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Homélie de la fête de la sainte famille, Année A, 29 décembre 2019

Par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.

Tu as voulu, Seigneur, que la Sainte Famille nous soit donnée en exemple ; accorde-nous la grâce de pratiquer, comme elle, les vertus familiales et d’être unis par les liens de ton amour, avant de nous retrouver pour l’éternité dans la joie de ta maison.

oraison (ou collecte) de la fête de la Sainte Famille

L’oraison, la prière d’ouverture, juste après le Gloire à Dieu. Cette oraison que l’on appelle aussi collecte car c’est le moment où l’on collecte toutes les intentions de chacun de nous, on les réunit et on les présente à Dieu. Et on utilise les mots que l’Église nous donne pour qu’il s’agisse vraiment d’une prière du monde entier, de toute l’Église, catholique, universelle. Et tout cela, on le présente à Dieu. Et du coup, on essaie aussi de s’ajuster à cette prière telle qu’elle nous est donnée. Et nous prions aujourd’hui tout particulièrement pour la famille, pour les familles.

I – La famille, c’est vieux comme le monde, et ça marche pas toujours…

Alors du coup, il faut se poser la question : pourquoi la famille, qu’est-ce que la famille ? Alors la famille, ça existe de toujours à toujours. Il y a toujours eu des familles. Et cela nous est dévoilé dans le première livre de la Bible à la page 1, ou à la page 2… « Dieu crée l’Homme à son image… A son image, Il le crée. Homme et femme, Il les crée ». Et un tout petit peu plus loin : « et c’est ainsi que l’homme quittera son père et sa mère, il deviendra l’époux de sa femme et eux deux feront une seule chair ». Voilà ! La première famille, c’est les deux premiers hommes : Adam et Eve. Et ils sont invités à vivre un amour qui est le même que celui de Dieu. « Dieu crée l’Homme à son image… » Et Dieu est Amour, ils sont appelés à aimer, et c’est comme cela qu’ils seront accomplis. C’est comme cela qu’ils seront dans la joie. « Dieu crée l’Homme à son image… » et nous sommes invités à aimer comme Lui. Et homme et femme Il les crée… La plénitude de l’Amour de Dieu sur la Terre, elle se dévoile dans l’Amour d’un homme et d’une femme ; Quand on dit cela… Ah, on va rajouter une chose : c’est que ça ressemble à l’Amour de Dieu tout entier. Donc un amour qui est absolument libre, un amour qui est d’une fidélité sans faille, un amour qui dure pour toujours et un amour qui donne la vie. Ce sont les caractéristiques de l’amour de Dieu. Ce sont aussi les caractéristiques de l’amour humain, dans le mariage, dans cette alliance, une alliance libre, une alliance pour toujours, une alliance fidèle, une alliance qui donne la vie. Et une fois que l’on a dit cela, que le lieu du plus grand bonheur, de la plus grande joie, du plus grand amour sur la Terre, c’est le mariage, on regarde la réalité. Et on dit : « ah, ouais… mais ça marche pas toujours ! ». Et on le sait bien. Le mariage, la famille, c’est à la fois le lieu des plus grandes joies et des plus grands bonheur, et c’est aussi le lieu des plus grandes souffrances, et des plus grandes tristesses.

Pourquoi ? ça nous est donné dès le premier livre de la Bible, à la page 3. Eve est tentée par le serpent, elle va prendre le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, elle partage ce fruit avec son mari qui est complètement complice… Il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Et là, ils ont péché, et donc ils sont séparés de Dieu. Quand Dieu arrive, ils se cachent. Quand Dieu leur demande : « mais qu’avez-vous fait ? » L’homme dit courageusement : « c’est pas moi, c’est elle ! ». Et elle, tout aussi courageuse : « c’est pas moi, c’est lui ! », en parlant du serpent.

De fait, dès cet instant… rupture ! Et depuis, le péché est entré dans le monde et on voit bien que le péché nous fait du mal. Et il fait du mal en particulier aux relations que nous tissons les uns avec les autres. Nous sommes des blessés. Alors on pourrait se dire : « ça y est, tout est foutu ! » D’ailleurs au point que, lorsque Ben Sira le Sage nous invite à vivre les vertus familiales, il nous dit : « Si tu vis les vertus familiales, alors tu seras récompensé ». Il nous faut une carotte, tellement c’est difficile.

II – Jésus sauve ce qu’il vit

Et puis Jésus vient. Et Jésus, il a choisi de vivre notre humanité au complet. Et du coup, Il vient dans une famille. Et il lui faudra, pour devenir pleinement un Homme, recevoir la vie de sa mère et de son père, recevoir l’éducation de son père et de sa mère, il va falloir qu’Il accepte que l’on prenne soin de Lui. Bah… Il est Dieu ! Et il a fallu lui changer ses couches. Il est Dieu ! Et il s’est cassé la figure et Il est tombé. Il est Dieu ! Et comme tous les bébés, Il a eu mal au ventre. Et il a pleuré quand Il en avait marre ou quand Il était fatigué. Un petit bébé quoi ! Et puis plus grand, quand Il devient adolescent, ca y est Il a la bar mitzvah, et on va en pèlerinage à Jérusalem et Il fugue ! En disant : « vous n’avez rien compris… », ce qui était vrai, mais…

Donc la vie de Jésus, Marie et Joseph, ce n’est pas tout-a-fait comme le vitrail, qui voudrait nous faire croire que tout se passe bien. Les saints de vitrail où tout va bien, tout est lisse. Ben non… Tout n’est pas si lisse que cela. Tout n’est pas si lisse que cela dans la famille de Jésus, Marie et Joseph, parce que chacun d’eux doit vivre sa vie d’homme et apprendre à aimer et à se laisser aimer.

Imaginez le jour où, en songe, Joseph reçoit cet appel : « vite, lève-toi et pars ! ». Et Joseph se lève et il part. Et il dit à Marie : « Viens, il faut qu’on y aille. On va aller là, à tel moment, maintenant ! ». Quel abandon faut-il à Marie pour tout lâcher, en faisant confiance à la Parole de son mari, qui lui dit : « Ouais, cette nuit, j’ai rêvé ! » Il y en a beaucoup parmi vous qui irait ? Et en plus, cela arrive deux fois.

Jésus vit dans une vraie famille humaine, avec ses joies et aussi ses peines. Et aussi ses peines. Alors peut-être qu’il y a des peines un peu moins grandes que pour nous. Parce que dans cette famille, il y a comme une bénédiction de Dieu, c’est que le péché est quand même bien, bien rare. Oui. Parce que Jésus, bah, il n’en a pas ; Marie, elle en est préservée, et Joseph, il doit en faire quelques-uns mais il est juste, donc du coup, il en fait peu. Donc de fait, les choses vont beaucoup mieux que pour nous, généralement. Mais nous pouvons quand même les regarder et c’est bien ce que nous avons demandé : « Accorde-nous la grâce de pratiquer comme elle les vertus familiales et d’être unis par les liens de ton Amour ». Voilà. Nous le demandons. Et de fait, c’est seulement si nous le demandons que nous pouvons recevoir le cadeau. Si nous ne le demandons pas, en fait, notre cœur reste fermé.

III – laissons Dieu sauver nos familles

Et c’est ce que saint Paul nous invite à faire. Ce passage de la Lettre de saint Paul aux Colossiens, c’est un appel à vivre en famille. Alors, il parle d’abord et avant tout de la famille de Dieu. Donc de tous les chrétiens de notre assemblée paroissiale, de notre paroisse de l’Alliance, de notre communauté chrétienne diocésaine, de notre communauté chrétienne de l’Eglise tout entière. Mais il nous parle aussi, – parce que celui qui nous parle du plus peut parler du moins… -, il nous parle aussi de notre vie quotidienne, en famille, dans cette église domestique. La petite église. C’est là où doit se vivre la plus grande relation à Dieu. Alors écoutons-le : « Puisque vous avez été choisi par Dieu pour être membre de sa famille, revêtez-vous de tendresse et de compassion, de bonté, d’humilité, de douceur et de patience ». Voilà ! et là, on a entendu – mots : tendresse, compassion, bonté, humilité, douceur et patience. Ce sont des mots que l’on a déjà entendu pleins de fois. Et moi, quand je les lis, j’ai l’impression qu’ils passent sur moi, un peu comme l’eau passe sur les plumes d’un canard. Ils ne pénètrent pas beaucoup. Et pourtant, je les entends ces mots : « Revêtez-vous de tendresse ! ». Et ma question aujourd’hui, c’est : « Quand est-ce que j’ai posé un acte de tendresse ? Envers qui ? Aujourd’hui ? Hier… Quand est-ce que j’ai posé un acte de compassion ? de bonté ? d’humilité ? etc… » De fait, si ces mots-là sont juste une petite musique qui nous ne bouscule pas, eh bien ça ne sert pas à grand-chose. De fait, saint Paul, et le Seigneur, quand Il nous parle, c’est pour que nous changions de vie ! Nous sommes invités à nous convertir. Alors peut-être que notre première prière, c’est : « Seigneur, fais-moi entendre les mots, que je comprenne qu’ils me concernent ». Quand saint Paul m’appelle à vivre avec plus de douceur, eh bien c’est pour moi ! « Que je sois doux… », dit-il en s’emportant !

Ensuite, il y a une autre expression sur laquelle je voudrais revenir, qui est ce mot : « supportez-vous les uns les autres ». En français, c’est drôle, parce qu’il y a un double sens : « Supportez-vous… » Il est un peu pénible alors je le supporte. Et évidemment, il y en a un autre, qui est bien meilleur qui est celui dont saint Paul veut parler. « Supportez-vous, soyez des soutiens l’un pour l’autre, tels une équipe de foot… Les supporters ! ». « Supportez-vous… ». Parce que c’est quoi le but ? Le but, c’est la plus grande joie et le plus grand bonheur. Le but, c’est le Ciel. C’est voir Dieu, face-à-face. C’est aimer et se laisser aimer. Et sur la Terre, il faut se faire la courte échelle, mutuellement. Et quand il y en a un qui faiblit, eh bien l’autre est là pour le soutenir ! Et combien plus dans le mariage. Combien plus dans la famille. Nous faisons alliance, – quand on est mariés, on ne fait pas alliance, juste histoire de dire que l’on fait alliance. Et on a un but ! Et ce but, c’est le Ciel. « Ayez l’Amour, qui est le lien le plus parfait ».

Laissons-nous déranger par la Parole de Dieu

Et puis je vais terminer sur un petit mot qui, sur une phrase qui nous dérange toujours. « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari. Et vous les hommes, aimez votre femme. Ne soyez pas désagréables avec elle ». Alors d’abord, effectivement, elle nous bouscule cette parole parce que cette question de la soumission, ça n’a pas bonne réputation ! D’autant plus qu’à l’époque, quand saint Paul parle, l’Islam, on n’en parle pas. Aujourd’hui, on en parle… Donc de fait, cette question de soumission nous dérange un peu. Mais si c’est dans la Parole de Dieu, c’est peut-être que cela a un sens. Et pas seulement dans ce passage ; saint Paul en parle à deux autres endroits. Donc il nous invite vraiment : « Soumettez-vous les uns aux autres ». C’est une chose bonne que d’être soumis les uns aux autres. « Femmes, soyez soumises à vos maris ». Bon… Alors qu’est-ce que cela veut dire ? Peut-être qu’être soumis, c’est d’abord être en position de réception. Accueillir. Accueillir l’autre, tel qu’il est. Evidemment, dans le mariage, on est bien invités à une réciprocité de cet accueil. La soumission, elle doit être mutuelle. Et aimer, quand saint Paul invite les hommes à aimer leur femme, c’est parce que aimer, c’est se donner, tout entier. Sans rien retenir ! Donc : « Soyez-soumis et accueillez / aimez, donnez ». Et si saint Paul s’adresse aux Colossiens en leur disant ces mots-là, dans ce sens-là, c’est peut-être parce qu’il nous appelle à une conversion. Et la tendance féminine, – qui n’est pas une vérité absolue qui est vraie absolument tout le temps -, mais il y a peut-être une tendance féminine qui est : « Je ne reçois pas vraiment mon mari, je veux le changer ». Non ? cela n’arrive jamais ? Alors que nous sommes invités à recevoir l’autre tel qu’il est et peut-être que c’est une tentation plus grande côté féminin que de vouloir changer son époux. Et l’homme : « Aimez vos femmes », parce que peut-être que chez l’homme, il y aura une petite tentation de vouloir se donner pas tout-à-fait en entier.C’est une exhortation pastorale qui s’adapte à une réalité concrète. Peut-être que la réalité a changé. Mais peut-être qu’elle n’a pas tant changé que cela… Donc nous sommes invités, à l’appel de saint Paul, à vivre en famille, dans une dimension double, à la fois : « je me donne à toi » et à la fois : « je te reçois ». Et vous le savez, ce sont les mots même de l’échange de consentement, le jour du mariage.

Voilà… Aujourd’hui, en cette fête de la sainte famille, soyons bien conscients que notre famille aura atteint son but, si nous sommes unis par les liens de l’amour et pour être unis par les liens de l’amour, il faut que au premier plan, dans nos familles, le Christ soit là. Et pour cela, il faut Lui demander d’être là. Il faut le prier. Il faut prendre le temps de s’ouvrir ensemble, les uns avec les autres, dans la même direction. Vous connaissez cette direction de l’amour, par Antoine de Saint Exupéry : « L’amour, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, mais c’est regarder ensemble dans la même direction ». Je nous invite à regarder ensemble dans la même direction le Christ, notre soleil, notre sauveur.

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