts à tous, des cœurs qui n’enferment personne, des cœurs qui ne jugent personne, des cœurs, en fait, qui sont réellement catholiques, c’est-à-dire ouverts à la différence, ouverts même à la miséricorde, ouverts même à celui qui a péché. Et je voudrais terminer en parlant de ce cœur qui est catholique. C’est un peu comme le disait Charles Peggy, même si nous avons Peggy avec nous, mais là je parle de Charles Peggy, qui disait ceci,

« Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée, c’est d’avoir une pensée qui est toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise âme, ou même de se faire une mauvaise âme, c’est d’avoir une âme qui est toute faite. Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse, c’est d’avoir une âme qui est habituée. »

Une âme qui est habituée, une pensée qui est toute faite, est loin d’être catholique.

Nous sommes catholiques dans la mesure où nous nous ouvrons les uns aux autres, pour les reprendre dans la communion communautaire, pour que vive l’amour indéfectible de ce Dieu qui vient toujours à notre recherche, Lui qui est vivant aujourd’hui, demain, et pour les siècles et siècles.

 

Amen.