Gn 12, 1-4a ; Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22 ; 2 Tm 1, 8b-10 ; Mt 17, 1-9
Homélie du 1er mars 2026
Par le Père Ferdinand SEBRE
En ce deuxième dimanche de carême, nous sommes invités à nous déplacer, à sortir de notre jardin, à sortir de nos habitudes, peut-être de notre vie bien tranquille.
En fait, nous sommes invités, en ce deuxième dimanche, à être des êtres en mouvement.
D’ailleurs, les latinistes disent que la vie est dans le mouvement.
Alors nous sommes invités aujourd’hui à bouger. Et dans quel sens allons-nous bouger ?
Trois choses dans les textes de ce dimanche, trois mouvements.
Le premier mouvement, c’est quitter.
Le deuxième mouvement, c’est de monter.
Et puis le troisième mouvement, c’est de descendre.
Ce sont des mouvements qui sont un peu bizarres.
Commençons donc par le premier, quitter.
Dans la première lecture, c’est ce que fait Abraham. Dieu dit à Abraham, quitte ton pays, ta parenté, et va vers le pays que je t’indiquerai.
Lui, qui vivait sans connaître Dieu, commence une nouvelle aventure parce qu’il a entendu une voix qui lui dit, quitte ton pays et va vers le pays que je t’indiquerai.
Le temps de carême nous est aussi donné pour que, comme Abraham, nous nous mettons en route, en route vers un ailleurs qui n’est rien d’autre que la manifestation de la lumière de Dieu qui nous est donnée durant ce temps de préparation à Pâques.
Abraham se met en route. Il quitte sa parenté.
Et nous remarquerons que le Seigneur, toutes les fois qu’il appelle ses disciples, ou tous ceux qu’il appelle, sont eux aussi invités à quitter, à se détacher en vue de répondre pleinement à l’appel de Dieu.
Frères et sœurs, ce premier mouvement nous est donc donné durant ce temps de carême pour que nous puissions repérer dans nos vies qu’est-ce qui nous retient, qu’est-ce qui nous empêche d’aller vers le Seigneur, qu’est-ce qui nous enferme et qui ne nous permet pas de nous dépouiller afin d’aller à la rencontre du Seigneur.
Que dois-je quitter dans ma vie d’aujourd’hui? Que dois-je quitter durant ce temps de carême ? Qu’est-ce qui constitue pour moi une entrave dans ma relation avec Dieu et que je dois quitter ?
Premier mouvement, quitter.
Quitte ton pays, quitte tes habitudes.
Et les exégètes disent que ce n’est pas d’abord un endroit qu’ils indiquaient mais ils disaient à Abraham d’aller à sa propre rencontre, d’aller au plus profond de lui-même.
Ce temps de carême nous est donné pour que nous puissions aller à la rencontre de ce Dieu qui est en chacun de nous, un peu comme saint Augustin, lui qui disait dans les confessions « tu étais au-dedans de moi et moi je te cherchais en dehors ». Nous sommes invités à quitter la périphérie pour entrer maintenant dans une vraie relation avec ce Dieu qui nous fait signe et qui nous appelle.
Ça va jusque-là ? Vous êtes toujours là ?
Deuxième mouvement, le deuxième mouvement se trouve dans l’évangile. Monter
Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean qui sont de véritables témoins. A la transfiguration, ils sont là, mais aussi à Gethsémani, au jardin des oliviers, ils seront encore là. Ce sont en fait des témoins privilégiés de toutes les manifestations de Dieu. Alors qu’est-ce qu’ils font ? Jésus les prend, ils vont à l’écart sur une haute montagne.
Le temps de carême est pour nous aussi un temps pour aller à l’écart. On quitte un point A vers un point B, on part au désert, on part dans ce lieu où le monde n’a plus d’emprise sur nous, mais où nous nous laissons apprivoiser finalement par Dieu lui-même.
Alors il les amène à l’écart et quand il les amène à l’écart, ils vont donc monter.
La montagne, dans la symbolique biblique, c’est le lieu de la rencontre avec Dieu, c’est le lieu où Dieu se donne, où Dieu se fait présence. Et vous remarquerez que dans la Bible, le lieu où l’homme peut rencontrer Dieu, c’est bel et bien à la montagne. Vous vous souvenez certainement des dix commandements. Là encore, Moïse va à la montagne sur le mont Horeb pour rencontrer le Seigneur.
Dieu se rencontre ou se laisse rencontrer toutes les fois que l’homme accepte de quitter les choses qui le retiennent pour monter vers Dieu.
Nous aussi, ce matin, les textes nous invitent à monter.
Et pour monter, il faut rompre, il faut couper certaines habitudes qui ne nous permettent pas à notre âme de se lever vers le Seigneur. Deuxième mouvement, monter.
Troisième mouvement, c’est de descendre.
Parce que si nous montons vers la lumière, si nous expérimentons la lumière, ce n’est pas pour dresser trois tentes, comme le disait Pierre tout à l’heure, mais c’est pour descendre. Quand on a goûté Dieu, quand on a expérimenté Dieu, on est invité à répandre ce que nous avons expérimenté de Dieu autour de nous, d’où le besoin de descendre.
Descendre, c’est donc rejoindre la périphérie de toutes celles et de tous ceux qui en fait sont en souffrance, de tous ceux et toutes celles qui ont besoin de Dieu et qui ne le savent peut-être pas.
Nous sommes invités, lorsque nous avons fait cette rencontre avec le transfiguré, nous sommes invités à faire resplendir cette transfiguration autour de nous vers celles et ceux qui en ont besoin.
Mais en descendant, n’oublions pas une chose, c’est que le Seigneur dit « Celui-ci est mon Fils, écoutez-le ». Et ce sera ma conclusion. Ce temps de carême, s’il y a une attitude que nous sommes appelés à développer, c’est bel et bien l’écoute, l’écoute.
Il nous faut écouter la parole de Dieu, il nous faut être à l’écoute les uns des autres. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Et parce qu’il est le Fils bien-aimé du Père, nous sommes invités à l’écouter. Écouter, frères et sœurs, ce n’est pas laisser parler.
Écouter, ce n’est pas juste s’éteindre. Écouter, c’est avant tout faire de la place dans notre cœur et dans notre vie à la parole de Dieu. Écouter, c’est faire un écho favorable à la parole que nous avons entendue.
C’est pourquoi écouter et obéissance vont ensemble. La preuve qu’on a écouté, c’est qu’on a obéi à la parole que nous avons entendue. Les deux choses vont ensemble.
Alors ce dimanche, où nous sommes invités à quitter, à monter, à descendre, laissons la parole de Dieu retentir au plus profond de notre cœur, afin que nos vies elles-mêmes deviennent paroles vivantes pour celles et ceux que nous rencontrerons sur notre chemin aujourd’hui, demain et pour les siècles des siècles. Amen.