Ac 8, 5-8.14-17 ; Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Homélie du dimanche 10 mai 2026
Par Abbé Rogert DA
L’ecclésiaste dit qu’il y a un temps pour chaque chose. Un temps pour venir et un temps pour partir. Jésus est venu. Le temps est venu, le temps est arrivé, il est reparti, et il nous promet qu’il nous reviendra.
Dans ce chapitre 14 de son Évangile, Saint Jean rapporte les paroles que Jésus a adressées à ses disciples dans la période juste après le lavement des pieds jusqu’à son arrestation. C’est comme son testament, ses dernières recommandations, le discours d’adieu de Jésus à ses apôtres. Ceux qui ont partagé sa vie pendant près de trois ans vont bientôt découvrir une autre manière de vivre avec le Christ, ressuscité et présent, bien qu’invisible. Jésus dit : « J’étais avec vous, dorénavant, je serai en vous ». Dans ses versets 15 à 21, l’évangéliste aborde plusieurs thèmes que nous ne pourrons malheureusement pas élucider entièrement. Il s’agit notamment du retour de Jésus, la promesse et l’annonce du paraclet, et la communion des disciples avec Jésus à propos de l’amour de Dieu et du prochain : Si vous m’aimez, dit Jésus, vous garderez mes commandements. (Jean 15, 15) « Vous resterez fidèles à mes commandements ».
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Étant donné qu’il ne sera plus physiquement avec ses disciples, Jésus établit avec eux un autre mode de relation à la fois spirituelle et testimoniale. Désormais, être avec Jésus consistera à manifester notre amour pour lui.
Et comment prouver cet amour ?
C’est en gardant ses commandements, en gardant ses paroles. Autrement dit, il s’agit avant tout de demeurer fidèles dans la foi en accomplissant toutes les exigences qu’une telle foi demande. Saint Jacques le dit clairement dans sa lettre, que je vous invite d’ailleurs à lire aujourd’hui même, il n’est pas long. Il dit : « La foi sans les œuvres ne sert à rien, elle ne vit pas, elle est morte. C’est par les bonnes actions que notre foi se manifeste. » (Saint Jacques chapitre 2 verset 17). Je pense que personne d’entre vous ne dirait le contraire. Si quelqu’un se contente de vous chanter du matin au soir « je t’aime, je t’aime », c’est bien, parce que ça fait plaisir à entendre. Mais si cette même personne ne vous vient aucunement en aide si elle vous refuse le partage de ce qu’elle possède vous n’allez pas croire à ses paroles. Un proverbe africain dit : « Ce que tu fais, parle si fort que je n’entends pas ce que tu dis ». Ce qui veut dire que les actions sont plus convaincantes, plus éloquentes que les paroles. Et Saint Jean-Paul II disait que notre monde a plus besoin de témoins que de maîtres, et s’il suit un maître, c’est parce que celui-ci est en même temps un témoin. En effet, celui qui aime Jésus, sait que Jésus ne descendra pas de la nuée lumineuse pour nous demander à manger ni à boire. Il ne viendra pas recevoir nos salutations et nos sourires. Mais il prendra le visage et l’apparence des pauvres, des frères et sœurs que nous refusons d’inviter, etc… « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, qui sont mes frères, dit Jésus, c’est à moi que vous l’avez fait. ». C’est l’évangile du jugement dernier (Matthieu, chapitre 25).
A propos de l’annonce du Saint-Esprit : « Moi, j’ai prié le Père, dit Jésus, et il vous donnera un autre défenseur qui sera pour toujours avec vous, l’Esprit de Vérité » (Jean 14, 16). Dans les évangiles, nous trouvons plusieurs dénominations du Saint-Esprit : le paraclet, le protecteur, le défenseur. Dans tous les cas, c’est pour désigner, en grec par exemple, tout homme qui vient en aide à quelqu’un. Comme son assistant, son paraclet, son avocat, son tuteur, son bienfaiteur, celui qui donne tout, notamment les sept dons dont le monde a besoin. Et surtout les chrétiens dont nous avons besoin pour perpétuer l’œuvre de la rédemption entamée par Jésus-Christ. L’Esprit-Saint est esprit et le monde ne peut pas le voir avec l’œil nu ni avec un microscope. Mais les chrétiens peuvent le voir et le reconnaître avec les yeux de la foi. L’important est que ces différentes dénominations caractérisent le rôle de cette troisième personne de la Très-Sainte Trinité. Jésus joue déjà ce rôle auprès de ses disciples et en même temps, c’est comme s’il veut y être remplacé par quelqu’un d’autre, l’Esprit de vérité. L’action de l’Esprit est donc essentiellement intérieure, il affermie la foi du chrétien, il nous aide à témoigner de l’Évangile face au monde incroyant. La recommandation de Saint-Pierre devient alors facilement réalisable : « Bien-aimés, honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, dit Saint-Pierre, soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous. Mais faites-le avec douceur et respect. » (Saint-Pierre, chapitre 3 verset 15). Le diacre Philippe nous en donne l’exemple selon le témoignage du livre des actes des apôtres fuyant la persécution des juifs, c’était après le martyre d’Etienne, Philippe est arrivé dans une ville de Samarie et au lieu de se cacher, il annonçait la bonne nouvelle de la résurrection en réalisant de nombreux miracles par le nom de Jésus, beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs, ont dit l’écriture, et ces esprits sortaient de ces gens en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris et il y eut dans cette ville une grande joie. (Actes des apôtres, chapitre 8 verset 7 et 8).
Jésus en a fait la promesse dans l’Evangile du dimanche dernier, si vous vous souvenez : « Amen, amen, je vous le dis, celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi, il en accomplira même de plus grandes puisque je pars vers mon père. » (Jean 14-12)
Bien aimés, ici j’entends souvent cette affirmation « Je suis croyant mais je ne suis pas pratiquant ». La première partie vraiment je l’admire, mais la deuxième non. Je suis croyant, je suis croyant. Pourquoi ajouter je ne suis pas pratiquant ? Il n’y a que Dieu qui puisse juger ! Et en plus la pratique de la foi ne consiste pas seulement à venir à la messe. C’est surtout d’ailleurs le témoignage d’amour vis-à-vis de Dieu et des autres qui est le plus important.
Alors que s’approche la célébration de l’Ascension, le départ de Jésus vers le ciel, invoquons le Saint-Esprit paraclet, qu’Il affermisse notre foi, qu’Il nous libère de la peur, de la honte, des réticences, des blocages psychologiques, afin que nous puissions témoigner librement de notre foi en Dieu. Par la pratique religieuse bien sûr, et surtout par une vie de charité agissante dans ce monde qui a plus que jamais besoin de la paix de Dieu, et qui s’en éloigne par ignorance.
Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font.