Je suis la lumière du monde : 4e dim de carême A Laetare

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1 S 16, 1b.6-7.10-13a; Ps 22 (23), 1-2 ab, 2c-3, 4, 4, 5, 6; Ep 5, 8-14; Jn 9, 1-41, Jn 9, 1.6-9.13-17.34-38)
Homélie du Dimanche 15 mars 2026
Par l’Abbé Ferdinand SEBRE

Je suis la lumière du monde, nous dit Jésus.

Ce matin, je voudrais nous inviter à regarder surtout l’Évangile, mais nous allons regarder l’Évangile à travers trois postures. D’abord nous verrons la posture des pharisiens, ensuite la posture des parents de l’aveugle, et nous terminerons par la posture de l’aveugle.

Voilà le cheminement que je vous propose, puisque vous et moi, depuis le mercredi des Cendres, nous sommes en marche vers Pâques. Nous sommes donc en chemin. Nous sommes en chemin comme nos quatre catéchumènes, eux aussi sont en chemin vers leur baptême.

Et dans ce cheminement, regardons donc ces trois postures qui nous sont proposées aujourd’hui. Commençons donc avec les pharisiens. 

Les pharisiens s’enferment dans leur refus.

Au début, ils semblent admettre le fait de la guérison. D’ailleurs, ils le disent eux-mêmes, « Comment as-tu recouvré la vue ? Que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? » Mais ensuite, les plus hostiles accaparent la discussion et ils jettent même le doute dans l’esprit des gens. « Après tout, qu’est-ce qui nous prouve qu’il était vraiment aveugle ? » disent-ils.

Lors du dernier interrogatoire, ils ne cherchent plus du tout la vérité. Ils tentent seulement de prendre l’homme à défaut en lui faisant répéter les détails du miracle. Qu’a-t-il fait ? Comment t-a-t-il ouvert les yeux ? Et ils finissent par l’insulter en disant « Ils te rendent même coupable de ce malheur parce que pour eux, tu n’es que péché depuis ta naissance et tu viens nous faire la leçon à nous ». C’est le drame des pharisiens. Ils croient voir et se ferment à la lumière. Ils croient savoir et ils le font répéter à l’aveugle celui qui a reçu le miracle.

« Cet homme ne vient pas de Dieu » disent-ils. « Nous savons que cet homme est un pécheur. Nous savons, nous, que Dieu a parlé par Moïse ».

Ils croient savoir mais deviennent aveugles. Dans cette première posture, c’est donc la posture de ceux qui croient savoir. C’est la posture de ceux qui connaissent.

Et parce qu’ils connaissent, ils refusent de s’ouvrir à la nouveauté. Ils refusent de s’ouvrir à ce que Dieu fait. Frères et sœurs bien-aimés, ne leur jetons pas trop vite la pierre.

Regardons plutôt ce qu’est devenu dans notre vie et dans notre cœur la foi de notre jeunesse. Ce que nous faisons quotidiennement de la lumière que nous avons reçue de Jésus. Comme le disait le pape Jean-Paul II, « Qu’avons-nous fait de notre baptême ? Qu’avons-nous fait de la lumière de notre baptême ? ». Notre monde si beau est pourtant malade et il suffit seulement d’ouvrir la télévision ou les journaux pour mesurer à quelle vitesse les ténèbres reviennent dans nos pays, dans nos sociétés et combien les hommes, responsables ou non, s’aveuglent sur leurs grands enjeux aujourd’hui et demain.

Jésus quant à lui nous propose une lumière toujours douce mais toujours exigeante et nous nous accrochons à nos habitudes de vie, à nos modes de pensée. Jésus aujourd’hui encore travaille pour illuminer le monde, pour illuminer notre monde intérieur, pour changer nos cœurs.

Les parents de l’aveugle ignorent

La deuxième posture, celle des parents de l’aveugle. Même les parents de l’aveugle ont biaisés avec la vérité : « Nous sommes certains que c’est bien notre fils et qu’il est né aveugle. Comment maintenant il voit ? Nous ne savons pas, nous l’ignorons. Lui qui a ouvert les yeux, nous l’ignorons. Interrogez-le, il est assez grand, il répondra lui-même. Les pharisiens disaient, nous savons et les parents de l’aveugle, eux, disent, nous ignorons et nous ne voulons pas savoir ».

Regardons bien cette posture des parents. Comment ? Leur fils est guéri après tant d’années de cécité et ils ne veulent pas le savoir. Ils refusent de se compromettre pour lui et cela pour ne pas perdre leur place dans la synagogue ou l’estime de leur quartier.

Comme les parents, nous aussi, bien souvent dans notre vie, nous ignorons le Seigneur, sa parole, par peur de notre place parce que nous voulons conserver une certaine position. Regardons la troisième attitude, celle de l’aveugle. 

L’aveugle voit

D’abord, il ne dit rien, l’aveugle.

Il aperçut la présence de Jésus devant lui alors qu’il ne le voit pas. Il a ensuite entendu les paroles étranges. « Aussi longtemps que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde.

Mais à quoi bon parler de la lumière à un aveugle né ? » C’est alors qu’il a senti la boue appliquée sur ses yeux comme si Jésus voulait signifier par là. Le Créateur a fait l’homme avec la glaise du sol et moi, je le récréé avec un peu de boue. Et l’aveugle a obéi, toujours sans rien dire.

Il s’est rendu à la piscine de Siloé, la piscine de l’Envoyé. Il s’est lavé à la piscine indiquée par Jésus, l’Envoyé de Dieu. Là encore, cet aveugle ne dit rien, mais au retour, il voyait.

Il s’est mis en route vers la lumière, vers la source de la lumière, vers la connaissance de Jésus, vrai Dieu et vrai homme. Ces paroles reflètent bien son itinéraire. D’abord, il parle de l’homme qu’on appelle Jésus.

Un peu après, il dit, c’est un prophète. Et plus tard, il dit, avec courage, si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. Il dit, c’est un prophète.

Il passe de Jésus à prophète, et il finit par dire que cet homme est de Dieu. Il chemine. Quelques instants encore, et l’homme voit enfin de ses yeux, de ses yeux guéris par Jésus.

Ce Jésus qui lui a donné pour la première fois la lumière, et même une double lumière, la lumière des yeux et la lumière de la foi. Et une fois de plus, c’est Jésus qui prend le devant des choses, c’est lui qui prend l’initiative. Jésus, après qu’il avait chassé, il vient alors le trouver et lui dit : « Crois-tu toi au fils de l’homme ? ».  Autrement dit, crois-tu à celui qui vient du ciel pour rassembler les hommes en un royaume pour le père ? Et lui de répondre : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Et Jésus dit : « Eh bien, tu l’as vu, c’est celui qui te parle ».

Frères et sœurs bien-aimés, en ce dimanche, comme l’avait dit, nous sommes invités à cheminer. C’est notre prière, nous aussi, sauvés de nos ténèbres par Jésus Christ, illuminés par notre baptême. Allons courageusement, par notre fidélité à l’Évangile.

Comme l’aveugle, osons dire, qui es-tu, Seigneur, au milieu de ma vie, au début de ma vie et en cette fin de vie, révèle-toi à moi pour que ma foi te réponde. L’homme dit, je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui. Puisse notre vie aussi être pour nous l’occasion de nous prosterner devant celui qui est la lumière véritable, pour que nous puissions dire, oui, je vois, aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles à venir.